Identités culturelles et citoyenneté européenne selon Edgar Morin

Publié le par Adriana Evangelizt

Edgar Morin « Identités culturelles et citoyenneté européenne »

Eclairage RELATIO par Daniel RIOT

La culture selon Edgar MORIN :

« Une culture est un ensemble de savoirs, savoir-faire, règles, stratégies, habitudes, coutumes, normes, interdits, croyances, rites, valeurs, mythes, idées, acquis qui se perpétue de génération en génération, se reproduit en chaque individu et entretient, par génération et ré-génération, la complexité individuelle et la complexité sociale. La culture constitue ainsi un capital cognitif, technique et mythologique non inné »

Et encore : « La culture, c’est ce qui relie les savoirs et les féconde »

L’Europe selon Edgar MORIN :

« L’Europe  est un complexe (complexe au sens de ce qui est « tissé ») dont le propre est d’assembler sans les confondre les plus grandes diversités et d’associer les contraires d’une façon  non séparable (…) L’Europe n’a d’unité que dans et par sa multiplicité née des interactions entre peuples, cultures, classes, Etats qui ont tissé une unité, elle-même plurielle et contradictoire »

Et encore : « L’Europe n’est pas qu’une affaire supranationale : elle est d’abord une affaire infranationale »

Deux  leçons sémantiques de ces deux doubles définitions : 1) Culture et Europe ont le même mot-fondateur, un mot qu’Edgar Morin a si bien décortiqué : RELIANCE. 2)  Les crises actuelles de la Culture et de l’Europe illustrent un autre mot  cher à Edgar Morin : COMPLEXE. L’HOMO COMPLEXUS dans toute sa splendeur…

Nous ne pourrons évidemment pas épuiser le sujet aussi vaste qui nous a été proposé par le forum européen des cultures. Les trois livres  (trois sur une bonne cinquantaine !) que j’ai relu pour préparer cette table ronde pourraient faire l’objet de mois d’études et de débats… Ces trois livres, dans l’ordre chronologique, sont :

  • Penser l’Europe. Edité chez  Gallimard  en 1987, Traduit dans plus de vint langues, il aurait dû être imposer à tous ceux qui ont fait campagne (pour le OUI comme pour le NON) au referendum de l’an dernier…
  • Ethique, la Méthode 6 .Edité au Seuil en 2004, il est indispensable à tous ceux qui voudraient régénérer la pensée en cette ère de la « défaite de la pensée »  et qui aspirent à  ce qu’Edgar Morin  appelle une « écologie de l’action »
  • Culture et Barbarie européenne, un petit livre de 94 pages, très denses, publié chez Bayard en 2005 qui est un vrai livre de résistance puisque « penser la Barbarie c’est déjà tenter de la combattre »

Culture et barbarie :ces deux mots qui devraient être à  l’opposé l’un de l’autre, antagonistes,  semblent indissolublement liés dans tout ce qui a fait l’histoire de l’Europe, de cette Europe-Lumière qui est aussi une Europe-cimetière…

Edgar Morin souline quelques traits singuliers … qui n’appartiennent pas qu’au passé :

n      l’intolérance, la peur de l’Autre, du trop différent ou du trop semblable…

n      la soif ou plutôt l’obsession  de la « pureté »

n      l’esprit de domination

n      la prise en tenaille entre le culte de la décadence, du déclin, et l’espérance d’une Renaissance

n      l’ivresse du pessimisme, la philosophie de  l’angoisse, de l’absurde, du Néant et la quête d’un Salut

n      le choc entre la confiance et la méfiance

n      le combat entre l’esprit d’ouverture et les réflexes de fermeture, de repli

n      l’antagonisme entre l’esprit élitaire et l’égalitarisme

Edgar MORIN n’en est pas pessimiste pour autant, et pas seulement par cette « espérance éthique » qui naît de « l’inespéré »… Il fait deux grands constats :

1)      « Les foyers de domination ont été aussi ceux des idées émancipatrices ». L’Europe sait  inventer à la fois les poisons et les contre-poisons

2)      Aujourd’hui, « la culture européenne n’est pas l’affirmation du primat de la culture européenne, mais du primat de la Culture, de toutes les cultures » C’est dans cette optique que la construction européenne est un acte de résistance à l‘uniformisation de la planète… et à l’écrasement des cultures régionales, pour simplifier entre la « cocalisation » et la « folkorisation »

« Régional »… C’est l’un des mots-clefs de cette journée de débats et de réflexions.  Avec toutes les questions qu’il provoque. Et toutes les ambigüités, surtout dans des pays très centralisés. Les batailles entre « jacobins » et « girondins » ne sont pas terminées… La mondialisation et l’unification européenne leur donnent même une vigueur nouvelle. Cela va loin, y compris dans des pays-fédération : N’y-aurait-il plus rien entre le « local » et le « global » ?

Là, comme dans d’autres secteurs, culture et politique se rejoignent, se recoupent, se mêlent. Se tissent.

Logique : l’une et l’autre tentent de maîtriser les tensions entre le besoin identitaire, le « particulier » et l’attraction vers le monde extérieur, vers « l’universel ». L’une et l’autre sont des héritages, des produits de l’histoire, des fruits des  mémoires (souvent sélectives) et des consciences (pas toujours mises à nues)…Difficultés de ce que Morin appelle « l’auto-éthique », cette « éthique du soi pour soi qui débouche naturellement sur une éthique pour autrui »…

Sans doute, devons-nous retenir la leçon de Malraux dans la préface des « Conquérants » : « il n’y a pas d’héritage sans métamorphose ». Le patrimoine, c’est la conservation et l’évolution. La « métamorphose », c’est la créativité, la création, ces œuvres de l’esprit qui, selon la formule de Morin, font que « l’homme est un être culturel par nature puisqu’il est une être naturel par culture »…

Sources : Relatio

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Pour le Peuple

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