L'Union joue sa crédibillité dans la crise israélo-palestinienne

Publié le par Adriana Evangelizt

L’UNION JOUE SA CREDIBILITE DANS LA CRISE ISRAELO-PALESTINIENNE

par Francis Wurtz

 

Le caporal Gilad Shalit doit être libéré! Tout comme les 9000 prisonniers palestiniens en Israël - dont 128 femmes, 300 adolescents et 900 détenus sans jugement ! Ne nous leurrons pas. L'offensive de l'armée israélienne à Gaza et l'enlèvement - fait sans précédent - du tiers des ministres palestiniens, du Président du parlement et de nombreux députés du Hamas n'ont, pour ainsi dire, rien à voir avec la volonté de libérer ce soldat. Ces plans étaient prêts bien avant cette capture. Le gouvernement Olmert se saisit en fait de cette occasion pour tenter de faire franchir une étape décisive à une stratégie bien établie et désormais bien connue. En premier lieu, il s'agit de renverser le gouvernement palestinien, quitte à anéantir dans la foulée ce qui reste de l'Autorité palestinienne du Président Abbas. Ensuite, comme toujours, on déclarera qu'il n'existe plus d'interlocuteur palestinien pour négocier. La voie sera ainsi dégagée pour imposer unilatéralement les frontières d'Israël: regroupement des colonies en trois grands blocs plus faciles à défendre ; morcellement des territoires palestiniens et annexion de près de la moitié de la Cisjordanie, de la vallée du Jourdain et de Jérusalem-Est; poursuite de la construction du Mur. En un mot : un fait accompli tuant tout espoir d'un Etat palestinien digne de ce nom. Enfin, le chaos ainsi généré dans la société palestinienne permettra de justifier le recours durable à la force au nom de l'impératif de sécurité.Cette stratégie n'est pas seulement monstrueuse à l'égard du peuple palestinien. Elle risque de réserver des lendemains cauchemardesques au peuple israélien lui-même.

Comment imaginer que d'un tel effondrement puissent émerger comme par miracle des dirigeants palestiniens dociles et une population consentante ? Qui sème le désespoir récolte la violence. L'expérience collective de la société palestinienne risque d'être que le fait d'avoir joué le jeu de la démocratie ne lui a apporté que du malheur supplémentaire. Et l'Union européenne face à un tel enjeu ? Va-t-elle laisser détruire les institutions palestiniennes qu'elle a, douze ans durant, contribué à construire ? Va-t-elle lâcher le Président palestinien en pleine tourmente, alors qu'il vient de réussir, avec le chef du gouvernement, ce que personne n'osait espérer : la conclusion d'un accord reconnaissant de fait Israël et ouvrant la voie à un gouvernement d'union nationale ? Ou va-t-elle avoir la volonté et le courage d'imprimer sa marque, en exigeant la libération des responsables du Hamas, en rétablissant une aide conséquente et une coopération active avec l'Autorité et le gouvernement palestiniens, et en parlant clair sur les obligations incombant à tout Etat sans exception en vertu du droit international et des Conventions de Genève ? Je pense que c'est sur ce terrain et maintenant que l'Europe va jouer une grande part de la crédibilité du projet euro-méditerranéen, et plus généralement de sa propre crédibilité comme acteur mondial.

 Francis Wurtz est président du groupe parlementaire européen GUE/NGL

Sources : Relatio

Posté par Adriana Evangelizt

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