Le contentieux germano-polonais pèse sur la politique de l'UE

Publié le par Adriana Evangelizt

Le contentieux germano-polonais pèse sur la politique de l'UE

A la veille du sommet européen qui se tient vendredi 20 octobre à Lahti, où les Vingt-Cinq doivent discuter de leur politique énergétique en présence du président russe Vladimir Poutine, le président de la Commission, José Manuel Barroso, a pris son bâton de pèlerin pour la mise en place d'un véritable "marché énergétique intérieur", qui ne soit pas seulement l'addition de "25 ou 27 marchés nationaux". "Nous devons parler d'une seule voix par rapport aux parties tierces", a-t-il dit, samedi 14 octobre, à Varsovie.

Ce message ne pouvait trouver qu'un écho favorable en Pologne, qui n'a cessé, tous partis confondus, de voir d'un très mauvais oeil la coopération étroite amorcée ces dernières années entre Berlin et Moscou sur la politique énergétique. En septembre 2005, la signature par l'ex-chancelier social-démocrate Gerhard Schröder - alors sur le départ - d'un accord entérinant la construction du gazoduc nord-européen sous la Baltique, dont le tracé contourne consciencieusement la Pologne et les Etats baltes, a déclenché un vent de critiques à Varsovie.

La nomination, quelques mois plus tard, de M. Schröder à la tête du consortium qui doit le mettre en oeuvre - dont la majorité est détenue par le groupe russe Gazprom - n'a rien fait pour arranger les choses. Négocié sans que la Pologne n'ait été consultée, décrié comme une menace pour la sécurité énergétique polonaise, le tube a réveillé les vieux démons.

Le ministre polonais de la défense, Radek Sikorski, a comparé l'accord sur le gazoduc au pacte germano-soviétique Ribbentrop-Molotov de 1939. Dépendante à 60 % environ de la Russie pour son approvisionnement gazier, la Pologne consomme annuellement près de 11 milliards de m3 de gaz, dont 6 milliards sont importés quasi exclusivement de Russie. Pour échapper à cette dépendance, elle veut diversifier ses sources d'approvisionnement, mais aussi obtenir que l'Union européenne (UE) prenne d'avantage les choses en main pour garantir la sécurité énergétique de ses membres.

Le contentieux germano-polonais ne facilitera pas la recherche d'un consensus sur une politique européenne de l'énergie présentée aujourd'hui comme une priorité en raison de la crise pétrolière. Ce contentieux ne date par d'hier. Avant d'arriver au pouvoir, les frères Kaczynski, jouant sur la peur des associations d'Allemands expulsés de Pologne après la guerre, avaient nourri leur campagne électorale de 2005 de slogans anti-allemands. Mais le gazoduc a accru le malaise.


COOPÉRATION AVEC MOSCOU


Le 11 octobre, la ministre des affaires étrangères polonaise, Anna Fotyga, commentant la rencontre à Dresde entre Vladimir Poutine et Angela Merkel, a une nouvelle fois constaté que "l'Allemagne a, dans le domaine de la sécurité énergétique, d'autres priorités que la Pologne". "Il n'y aura pas de politique orientale européenne à succès, sans la participation de la Pologne, observe, pour sa part, l'ancien ministre des affaires étrangères, Stefan Meller. La politique russe des Etats membres ne doit pas être seulement une question d'ordre bilatéral, mais de politique commune européenne et de stabilité politique de l'UE."

Berlin et Varsovie semblent néanmoins conscients de devoir sortir de cette impasse. Mme Merkel a marqué à plusieurs reprises son souhait de ne pas tenir à l'écart les Polonais. Même si elle a endossé le gazoduc de la Baltique, la priorité absolue donnée en matière énergétique à la coopération avec Moscou, qui vient d'être réaffirmée dans un document du ministère des affaires étrangères allemand, semble susciter des dissonances au sein de la coalition allemande entre la chancelière et ses partenaires sociaux-démocrates.

Après avoir manifesté sa mauvaise humeur à l'égard de Berlin en annulant en juillet sa participation au sommet du triangle de Weimar (Pologne, Allemagne, France), le président Lech Kaczynski a mis de l'eau dans son vin. Le sommet a été reprogrammé en décembre. Son frère, Jaroslaw Kaczynski, est attendu en visite à Berlin le 30 octobre.

"Les frères Kaczynski ont réalisé qu'il n'y avait pas de sens d'être membre de l'UE sans avoir de bonnes relations avec le voisin allemand et qu'il était temps de réorienter leur politique", analyse Piotr Buras, spécialiste des relations polono-allemandes au Centre de relations internationales à Varsovie. "Le maintien du dialogue avec l'Allemagne est crucial, estime-t-il, d'autant plus que se profile à l'horizon 2007 la présidence allemande de l'UE, qui promet d'aborder deux dossiers essentiels pour Varsovie : la politique énergétique et la politique russe de l'UE."

Une telle normalisation s'annonce cependant délicate pour l'actuelle coalition polonaise. "Il y a une méconnaissance, combinée à une analyse erronée de ce qu'est l'Allemagne aujourd'hui", regrette M. Buras. Associée au gouvernement de M. Kaczynski, l'extrême droite ne cesse en outre de souffler sur le feu.

Sources :
Le Monde

Posté par Adriana Evangelizt

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