Les OGM en Roumanie

Publié le par Adriana Evangelizt

Un article qui démontre bien la perversité de l'Union Européenne qui accule les petits cultivateurs à la misère... nous noterons aussi que deux millions de kilogrammes de pains et de produits patissiers partent au feu au lieu de nourrir les pauvres gens... quelle honte !

« Nous nourrissons le monde », un film sur les OGM fait polémique en Roumanie

par Manola Romalo

Traduit par Irina Costiuc

Un ancien directeur de la société Pioneer déclare dans un documentaire inédit : « Nous avons détruit l’agriculture en Europe de l’Ouest et maintenant nous sommes en train de le faire en Roumanie »

« La Roumanie a des très bons produits, comme nous n’en connaissons plus depuis longtemps. Mais les grosses compagnies s’installent et détruisent l’agriculture, comme en Occident... », dit un des protagonistes du nouveau film « We feed the world » (« Nous nourrissons le monde »).

« Nous avons détruit l’agriculture dans l’Ouest et maintenant nous venons en Roumanie pour la détruire aussi ici », dit Karl O., l’ancien directeur de l’entreprise Pioneer en Roumanie, société qui produit des organismes génétiquement modifiés. En Autriche et Allemagne, ce film est le documentaire avec le plus de succès les derniers dix ans.

A Vienne, en pleine nuit, les camions jettent dans les chaudières d’une centrale thermoélectrique des milliers de pains et de produits de pâtisserie « invendus » provenant de supermarchés. Deux millions de kilogrammes de produits de panification par an sont jetés au feu. C’est exactement la quantité de pain consommé par les habitant de Graz, la deuxième plus grande ville autrichienne. « Ce que nous faisons depuis plus de 10 ans est pervers », dit le chauffeur d’un camion qui transporte du pain-ordure, « mais une tonne de blé est moins chère que la criblure qu’on jette en hiver sur le carrossable ».

Sur un champ de blé, quelque part dans le centre de l’Autriche, Franz Epp travaille la terre. Son père avait 12 hectares de champs de blé, produisait des légumes et entretenait une famille de six personnes. Il explique qu’aujourd’hui il arrive à peine à gagner sa vie. Le paysan appelle la nouvelles stratégie agricole européenne « grandir ou mourir ». Il décrit les effets de l’industrialisation de l’agriculture pendant les derniers 20 ans, comme le fait qu’il ne peut plus cultiver des légumes. La raison ? Les deux distributeurs autrichiens détiennent le monopole et achètent des légumes à des prix défiant toute concurrence. Ces légumes proviennent d’Espagne car l’Union européenne n’octroie presque pas de subventions aux petits agriculteurs locaux.

Moins cher ailleurs...

Une autre image, celle représentant un océan en plastique brillant s’étend sur 270 000 hectares - la superficie de la Belgique et des Pays Bas. Dans les serres potagères d’Almeria, au sud de l’Espagne, des jeunes africains sans masques arrosent de pesticides les tomates pâles. La peau épaisse et sans goût, mais résistantes au transport, elles parcourront 3000 kilomètres en Europe entière et arriveront, comme des balles de ping-pong dans des cartons, aux consommateurs. Quelques ouvriers habitent dans des tentes primitives, sans eau courante. Ce sont des fils d’agriculteurs de Soudan.

« Sur le marché de Dakar », dit un d’entre eux, « les produits agricoles importés d’Europe et subventionnés par l’UE sont d’un tiers moins chers que les produits locaux ». Il travaille ici pour entretenir sa famille.

Complexe relation entre l’agriculture et ce que nous mangeons

Entre mars 2004 et avril 2005, le réalisateur autrichien Erwin Wagenhofer a filmé des images pendant 75 jours en Autriche, Espagne, France, Brésil. En Roumanie, il a filmé la dernière partie, pendant une semaine.

« J’ai voulu montrer les relations entre la production globale des aliments et notre style de vie. Les aspects de longue durée m’ont attiré le plus. En Espagne, l’agriculture d’irrigation intensive a commencé à la fin des années 60. Elle s’est beaucoup étendu depuis. Maintenant, le sol ne produit plus assez d’eau. Je n’ai eu aucune intention moralisatrice. C’est pourquoi je n’ai pas appelé le film « Ils nourrissent le monde » (ils désigne ici les compagnies multinationales), mais « Nous nourrissons le monde ». Nous avons la possibilité de choisir les aliments que nous voulons manger, naturelles ou industrielles », a déclaré le réalisateur, à l’occasion de la première à Francfort.

Les protagonistes du film, les pécheurs (France), les ouvriers immigrés (Espagne), les paysans (Autriche, Brésil et Roumanie) et deux dirigeants de compagnies (Suisse et Roumanie) apportent des critiques ouvertes au système de production alimentaire globale. « Il a été très difficile de trouver des personnes qui disent ce qu’ils pensent devant une caméra, bien qu’on ait rencontré partout des paysans qui, après deux minutes, commençaient à critiquer les structures européennes, les prix imposés et les pressions des distributeurs. Ils n’étaient cependant pas toujours d’accord pour être filmés. », précise Erwin Wagenhofer. Ainsi, il a du rencontrer les protagonistes plusieurs fois avant de faire son tournage.

Problème des organismes génétiquement modifiés

Il en a été de même pour l’autrichien Karl O., qui en 2004, était le directeur de production de la compagnie Pioneer en Roumanie. Pioneer produit des organismes génétiquement modifiés et des hybrides en Roumanie, étant accusée par l’organisation Greenpeace de l’introduction de ces technologies.

« Les roumains pourraient vendre cher leurs bon produits partout en Europe »...Entre Br ?ila et Bucarest, des champs de maïs s’étendent sur des centaines de hectares. Les paysans d’une ferme cueillent des aubergines : « Ce que vous voyez ici sont des légumes de meilleure qualité pour une culture écologique », dit le manager autrichien.

« Les aubergines roumaines ont un goût particulièrement bon parce qu’elles se reproduisent par leurs propres semences ». La société dont il est employé produit des semences hybrides. Par conséquent, les aubergines « sont très belles, mais n’ont aucun goût », affirme le manager autrichien, avant d’ajouter : « Je pense que tout va changer. Le grandes compagnies détruiront ce qu’a construit la nature. Le standard alimentaire va baisser. Le monde ne saura plus ce que signifie un bon produit agricole ».

Le réalisateur Erwin Wagenhofer a visité plusieurs fois le pays. Il y a quelques ans, il a réalisé un documentaire sur le Delta du Danube. Qu’est-ce que l’a impressionné cette fois-ci ? « Ce que je trouve absurde dans tout ce contexte est le fait que, à présent, la Roumanie, qui a encore des produits de très bonne qualité, au lieu de les cultiver et les exporter, on fait exactement le contraire. La Roumanie cultive des produits agricoles que nous avons ici. Où veulent-ils les vendre ? A qui ? Les roumains pourraient vendre cher leurs bons produits partout en Europe ! », souligne Erwin Wagenhofer.

« Nous nourrissons le monde », produit par Allegro-Film (Vienne) impressionne par des scènes de grande intensité. Dans ce film de 96 minutes, Jean Ziegler, politologue et auteurs de livres connu, rapporteur spécial pour « le Droit à la nourriture » aux Nations Unies, fait des commentaires sur « la démence de la politique globale qui détruit l’agriculture naturelle ».

Actuellement, des négociations ont lieu concernant la distribution du film en Roumanie. Peut-être une occasion de réflexion pour le public : est-ce que le paysan roumain va disparaître ?

Sources : Le Courrier des Balkans

Posté par Adriana Evangelizt

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