Lobby polonais

Publié le par Adriana Evangelizt

Lobby polonais




Par Thomas Schreiber


Journaliste, professeur associé à l’Ecole militaire spéciale de Saint-Cyr Coëtquidan.

En 1920, parmi les Américains nés hors du territoire des Etats-Unis, les Polonais occupaient la quatrième place, après les Allemands, les Italiens et les Russes. Mais les bouleversements qui se sont produits depuis dans la composition ethnique de la population en faveur des immigrés non européens a considérablement réduit la part des Polonais. Ils n’en sont pas moins actuellement 10,5 millions, de loin la plus nombreuse et la plus influente des communautés de l’ancien bloc soviétique.

Nombre d’entre eux se regroupent dans des coalitions d’intérêts (lobbies), collectifs locaux, pour susciter des décisions politiques allant dans le sens de l’intérêt – réel ou supposé – de leur pays d’origine. Le Polish American Congress (1) (PAC) rassemble ainsi quelque 3 000 associations. Depuis sa création, il y a une soixantaine d’années, le PAC s’est intéressé à tous les problèmes directement ou indirectement liés à la Pologne. Il organise régulièrement des campagnes de soutien ou de protestation sur un projet officiel ou une nomination et des démarches de toutes sortes.

Au cours de réunions de réflexion à travers tout le pays, des résolutions sont adoptées puis envoyées, par courrier officiel, aux membres du gouvernement fédéral et aux parlementaires – notamment les « compatriotes ». Depuis la chute de l’empire soviétique, le PAC, au sein duquel les néo-conservateurs occupent des positions importantes, a joué un rôle de premier plan dans la campagne pour l’admission de la Pologne au sein de l’Alliance atlantique. Son engagement en faveur de l’adhésion à l’Union européenne est plus discret...

Mais la lune de miel entre l’Amérique de George W. Bush et la Pologne semble se terminer. Depuis février 2004, on parle d’une future réduction du nombre de soldats polonais engagés en Irak. Varsovie proposerait même de transférer le commandement de « sa » zone d’occupation à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). C’est que le pays est menacé de banqueroute (2). Plus préoccupés par les problèmes économiques et sociaux que par le statut de puissance régionale que leur pays obtiendrait grâce à sa participation à l’aventure irakienne, les Polonais s’interrogent majoritairement sur les relations avec les Etats-Unis.

Beaucoup se disent frustrés pour une autre raison. Bien qu’engagés militairement aux côtés des Américains, ils restent soumis à l’obligation d’obtenir un visa pour se rendre aux Etats-Unis, « comme des citoyens d’un Etat hostile (3) ». Même le président Aleksander Kwasniewski, en visite à Washington en février, n’a pu obtenir qu’une vague promesse : « dans quelques mois », des fonctionnaires américains du service d’immigration s’installeront à l’aéroport de Varsovie pour procéder au contrôle avant le départ pour les Etats-Unis de Polonais... munis de visa. Cette procédure, assure-t-on avec une ironie involontaire, simplifiera les formalités pour d’autres contrôles, une fois le voyageur arrivé en Amérique.

Les Polonais déplorent également que les investissements américains restent sensiblement inférieurs aux engagements pris lors de la guerre de l’Irak. Si bien qu’aux Etats-Unis le « lobby », toujours vigilant, ne manque pas de rappeler au président George W. Bush que le vote de la communauté polonaise pourrait s’avérer déterminant pour sa réélection.

Notes :

(1) www.polamcon.org

(2) Le Monde, 13 février 2004.

(3) Le Nouvel Observateur, Paris, 5 février 2004.



Sources : Le Monde Diplomatique

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans UNION EUROPEENNE USA

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