LES CHÔMEURS ET PRECAIRES DANS L'UNION EUROPEENNE

Publié le par EVANGELIZT

UN ENJEU POUR LES DÉMOCRATES ET LES SALARIÉS DE L’ UNION EUROPÉENNE ÉLARGIE

par Anke van der Vliet

Au sommet de Lisbonne, en 2000, une partie de cet avenir a été scellée. Le but donné à l’Europe par ce sommet est qu’elle soit en 2010 en tête dans la lutte mondiale pour la compétitivité avec une économie de la connaissance hautement développée. Lors des sommets de Nice et de Lisbonne, des objectifs de niveau élevé de sécurité en matière sociale et de plein emploi ont été affirmés. Mais les progrès dans ces domaines doivent dépendre de ceux accomplis sur l’objectif prioritaire qui est celui de la compétitivité. On peut d’ailleurs douter que celui-ci conditionne vraiment ceux là. Pour nous, les Euromarches, qui sommes une composante du mouvement altermondialiste, la perspective d’une Europe sociale est notre préoccupation première. L’union politique européenne n’est pas pour nous un but en soi, mais un chemin possible vers un monde meilleur, dans lequel les processus d’intégration globale aux niveaux économiques, politiques et sociaux vont de pair et se développent d’une manière démocratique.

Pour l’instant, l’intégration politique suit l’ordre du jour fixé par le capital et le libre commerce. Les intégrations politique et sociale suivent loin derrière. Ces différences de rythme génèrent bien des problèmes et contradictions. C’est dans ce contexte que nous devons examiner l’élargissement de l’Europe et ses conséquences en matière sociale aussi bien dans les anciens que dans les nouveaux pays de l’Union.

Quand nous parlons des conséquences majeures de l’élargissement, nous sommes préoccupés par les réponses politiques à apporter à l’entrée d’un grand nombre d’États, de peuples et d’économies qui ont des niveaux très bas de protection sociale. Nous pouvons espérer une réallocation des fonds structurels en direction des pays entrants pour les aider à restructurer leurs économies et leurs infrastructures, peutêtre même pour améliorer la protection sociale de leurs peuples.

Un second effet possible est celui de la convergence des systèmes existant de protection sociale et de leur financement. Étant donné les niveaux plus bas des pays entrants, cela risque de conduire à un abaissement des niveaux actuels de protection sociale dans les anciens pays de l’Union.

Un troisième effet possible concerne les conséquences de la libre circulation des citoyens de l’Union et de l’ouverture des marchés.

Pour commencer par la troisième question, nous pouvons voir que, par exemple, l’Allemagne et l’Autriche vont fermer leurs frontières aux citoyens des nouveaux pays. Aux Pays Bas et en France, nous pouvons constater les mêmes réactions xénophobes et chauvines. En Irlande et Grande-Bretagne, le marché du travail sera ouvert à tous mais la protection sociale ne sera assurée qu’aux citoyens de l’ancienne Union. Des mesures semblables sont débattues dans les autres pays sur fond de considérations sur le « tourisme social ». Les peuples qui ont voté pour l’entrée dans l’Union voient ainsi la règle du jeu changer du jour au lendemain. Leur marché est le bien venu mais pas leurs travailleurs, leur pauvreté et leur misère.

De cette façon, l’élargissement de l’Union semble bien être le levier permettant de faire sauter quelques bornes de la tradition démocratique libérale. Aujourd’hui, y compris chez les Verts et les sociaux-démocrates, il est proposé de formaliser l’actuelle distribution inégale du bien-être et d’institutionnaliser la société à deux vitesses. Pour le justifier, on utilise des arguments xénophobes et chauvins où les politiciens se mettent en avant comme protecteurs des intérêts de leurs électeurs en tant que consommateurs et contribuables.

Aujourd’hui, le principe de libre circulation des biens et des personnes nous oblige à nous préoccuper de la satisfaction des besoins humains fondamentaux (ou de leur non-satisfaction) et d’une juste distribution des richesses.

Pour nous, une Europe sociale est une Europe avec des frontières ouvertes et des règles rigoureuses de protection des personnes les plus vulnérables et des travailleurs précaires et à bas revenus. En ce qui concerne la convergence des systèmes et droits sociaux, il est clair que le projet de Constitution européenne écrite par Giscard d’Estaing n’a pas assuré une base de principe solide à la protection sociale. En fait, les droits au logement, au revenu, à la santé, à l’emploi, à la sécurité, au travail et aux retraites n’ont pas fait l’objet de la même attention que les intérêts du capital. Dans sa rhétorique néolibérale de ce texte, tout problème trouve sa solution dans un bon fonctionnement du marché. Dans une telle conception, la protection sociale est, par définition, sacrifiée. En ce qui concerne la convergence des règles d’imposition et leur régulation, on observe une nette tendance à une distribution encore plus inégale des revenus. Le taux de taxation des hauts revenus est passé de 62,3% à 48,3% en moyenne ; la taxe à la valeur ajoutée augmente partout; la taxation des profits a chuté de 44,8% à 31,8% se rapprochant de la moyenne très basse des pays entrants qui est de 23,6 % . Parallèlement, les normes sociales se dégradent partout et les dépenses pour les services publics stagnent. Partout la tendance est à la privatisation des systèmes de retraite. Face à ces évolutions négatives, on voit les responsables politiques enfermés dans un cadre qui ouvre les frontières au capital et au commerce mais pas aux travailleurs. Pendant que le discours néolibéral blâme ou néglige les victimes de la compétition sur le libre marché, le capital international fait ce qu’il veut aux dépens de l’immense majorité.

Enfin, nous verrons probablement une réattribution des fonds structurels en faveur des pays entrants. On peut se demander si ces fonds compenseront les dommages faits aux productions locales par l’ouverture du marché. Comme ces fonds sont maintenus à leur niveau actuel, une telle réallocation provoquera des contradictions et des conflits dans des secteurs comme l’agriculture aussi bien chez les fermiers que chez les ouvriers agricoles, ce qui pourrait alimenter en retour de violentes réactions chauvines et racistes. Chers amis et camarades, aujourd’hui nous nous concentrerons sur les évolutions de l’Europe aux niveaux globaux et nationaux en rapport avec son élargissement. Les quatre commissions regarderont les choses de quatre points de vue:

 1 - l’élargissement et ses conséquences sociales;

 2 - le revenu, le travail précaire et le dumping social;

 3 - les migrations et la libre circulation des citoyens;

 4 - les droits sociaux et civils et la Constitution européenne.

Nous en tirerons ensuite les conséquences en terme de stratégie et de propositions alternatives.

Chers amis et camarades, il est clair que les orientations des forces dominantes s’opposent à notre aspiration à un monde meilleur. Pour protéger les intérêts d’un petit nombre, des milliards sont dépensés pour des mesures xénophobes, la terreur et la guerre.

Nous trouvons un encouragement dans la montée du mouvement altermondialiste auquel nous voulons contribuer à notre manière. Ensemble nous combattrons les forces néolibérales. En rassemblant nos forces, nous surmonterons notre faiblesse issue de la dispersion et de perspectives trop localistes et trouverons de nouvelles forces dans la solidarité internationale. Le développement des Forums sociaux aux quatre coins du monde nous encourage. Dans le même esprit, nous saluons la participation à nos travaux d’amis et de camarades venant d’Europe centrale et de l’Est.

Sources : http://www.euromarches.org/francais/04/0319_2.htm

 

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