La difficile mise en plance d'une défense européenne autonome

Publié le par Adriana Evangelizt

La difficile mise en place d'une défense européenne autonome

par Jean-Michel Floc'hlay

Alors que la création d'une Défense européenne est un des souhaits des citoyens de l'Union le plus souvent relevés dans les sondages, l'ouvrage d'Edouard Pflimlin intitulé "Vers l'autonomie des capacités militaires de l'Union européenne" et publié par la Fondation Robert Schuman, permet de faire le point sur l'avancée de ce concept qui a mis du temps à se concrétiser après l'échec, en 1954, de la Communauté européenne de défense (CED). Si depuis 1998, la Défense européenne connaît une nouvelle impulsion, Edouard Pflimlin ne manque pas de mettre en évidence les lacunes qui freinent encore sa progression.


Une défense européenne difficile à mettre en place


L’idée d’une défense européenne remonte aux premiers traités défensifs en Europe de l’Ouest au lendemain de la seconde guerre mondiale. La guerre de Corée et la nécessité du réarmement allemand face à la grandissante menace soviétique conduisirent à l’idée d’une Communauté européenne de défense, organisée sur des bases supranationales. Cependant la France rejeta la CED en 1954 au profit de l’Union de l’Europe occidentale (UEO), instrument d’un pacte défensif entre Européens. Mais l’OTAN, instituée en 1951, disposait des moyens militaires, aussi l’UEO n’eut qu’un rôle très secondaire sur les questions de défense européenne.

C’est seulement dans les années 1980 que resurgit l’idée d’une défense européenne. Au début des années 1990, le traité de Maastricht, instituant l’UE, envisagea une politique de défense commune pouvant conduire à terme à une défense commune. Des forces militaires furent alors mises à la disposition de l’UEO, « bras armé » de l’UE. Mais l’UEO n’eut qu’un rôle très limité lors des grandes crises internationales, notamment en Yougoslavie. Cette faiblesse de l’UE et de l’UEO conduisit deux Etats, la France et la Grande-Bretagne, à penser qu’il fallait relancer l’idée de moyens conséquents au service de l’action en matière de défense de l’UE.


Le tournant de Saint-Malo


Au sommet de Saint-Malo de 1998, ils décidèrent que l’UE devait disposer d’une capacité autonome d’action en matière de défense. Cette idée eut l’assentiment des autres membres de l’UE et au Conseil européen d’Helsinki en 1999 l’objectif fut fixé d’avoir d’ici 2003 une force d’intervention de 60 000 hommes pour remplir les missions dites de « Petersberg ».

L’opérationnalité de cette nouvelle politique européenne de sécurité et de défense fut reconnue en 2003 et des opérations militaires de l’UE furent menées cette même année.


Des lacunes persistantes


Cependant de nombreuses lacunes obèrent encore l’action de l’UE dans un environnement international en pleine mutation. En effet, l’UE doit faire face à de nouvelles menaces, qui vont de la prolifération des armes de destruction massive à la déliquescence des Etats, trouble à la stabilité régionale, identifiées dans une stratégie européenne de sécurité adoptée par l’UE en décembre 2003. Ces menaces nécessitent des actions préventives, en tout cas à l’extérieur des limites de l’UE.

Mais cette dernière connaît des lacunes stratégiques, en particulier en termes de disponibilité et de déployabilité des forces réduites, au regard des effectifs militaires importants dont disposent les Etats, mais aussi de mobilité des forces, limites qui rendent difficiles des opérations d’envergure où l’OTAN reste incontournable. La raison est largement imputable à la faiblesse relative des budgets de défense des pays de l’UE qui dépensent deux fois moins que le grand frère américain.

Cependant l’UE continue d’évoluer consciente de ses lacunes et des nouvelles menaces.

Elle a identifié de nouveaux objectifs pour 2010. Il s’agit de développer un embryon de quartier général européen qui donnera une plus grande liberté stratégique à l’UE, mais aussi une agence européenne de défense, instituée en 2004, qui doit notamment promouvoir la coopération en matière de programmes d’armement. Par ailleurs, face aux nouvelles menaces, l’objectif est de développer des capacités d’intervention très rapides en mettant en place des groupements tactiques de 1500 hommes très réactifs. Ces évolutions nécessitent cependant la poursuite du plan de comblement de lacunes capacitaires, adopté en 2001 à Laeken. Enfin, l’UE monte en puissance en matière opérationnelle en prenant notamment le relais de l’OTAN en Bosnie fin 2004.

Mais un effort nouveau doit être réalisé sur le plan budgétaire pour développer les capacités de défense. Cependant dans un contexte de restriction budgétaire dans de nombreux pays, il est également nécessaire de mieux utiliser les moyens disponibles. L’offre et la demande d’armements doivent aussi être aussi rationalisées pour développer des synergies entre les pays européens et réaliser des économies d’échelle.

A l’issue de ces nouvelles évolutions, l’UE aura fait un nouveau pas vers l’autonomie en matière de défense, même si l’OTAN continue de jouer un rôle clé pour des opérations importantes. C’est aux décideurs politiques de faire preuve d’audace pour atteindre une autonomie plus complète. Ils peuvent s’appuyer sur une opinion européenne sensible à l’idée de défense européenne.

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