Europe Russie : Dissension sur l'énergie

Publié le par Adriana Evangelizt

Europe Russie

Dissensions sur l’énergie


 

A un mois du sommet du G8, qui se tiendra à Saint-Pétersbourg, ville natale de Vladimir Poutine, en Russie, les relations entre cette dernière et l’Union Européenne se sont quelque peu dégradées et même tendues par certains aspects. Motif : le blocage fait par Moscou, selon Bruxelles, sur la libéralisation du marché de l’énergie avec ses différents dérivés.


L’Europe, qui importe de Russie 25% de ses besoins énergétiques, demande au pays de Pierre Le Grand de mettre fin à son monopole d’exportation et de partager ses voies de transit, contrôlées par Gazprom, le géant pétrolier russe. De son côté, la Russie réclame des contrats de long terme et un meilleur accès au marché européen, au besoin par le rachat de ses entreprises.


Cœur battant de l’Europe communautaire avec l’Allemagne, la France, qui avait tissé avec la Russie un axe contre la guerre menée en Irak par les Etats-Unis, a vu, elle aussi, ses relations prendre ses distances à l’égard de Moscou, pour la même raison. Les responsables français s’interrogent sur la manière d’aborder le G8 afin qu’il ne se résume pas à un «show» russe : «Nous avons de plus en plus de mal à trouver des arguments pour convaincre nos partenaires européens qu’il faut rester optimiste sur le dialogue euro-russe», souligne le porte-parole du Quai d’Orsay.


Cette déclaration tranche sur l’optimisme qui animait Paris ces dernières années, quant à son «partenariat stratégique» avec Moscou. Conformément à sa vision d’un monde multipolaire, le Chef de l’Etat français a fait de l’alliance avec le président Vladimir Poutine l’un des axes les plus solides de sa politique étrangère, créant une batterie de structurés bilatérales comme le Conseil consultatif de Défense et de Sécurité, réunissant les deux ministres de la Défense et des Affaires étrangères, dans le but de consolider le dialogue. La France s’est également appuyée de manière spectaculaire sur la Russie pendant la crise irakienne (2002 - 2003). Le gouvernement français s’est alors appliqué à éviter tout ce qui pouvait fâcher Moscou ; violation des Droits de l’Homme, recul des libertés, panne démocratique etc. Aujourd’hui, les responsables hexagonaux déplorent que ces «concessions» n’aient pas porté les fruits escomptés, notamment en matière de résolution des conflits gelés de l’ex-Union Soviétique (Transnistrie, Abkhazie, etc), où la Russie, persuadée qu’une tentative d’encerclement de son pays par l’Occident est en cours, reste fermée aux propositions de sortie de crise.


La «détérioration» des relations entre la Russie et l’Occident a pour origine la «guerre du gaz» qui opposa en janvier dernier la Russie à l’Ukraine. Cette détérioration sonore, qui s’est traduite par une crise de confiance entre les deux parties, s’est aggravée ces dernières semaines avec les échanges d’accusations entre Washington, qui critique le recul des libertés en Russie et Moscou, qui dénonce la volonté hégémonique américaine. De nombreux Russes crient à la «russophobie» américaine bien sûr, mais aussi européenne.


Certains russophones se demandent si la position intraitable observée par Vladimir Poutine sur le commerce énergétique n’est pas en fait en relation directe avec les intérêts personnels du Chef du Kremlin qui, paraît-il, s’octroie une part non négligeable des revenus pétroliers et dérivés. Cette hypothèse est partagée par certains politologues russes. Dans une interview au journal Le Figaro, en date du 25 mai dernier, le directeur de l’Institut National de la Stratégie nationale russe, réputé proche du Kremlin corrobore cette idée. Stanislav Belkovsky affirme : «Poutine défend, avant tout, les compagnies énergétiques dans lesquelles il aurait ses propres intérêts, Gazprom, Rosmeft et Sourgouneftegaz.(…). L’Europe comprend mal la motivation et la psychologie de Poutine. C’est un businessman». Une accusation qui sonne plutôt comme une offense à l’endroit du président russe, lequel défend bec et ongles les intérêts de son pays contre les visées de l’Occident.

Sources : Tunis Hebdo

Posté par Adriana Evangelizt

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