Bush, un sourire crispé visite l'Europe

Publié le par Adriana Evangelizt

 

 

Georges W. Bush

Un sourire crispé visite l'Europe

par Gérard Delaloye

 

Le Président américain sera à Vienne demain. Sa popularité est au plus bas. Gérard Delaloye revient sur l'échec d'une administration d'extrême droite qui pensait pouvoir tout régler par la violence.

George W. Bush a décidé de venir en Europe pour célébrer le passage du solstice d'été. Mardi 20 juin, il sera à Vienne pour une rencontre Etats-Unis d'Amérique–Union européenne, et le lendemain à Budapest malgré la victoire de la gauche aux dernières législatives.

Nous aurons donc l'occasion de voir, entre quelques matchs de foot, le sourire crispé et de plus en plus tendu du futur ex-maître du monde. Bush va mal. Il chute lourdement dans les sondages: la dernière estimation CBS le donne à 33% seulement d'opinions favorables contre 60% de mécontents. Et les élections de novembre approchent à grands pas...

Cet échec est celui d'une administration d'extrême droite qui pensait pouvoir tout régler par la violence. Par la guerre avant tout. Depuis cinq ans, les Américains ont mis le Proche-Orient à feu et à sang.

C'est particulièrement visible en Afghanistan et en Irak. C'est plus discret en Israël/Palestine où les grands médias ont perdu tout sens critique et s'entêtent à nommer centriste le gouvernement Olmert qui fait de l'apartheid et de l'assassinat de ses interlocuteurs potentiels le cheval de bataille d'une politique désespérée, d'une fuite en avant criminelle.

Sans l'appui massif de Washington, le gouvernement israélien s'effondrerait en quelques jours et les politiciens de Tel-Aviv seraient bien obligés de négocier avec leurs homologues de Ramallah qui n'ont d'autre défaut que d'être aussi nationalistes qu'eux.

Mais, pour le moment, la priorité des priorités reste le bourbier irakien. Chaque jour, les victimes irakiennes se comptent par dizaines. Les militaires américains en sont déjà à plus de 2'500 morts et près de 20'000 blessés traînent leurs handicaps dans les villes et bourgades de l'Amérique profonde, chez ces petites gens qui depuis un quart de siècle votent avec constance pour les républicains. Le retournement de cet électorat-là n'est pas encore réalisé, mais il ne va pas tarder. Cela va compter pour la prochaine présidentielle dans deux ans.

En misant sur la guerre, la droite américaine a commis l'erreur stratégique d'oublier que dans nos sociétés hautement intégrées, seule la guerre défensive a une chance de succès. Les agressions – celles commises en Irak et en Afghanistan (en Tchétchénie par les Russes) – n'ont aucune chance sur la durée. Parce que l'esprit démocratique et citoyen a tout de même beaucoup progressé au cours de la seconde moitié du XXe siècle.

L'affaire afghane est en cela exemplaire. Pour déloger un gouvernement prétendument impopulaire et exécrable, celui des talibans, les Etats-Unis ont déclenché une opération militaire. Quelques mollahs parfaitement détestables selon notre point de vue occidental ont été chassés du pouvoir. Mais les années passant, on voit qu'ils sont tout de même soutenus par leurs concitoyens puisque, quatre ans plus tard, le gouvernement de Kaboul ne contrôle que ses filières mafieuses productrices d'opium.

Pour le reste, le pays est soumis à la loi des clans, morcelés en fiefs rivaux, mais incontrôlable tant par l'armée américaine que par l'OTAN qui est en train de prendre le relais dans une intervention militaire qu'en d'autres temps on aurait qualifiée de néocolonialiste. Dans ce contexte, les talibans ne représentent pas seulement – que cela plaise ou non – un relais religieux pour une population désorientée, mais aussi l'esprit de résistance à un envahisseur. L'histoire nous montre que cet esprit l'emporte toujours, au moins moralement.

Cet échec militaire américain est aussi patent en Irak et en Somalie. Dans la Corne d'Afrique, Washington, par la stupidité de sa politique de soutien à des chefs de guerre corrompus jusqu'à la moelle, est en train de favoriser l'implantation d'un mouvement talibanesque, l'Union des tribunaux islamiques qui, sous la direction de Cheikh Sharif Cheikh Ahmed, a pris le contrôle de Mogadiscio il y a quelques jours. On voit d'ici les mesures que cette Union des tribunaux islamique va appliquer contre les malheureux en rupture de religion. Merci, Monsieur Bush!

Echec militaire donc, mais aussi échec du non respect de la loi internationale. Le scandale de Guantanamo, dont la fermeture n'est désormais qu'une question de temps, marque une défaite du despotisme aveugle des néo-cons. Mais il est aussi une défaite qui aura sur le long terme des conséquences plus grandes encore. C'est la décision de faire juger l'ancien président libérien Charles Taylor à La Haye par un tribunal international organisé par l'ONU. Les Américains ont vainement cherché à s'y opposer. La justice internationale grignote des espaces d'intervention de plus en plus grand. Il n'est pas interdit d'espérer qu'un jour pas trop lointain, les criminels de guerre américains finiront eux aussi à La Haye.

Sources : Largeur com

Posté par Adriana Evangelizt

 

Publié dans UNION EUROPEENNE USA

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