LES AGRICULTURES BALKANIQUES ET L'UNION : TRISTE CONSTAT

Publié le par EVANGELIZT

En lisant l'article ci-dessous il est aisé de comprendre comment fonctionne l'Union Européenne avec les pays environnants. On exige des quotas pour l'intégration mais en échange on aide peu et on donne peu pour ne pas dire rien. Voilà où se situe l'entraide et la générosité.

 

Les agricultures balkaniques pourront-elles résister à l’intégration européenne ?

Par Jehona Gjurgjeala

Deux ans après l’abolition des barrières douanières sur les marchandises en provenance des Balkans, les exportations totales de la région ont à peine augmenté. L’offre de libre-échange de l’UE a fait plus de mal que de bien aux agriculteurs balkaniques. Les producteurs locaux risquent de perdre à la fois leur marché local et leur marché régional, et les réformes du secteur seront difficiles.

« L’UE peut toujours ouvrir ses portes, la question est de savoir si nous sommes capables de les franchir. Nous ne pouvons pas entrer en compétition avec les compagnies européennes qui sont sur le marché depuis une centaine d’années. Nous avons besoin d’aide supplémentaire de l’UE », estime MilanTadic, directeur de Podravka, la première société agroalimentaire de Croatie.

De nombreux obstacles empêchent les producteurs agricoles d’exporter sur les marchés de l’UE. Bruxelles fait peu d’efforts pour aider à la restructuration du secteur agricole dans la région. Les gouvernements sont faibles et l’administration fonctionne mal pour assurer cette restructuration. De plus, les producteurs ne répondent pas aux exigences sanitaires et de qualité de l’UE. Il faut aussi noter l’attitude des entreprises locales qui bataillent pour s’adapter au concept et aux lois de la compétition du marché après des années de socialisme.

En résumé, les producteurs régionaux ne peuvent pas se contenter d’assistance, ils ont besoin d’une approche plus dynamique s’ils ne veulent pas perdre leurs marchés locaux au profit des majors de l’agroalimentaire de l’UE.

L’Union européenne exige beaucoup et donne peu

L’UE est persuadée qu’avec l’abolition des tarifs douaniers, les producteurs des Balkans occidentaux vont devenir plus compétitifs, augmenter leurs exportations et que cela va créer des emplois et stimuler la croissance économique

On peut aussi dire, avec plus de cynisme, que l’UE peut se permettre d’être généreuse et faire des concessions, étant donné que les exportations vers son marché sont négligeables. Comme le dit Vanja Kaludjer, un expert de la Chambre d’agriculture croate, « l’UE nous a donné l’accès à son marché parce que cela ne change rien ».

Les contraintes et les exigences de Bruxelles sont importantes, mais son aide très limitée.

Les contraintes commencent avec les quotas imposés sur les importations de produits agricoles essentiels comme le vin, le poisson et la viande de veau. Ces quotas dissuadent les producteurs d’augmenter leurs productions puisqu’ils ne peuvent exporter que des quantités limitées vers l’UE. Le résultat, c’est que les investissements nécessaires pour moderniser l’agriculture sont remis à plus tard.

Michael Karmitschnig, qui défend l’UE, affirme que les quotas offre un cadre pour le développement des industries agroalimentaires dans les Balkans occidentaux et que, si ces pays rejoignent l’UE, ils seront soumis à des quotas et qu’il est donc dans leur intérêt de s’y habituer tout de suite.

Le problème est que ce que l’Europe considère comme « des guides pour des changements structurels » représente plus un bâton qu’une carotte. Selon Verena Knaus , une analyste basée à Berlin, qui travaille pour European Stability Initiative, « les pays de l’UE sont soumis aux quotas mais ils reçoivent de l’aide du budget européen, ce que ne reçoivent pas les pays des Balkans occidentaux ».

Jusqu’à présent, l’UE n’a pas offert aux États des Balkans occidentaux l’accès aux programmes de développement. Quand on demande pourquoi à Michael Karmitschnig, il répond que les institutions dans ces pays sont trop faibles pour les gérer et que s’ils postulaient, ils ne seraient pas capables de se qualifier car il faut d’abord mener des réformes institutionnelles.

Verena Knaus admet que les pays de la région ne sont pas en mesure de gérer des programmes comme SAPARD, un programme de soutien aux États en attente d’adhésion, mais dire simplement que « ces pays ne peuvent pas gérer les fonds est mesquin. On doit construire cette capacité et l’UE et les gouvernements de la région doivent commencer à travailler dès cela maintenant ».

Les Accords de Stabilisation et d’Association : le bâton et pas de carottes ?

La Croatie et la Macédoine, les deux seuls pays à avoir signé les Accords de stabilisation et d’association (ASA) ont des soucis supplémentaires à se faire. Ces accords sont un contrat entre l’UE et chaque pays de la région, régulant les relations entre les deux signataires. Les accords contiennent des mesures de libéralisation et des projets de coopération dans de nombreux domaines. Ces accords obligent les signataires à supprimer les droits de douane pour les produits de l’UE, ce qui augmente la compétition pour les producteurs locaux.

Stojmirka Tasevska, responsable du secteur agriculture de la Chambre de commerce de Macédoine, dit que les producteurs locaux risquent de perdre à la fois leur marché local et leur marché régional : « les consommateurs ont vite fait de se rabattre sur les tomates espagnoles, moins chères et mieux empaquetées ». Même son de cloche en Croatie, où les subventions agricoles sont en gros six fois inférieures à celles de l’UE.

L’UE affirme que la situation économique serait pire sans ces préférences commerciales. Pour Michael Kamitschnig, « il y aura toujours des perdants dans le commerce ».

Les contrôles sanitaires et de qualité : une haie trop haute à franchir

En novembre dernier, en Albanie, un des programmes les plus populaires à la télévision a mené une enquête sur la qualité de l’eau en bouteille. Celle-ci a révélé que des sociétés remplissaient les bouteilles avec de l’eau du robinet et les vendaient comme eau de source. Sur sept échantillons, deux seulement étaient buvables et l’un contenait des matières fécales.

Quand on leur a demandé de commenter ces résultats, les sociétés ont envoyé des certificats attestant que leurs eaux étaient saines. Pour couronner le tout, on a découvert que l’institut qui avait fait les tests avait aussi délivré les certificats.

Cette anecdote met en lumière deux points qui ont un impact direct sur la capacité à l’exportation des producteurs des Balkans. Le premier est le besoin de produits de qualité aux normes européennes, le second le besoin d’institutions d’état crédibles qui peuvent délivrer des certificats en qui les consommateurs de l’UE pourront avoir confiance.

Pour les producteurs locaux, étant donné les difficultés à exporter vers l’UE, les marchés régionaux sont de première importance. La Croatie et la Serbie-Monténégro exportent ainsi près de 30 % de leurs produits agricoles vers la Bosnie-Herzégovine.

L’Albanie est une exception. Elle exporte peu de produits, essentiellement des textiles et des chaussures et 90 % de cette production est exportée vers l’UE. Mais cela est en train de changer. Les exportations albanaises vers la région ont triplé en valeur durant la première moitié de 2004, passant de 2,6 à 8,3 %.

Les gouvernements ne peuvent pas agir

Les politiques agricoles des gouvernements sont inadaptées ou bien inexistantes. C’est ce qu’à découvert la Macédoine, quand elle a déposé une demande d’adhésion à l’UE et qu’elle a reçu un questionnaire de plus de 3000 entrées. « Cela nous a permis de découvrir que nous n’avions pas de politique agricole. Nous avons de bons produits, mais pas de politique », reconnaît Valentin Nevsoki, porte-parole du secteur.

Au Kosovo, le vide politique est pire. Il faut errer de bureau en bureau à la recherche de responsables qui auraient des idées sur l’agriculture et l’exportation. Si on réussit à avoir des informations, elles sont partielles et souvent inexactes.

La situation de l’agriculture est la pire au Kosovo mais ailleurs ce n’est pas beaucoup mieux. « Les gouvernements nationaux devraient faire des efforts pour fournir des informations à jour et utiles sur la libéralisation du commerce et la suppression des tarifs douaniers », insiste Amaldo Abruzzini, secrétaire général de l’Association des chambres de commerce et d’industrie européennes, Eurochambres, basée à Bruxelles.

En Macédoine, très souvent, les industries agroalimentaires n’ont pas conscience de leur potentiel à l’exportation et elles reconnaissent que le gouvernement devrait faire plus pour les informer. En Serbie-Monténégro, les investissements dans l’agriculture sont restés très modestes. En Croatie, le gouvernement a lancé une initiative appelée Otvorena Vrata pour encourager les agriculteurs à se spécialiser dans certains produits. Mais les producteurs sont restés impassibles. « C’est loin de la réalité de l’agriculture croate, c’est de l’utopie. De fait 60% de notre agriculture n’est pas prête pour l’UE », bougonne, Josip Pavic, président du syndicat agricole croate, le PPDIV. Ailleurs, les entreprises se plaignent que les gouvernements font bien peu pour stimuler les exportations.

Les petites entreprises résistent aux changements

Cependant, il ne faudrait pas mettre tous les torts sur le dos des gouvernements, les producteurs ont aussi leur part de responsabilité.

Afrim Arzuallxhiu, directeur de l’entreprise agroalimentaire Progres, une des plus importantes du Kosovo, avoue qu’il ne se soucie pas de trouver de nouveaux acheteurs dans l’UE, bien qu’il en ait peu. Son entreprise tourne à 50% de ses capacités et ses produits sont compétitifs sur le marché de l’UE et répondent aux normes requises de qualité. Il reconnaît que son entreprise a un problème d’attitude : « nous ne sommes pas assez agressif pour faire des affaires dans l’UE ». Mais il est beaucoup plus passionné par la question des mesures de protection pour sauvegarde l’industrie domestique, et il se plaint que les pays voisins aient davantage de soutiens dans ce domaine.

Dragan Bisic, propriétaire de la société de plantes médicinales Bilje Borca, admet que les attitudes doivent changer et qu’il faut un esprit d’entreprise plus audacieux et aussi plus d’investissements.

Pour Michael Kamitschnig, la restructuration insuffisante de l’agriculture aboutit à la production de « mauvais produits, des produits de qualité inférieure, des produits de base sans aucune transformation ».

Andrija Pejovic, conseiller économique auprès du ministère serbe de l’Intégration européenne, réagit à ses critiques en disant qu’il faut du temps et des investissements pour rectifier tout cela. « Vous ne pouvez pas en un jour sauter du communisme au capitalisme ».

Il y a un tel fossé entre la qualité et les normes requises pour le marché de l’UE que les producteurs renoncent même d’exporter vers l’UE. Adem Dumishi, dont l’entreprise Agro-Alba produit des fleurs, se souvient du choc quand il a vu de ses propres yeux le haut niveau de qualité aux Pays-Bas où il faisait un stage de formation. « Je ne peux pas entrer en compétition avec une production aussi efficace ».

L’entreprise Tikves de Macédoine est l’une de celles qui a appris à s’adapter au système européen. Elle exporte vers l’Europe depuis quelques années et son directeur Georgi Petrusev, affirme que si elle veut pénétrer davantage le marché européen, elle doit suivre ses règles. « Tôt ou tard nous devrons travailler selon les règles de l’UE. Pour nous, le plus tôt sera le mieux ».

Michael Kamitschnig admet que l’assistance de l’UE doit être plus forte, et qu’il ne suffit pas d’ouvrir les marchés. Bruxelles va mettre l’accent sur des programmes de développement de l’agriculture pour aider les exploitants des Balkans occidentaux à faire face aux pressions du marché dans son plan de budget pour 2007-2013. « Les programmes offerts aux Balkans occidentaux s’inspireront de ceux utilisés par les nouveaux membres de l’Union dans leur phase de pré-accession », ajoute-t-il.

La question est de savoir si beaucoup d’exploitants pourront attendre. Les producteurs croates ont plus de chance que les autres car, avec le statut de candidat à l’adhésion, ils peuvent espérer plus d’assistance pour restructurer leur agriculture. Pour leurs voisins, l’attente de l’assistance européenne risque d’être longue et pour beaucoup elle arrivera trop tard.

 Sources : http://www.balkans.eu.org/article4989.html

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