Les 25 tentent un difficile exercice d'équilibre face à Poutine

Publié le par Adriana Evangelizt

Les 25 tentent un difficile exercice d'équilibre

face à Poutine en Finlande



par Catherine TRIOMPHE



Les dirigeants des 25 retrouveront pour la première fois vendredi à dîner le président russe Vladimir Poutine, partagés entre leur volonté d'approfondir leurs relations avec ce "partenaire stratégique" et leurs inquiétudes face à l'évolution autoritaire du Kremlin.

C'est la Finlande, qui préside l'Union européenne jusqu'au 1er janvier et se targue d'une connaissance approfondie de son voisin russe, qui a eu l'idée de ce dîner inédit à Lahti, à 100 km au nord d'Helsinki.

Il s'agissait de donner un peu de chair à la réflexion de l'UE sur le futur accord de partenariat et de coopération avec la Russie, avant le coup d'envoi aux négociations proprement dites avec Moscou lors du sommet UE-Russie du 24 novembre.

Ce dîner sera le clou d'un sommet informel des 25 de quelques heures à peine, pendant lequel doivent être débattues les politiques européennes de l'innovation, de l'énergie -- très dépendante de la Russie -- et aussi de l'immigration.

Lorsque les Finlandais ont annoncé ce dîner cet été, soulignait récemment un diplomate européen, "ils espéraient qu'il serait l'occasion de fraterniser" avec M. Poutine. "Mais aujourd'hui, plusieurs Etats membres ne sont plus du tout d'humeur à ça".

Ces derniers mois, la Russie, qui réaffirme haut et fort son statut de grande puissance, n'a cessé d'envoyer des signaux qui inquiètent les Européens.

La reprise en main des immenses ressources énergétiques du pays se poursuit, avec la remise en cause de la participation des compagnies occidentales à plusieurs grands projets gaziers.

Dans le même temps, les entreprises russes ne cachent pas leurs ambitions à l'étranger. Une banque publique russe a pris en septembre 5% du capital du géant de l'aéronautique et de la défense européenne EADS, et Moscou a reconnu rechercher une minorité de blocage, ce que Français et Allemands ont refusé.

La Russie n'a pas hésité à tordre le bras à certains de ses voisins tentés par une adhésion à l'Otan et une politique pro-occidentale, l'Ukraine début 2006 lors de la crise gazière ou la Géorgie soumise à un blocus depuis l'affaire des "espions" russes.

Pourtant, l'UE, apôtre de la démocratie et des droits de l'homme, a besoin de l'appui de la Russie sur les grandes questions de politique étrangère, comme l'Iran, le Moyen-Orient, la possible indépendance à terme du Kosovo.

Les Européens sont d'autant plus embarrassés qu'ils apparaissent très divisés. D'anciens pays du bloc soviétique entrés dans l'UE en 2004, comme la Pologne, la République tchèque ou les Etats baltes, sont beaucoup plus réticents que Berlin ou Paris à arrondir les angles avec Moscou.

Ces pays veulent que l'UE confronte M. Poutine sur cette évolution autoritaire, alors que beaucoup de grandes capitales européennes "pensent que c'est en bilatéral qu'il faut soulever ces questions", souligne Antonio Missiroli, analyste au Centre de politique européenne à Bruxelles.

Ces dissensions ont pesé mardi sur une réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Luxembourg, lorsqu'ils ont in extremis adouci une déclaration commune condamnant l'attitude de Moscou face aux Géorgiens.

Le Premier ministre finlandais Matti Vanhanen a cependant assuré mercredi ne pas redouter ce dîner, qui permettra selon lui de parler "de tout", d'économie, d'énergie, de droits de l'Homme comme du meurtre de la journaliste Anna Politkovskaïa.

"Je n'ai pas peur, pas peur du tout. Nous avons besoin d'un débat, et je crois que les deux parties sont prêtes pour ce genre de discussions", a déclaré M. Vanhanen lors d'une interview en duplex depuis Helsinki avec quatre journalistes à Bruxelles.

Il a souligné que les 25 profiteraient du déjeuner pour se mettre d'accord avant l'arrivée de M. Poutine, et estimé que sa venue constituerait "une pression positive" poussant les 25 à parler d'une seule voix.

Sources Cyberpresse

Posté par Adriana Evangelizt

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