LA NOUVELLE PRISON DES PEUPLES

Publié le par EVANGELIZT

LA NOUVELLE PRISON DES PEUPLES

par HAJOUMA

À l’aube du XXe siècle, l’Empire Austro-hongrois était qualifié de « prison des peuples ». En effet, face à la revendication nationale montante en Europe, le principe même des empires – unité politiques unis par la seule force armée sous l’autorité suprême d’une dynastie de droit divin – symbolisait la réaction la plus radicale au « Liberté, Égalité, Fraternité » porté par la Révolution française. La désagrégation du monstre politique fut l’occasion (sinon la cause profonde) de l’éclatement de la première guerre mondiale, qui précipita l’avènement des États-Nations en Europe Centrale. Au cours du siècle, la même désagrégation frappa les Empires coloniaux, britannique et surtout français. Il est vrai que la contradiction était insoutenable : proclamer l’égalité des droits sociaux et économiques en métropole, et la refuser aux « indigènes » de l’empire. Ces derniers retournèrent contre la France les principes qu’elle leur avait si bien appris à l’école de la République, les tardives et impuissantes tentatives d’assimilation de l’Algérie arrivèrent trop tard pour sauver la « France d’outre-mer ».

L’Union Européenne est la dernière mouture de ce projet « impérial » - à l’héritage féodal de l’Autriche-Hongrie, à la prétention universaliste et « civilisatrice » des métropoles coloniales, elle substitue les liens glacés du libéralisme économique. Le marché est sa seule utopie et sa loi d’airain, qui n’unit les peuples dans l’arène commune que pour mieux les dresser les uns contre les autres dans le « chacun pour soi » de la concurrence sauvage.

SOMMAIRE

1.         Empires et tribus

2.        Le crépuscule des citoyennetés

3.        Le fléau européiste

4.        La face obscure du marché

5.        L’esprit du XXIe siècle

EMPIRES ET TRIBUS

L’État-Nation est le substrat de la démocratie car il unifie une collectivité réelle – la nation – et l’organe du pouvoir politique – l’État.

La Nation est intégratrice car elle unifie sur la base d’un devenir commun, d’un projet partagé et non d’une origine ou d’une substance. D’autres groupes d’appartenance, qu’on appelle tantôt « races », tantôt « ethnies » tantôt « communautés », se définissent par des propriétés intangibles, des différences d’essence avec les autres collectivités humaines. On peut devenir Français, mais pas Noir, Corse ou Beur.

La Nation suppose la participation de ses membres, qui par leurs pratiques communes –la citoyenneté- la font exister. L’ethnie, la communauté se referment au contraire sur le passé. Elles peuvent se « tolérer » ou s’entretuer, mais en aucun cas elles ne sont à même de dépasser leur altérité fondatrice. La guerre n’est pas permanente, mais les « camps » sont constitués, en attendant l’occasion ou l’accident qui déclanchera les hostilités.

Il est vrai que les nations se sont souvent construites à partir d’un matériau communautaire. Mais leur spécificité est de n’en être pas resté là, de le transcender par une idéologie universaliste. Les valeurs de la France ne sont pas des valeurs « françaises » mais des valeurs applicables partout, et qui peuvent être pleinement partagées par des immigrés de n’importe quelle origine.

Le tribalisme peut cependant se mêler à une construction de type national, ce fut le drame de l’Allemagne (et de ses voisins !) dans la première moitié du XXe siècle. Mais il rend insoluble le défi de la fusion de populations multiples jetées par les forces de l’économie et de la démographie dans le creuset de collectivités territoriales à interactions intense.

L’Empire est une solution imparfaite à la fragmentation communautaire : Appareil d’État sans Nation, suzerain des oligarchies militaires, tribales ou économiques, sa légitimité découle de son arbitrage entre des communautés indépassable, un savant jeu de bascule dont chacun sait que la disparition ouvrirait la porte au conflit.

Le déchaînement des tribalismes dans l'ex-Yougoslavie, ou sur les franges de la Russie, en est une tragique et éclairante illustration. Trop confiants dans les vertus intégratrices du communisme, les héritiers de Lénine ont pérennisé des différences « nationales » (en fait : communautaires). Les Républiques de l’URSS ou de la Yougoslavie jouissaient en principe d’une considérable autonomie et leurs « peuples » de droits spécifiques. Le modèle n’était pas celui de l’État-Nation, mais celui de l’Empire, à ceci près que l’universalisme communiste unifiait ces populations et revendiquait un niveau supérieur (mais hélas illusoire) d’intégration : la société sans classes. Lorsque le ciment communiste s’est volatilisé, les « communautés » sont restées face à face, de la Krajina à la Tchétchénie en passant par la Bosnie. Et c’est à ce moment qu’apparut l’évidence que tout était disposé pour le pire. Les guerres tribales remplissaient l’espace des nations que l’illusion communiste avait dispensé de construire.

LE CREPUSCULE DES CITOYENNETES

Ce que fit le XXe siècle, s’abolira-t-il en cette aube du XXIe  ? Certes ni le droit divin ni la « mission civilisatrice » ne sont invoqués pour légitimer la dépossession de la citoyenneté. Les principes de l’ère nouvelle sont plus obscurs et technocratiques. Ils ont nom « état de droit » et « loi du marché ». L’ « état de droit » évoquait à l’origine le principe de la primauté de la règle démocratiquement élaborée sur l’arbitraire du souverain. Dans la novlangue, il signifie la supériorité d’un droit sinon divin, du moins transcendant, puisque déconnecté de la souveraineté populaire. Ce droit est issu de la « sagesse » d’assemblées de juristes non élus, ou de traités internationaux dont les conséquences n’ont jamais fait l’objet de débats et d’une validation démocratiques. La Ve République porte l’écrasante responsabilité d’avoir introduit dans les institutions les principes qui aujourd'hui les dévorent. Nous ne mentionnerons ici que les deux exemples les plus pernicieux :

- la supériorité des traités internationaux sur la loi – qui permet à un gouvernement de faire valider par les gouvernements étrangers les mesures que lui aurait refusé la Représentation nationale, ou tout au moins d’éviter un débat gênant qui aurait obligé les élus à prendre leurs responsabilités (ainsi les multiples directives européennes sont applicables sans avoir jamais pour la plupart été ratifiées par une assemblée française) ;

- l’instauration du Conseil Constitutionnel, chargé de vérifier la compatibilité des lois votées non seulement avec la Constitution (ce qui est assez logique) mais aussi avec des « principes généraux »), dont le dit conseil est seul juge, et qui permet la mise sous tutelle des décisions démocratiques.

Cette dictature du droit se combine avec l’individualisme le plus débridé. Logique puisque ce droit n’est que celui des individus, son peu de légitimité réside dans l’illusion de liberté qu’il flatte. L’individu est d’autant plus choyé dans l’ère nouvelle qu’il est impuissant, ses projets, ses particularismes et même ses perversions se noient dans le magma indistinct de la moyenne statistique,   et quant aux choses sérieuses : le voici seul face au capital, promu « loi économique ».

La « loi du marché », ou ses sœurs jumelles « l’exigence de compétitivité » et la « concurrence internationale » s’apparente à une sorte de droit divin dégradé, dépouillé du sacré et de la morale, dont il ne reste que la Fatalité. Demeure à l’arrière-plan le Paradis édulcoré du « progrès » de la « croissance » et de l’ascension sociale, mais dont l’accès se dérobe sous la multiplication des épreuves initiatiques. Bienheureuses les victimes de la concurrence, car le Royaume de la compétitivité leur est ouvert. En attendant les publicistes du libéralisme déclinent leur vulgate néo-puritaine : les « sacrifices » d'aujourd'hui sont les emplois et la croissance de demain. Flagellons-nous mes frères pour complaire au Dieu Capital qui vous récompensera à l’horizon radieux du Libre Marché. Chacun devrait pourtant savoir qu’il est dans la nature des horizons de n’être jamais atteints !

 Bref l’ère nouvelle remplace la souveraineté nationale et populaire par l’improbable ménage à trois de la fatalité maso-puritaine, de l’égotisme décadent et de la théocratie juridique. Et derrière ce trio se profile le plus pur des ordres ploutocratiques. La liberté du renard libre dans le poulailler libre (Lénine). Durkheim remarquait déjà il y a cent ans qu’ « entre le faible et le fort, c’est la loi qui libère et la liberté qui asservit ». Observons la méthodique destruction des barrières que la poussée des peuples depuis 1789 avait érigées face au totalitarisme du capital.

LE FLEAU EUROPEISTE

L’ « Europe » est l’expression politique limpide de cette immense poussée réactionnaire – réactionnaire au sens étymologique du terme, c'est-à-dire le retour à un ordre passé, celui d’avant la Démocratie, celui de l’état gendarme et des salariés « librement » soumis.

Soyons clairs. La bienpensance veut que toute réticence à l’ordre en construction s’accompagne de protestations de conformisme (« Je suis pour l’Europe, mais… »). Les prétendus adversaires de l’Europe se battent à reculons (« le marché unique / l’euro / l’élargissement, etc. sont malheureusement irréversibles »). Il n’est guère surprenant que dans une telle perspective ils n’apparaissent que comme les grincheux de service, incapable d’opposer quelque alternative à l’ultralibéralisme européiste.

En revanche, la présente critique de l’Europe de Maastricht n’est pas une coquetterie de circonstance : nous sommes radicalement anti-européens. L’UE est un fléau libéral, antinational, antisocial, une pure réaction des possédants contre la démocratie. Un fléau ne se réforme pas, il se détruit. Le marché unique, l’euro, la cour de justice européenne, etc., font obstacle à un ordre européen différent, celui de la coopération entre nations souveraines. La démocratie, la loi égale pour tous, les services publics, la protection sociale, sont des constructions nationales. Faute de la légitimité qui lui permettrait d’imposer à tous les règles de la solidarité, l’Europe ne peut qu’organiser le dépérissement de la citoyenneté. L’assurance privée contre la Sécurité Sociale, le communautarisme contre l’égalité, la concurrence sauvage contre l’emploi et l'investissement à long terme. Même le marché –son unique construction pourtant- s’étiole en l’absence de règles institutionnelles solides, de salariés stables et motivés, de débouchés prévisibles et dynamiques, et de la transparence que seule la férule de l’état peut imposer aux entreprises. Le pouvoir européen n’exprime aucun contrat social. Il se borne à maintenir un équilibre entre féodalités financières, comme les empires des siècles passés entre les féodalités terriennes. Il procède de l’oligarchie, pas de la démocratie.

Il faut beaucoup de naïveté pour réduire le problème posé par la monnaie unique à l’incompétence patente des dirigeants de la Banque Centrale Européenne. En décrétant l’indépendance de cette dernière, le Traité de Maastricht institutionnalisait la soustraction d’un pilier essentiel de nos sociétés au contrôle démocratique. Le peuple est trop sot, et les élus trop incompétents et démagogues, pour gérer, ou du moins contrôler, l’émission de monnaie et le système de crédit. Telle est la conviction profonde des eurocrates, et l’essence des traités européistes. Dans ces conditions, rien de plus prévisible que la propension de la BCE à gérer l’euro au plus près des revendications des rentiers et de la frange la plus routinière du capital – celle qui préfère gager ses profits sur la baisse des salaires et des charges plutôt que sur l'investissement et l’innovation.

Réussirait-on même à infléchir la ferveur monétaristes des banquiers de Francfort, l’euro n’en permettrait pas moins aux entreprises et aux happy few de « zapper » les états les moins complaisants à leur égard, tout en conservant la clientèle ceux de leurs habitants qu’ils n’auraient pas réduits au chômage. Le moins-disant social, la régression généralisée, est dans les gènes de l’Union Européenne. Ce n’est pas une crise de croissance qu’un peu d’ « Europe sociale » permettrait un jour de corriger. L’imposition de règles – de protection sociale, de concurrence… - suppose une autorité étatique forte, et légitime sur la totalité du territoire. Sinon ce sont les « passagers clandestins » - ceux qui cassent les salaires, contournent les réglementations sanitaires et fraudent le fisc – qui, véritablement, font la loi. Cette autorité publique est inconcevable quand des dizaines d’états, que rien d’autre n’unit que la décadence libérale de leurs élites, se paralysent mutuellement et ne se retrouvent que pour déréglementer en dedans et s’élargir en dehors.

À l’instar de l’Empire austro-hongrois, l’Union Européenne n’a d’autre devenir que celui de prison des peuples. L’euro remplace l’étalon-or et la vulgate économique fait office de catéchisme, mais c’est bien la même réduction du citoyen au sujet qui est à l’œuvre, comme si seule la peur de la Révolution prolétarienne avait inspirée à la bourgeoisie son détour par la civilisation.

LA FACE OBSCURE DU MARCHE

Pourquoi les bourgeoisies européennes se sont-elles entichées de ce morne échafaudage technocratique ? Après tout les années de croissance et de plein emploi n’avaient nullement nui aux profits. Il est facile de montrer que la dictature rentière de la BCE stimule l’épargne, fruit des profits et de l’inégalité des revenus en général, tout en décourageant l'investissement, renchéri par les taux d'intérêt et privé d’objet par les médiocres perspectives de vente sur un marché unique en croissance lente. À long terme les possédants n’ont guère avantage à la stagnation économique. Ils pourraient s’accommoder, comme ils l’ont déjà fait, d’une régulation « sociale » du capitalisme, où, pour paraphraser l'ex-chancelier allemand Schmidt, « les salaires d'aujourd'hui sont les débouchés de demain et les profits d’après-demain ».

En fait le capital est prisonnier de la contradiction classique entre l’intérêt particulier (des entreprises) et l’intérêt général (de la société bien sûr, mais aussi du capital lui-même) : pour chaque entreprise, le profit apparaît comme une différence entre le produit et les charges. Pour elle, il s’agit au quotidien – surtout en croissance lente –de maximiser les ventes sur un marché dont les déterminants lui échappent, et de comprimer ses charges. La prise de risque, l’innovation, le pari sur l’avenir sont les clés de l’expansion à l’échelle du système, mais pour chaque entrepreneur individuel elles sont entachées de trop d’incertitude pour l’emporter spontanément.

Il est facile de montrer que le succès purement concurrentiel (dans le partage des marchés) est un jeu à somme nulle, surtout s’il est gagé sur des politiques de réduction des coûts, car le déversement des salaires vers les profits est un puissant facteur de stagnation. À long terme, les politiques libérales scient la branche sur laquelle elles sont assises. L’excès de profits compromet la demande, la production s’accroît moins vite et les innovations se diffusent plus difficilement. Flambées boursières et éphémères succès d’exportation peuvent voiler un moment la réalité, mais très vite le niveau des profits fléchit vers son étiage.

Mais mêmes conscients de cette perspective, les entrepreneurs préfèrent le gain d’aubaine à la prise de risque, et conserver leur liberté de mouvement plutôt qu’être absorbés par un capitalisme peut-être dynamique, mais administré. Quant aux rentiers, le crédit bon marché est une calamité pour eux ; ils préfèrent garder la meilleure part d’une croissance économique exsangue que d’être les derniers servis de l’expansion.

La croissance n’est pas primordiale pour les bourgeois, le pouvoir financier et social leur importe davantage. Ils ont le choix entre l’innovation, le « saut périlleux de la marchandise » qu’évoquait Marx, et la routine paresseuse des subventions et des allègement de charges. Ce n’est que sous la férule des luttes sociales et de la pression de l’État que le capitalisme donne le meilleur de lui-même – comme durant les fameuses « Trente Glorieuses », ou la crainte du communisme sublimait sa nature profonde.

Voilà pourquoi le marché fait si bon ménage avec les tribalismes, communautarismes et autres différencialismes : la fragmentation des collectifs sociaux - Classe, Nation...- fait place nette au jeu concurrentiel et au pouvoir financier.

La logique de l’Union Européenne, et plus largement celle de ce qu’on appelle la « mondialisation », s’éclairent suivant ces considérants : le capital s’émancipe des compromis de classe et des institutions régulatrices que lui imposait la menace communiste et le haut niveau des luttes sociale. Le capitalisme « fordiste » cède la place à un capitalisme « patrimonial » pour lequel le progrès n’est qu’une option et le plein emploi une dangereuse incitation aux exigences salariales.

L'ESPRIT DU VINGT ET UNIEME SIECLE

Face à ce capitalisme rendu à ses pires démons, comment le mouvement social peut-il se reconstituer ? Privé de ses "modèles" faillis, le socialisme n'est plus qu'une étiquette sans contenu.Ce qui précède a démontré l’inanité des politiques européistes qui prétendent, en dépit de l’expérience, faire de l’Europe le « super État-Providence » qui préserverait quelques « acquis sociaux ».

L’Europe fédérale est un fantasme d’étudiant en Sciences Politiques, mais qui n’a jamais fait l’objet d’une véritable politique. Le grotesque éclatement des diplomaties européennes lors de l’invasion américaine de l’Irak a mis en évidence la totale indifférence de la plupart des états « européens » vis-à-vis du rapprochement politique de la zone. Le libre marché est le seul ciment de l’UE, et cette dernière tournera immanquablement ses institutions, tribunaux et réseaux de fuite des capitaux contre le   pays membre qui s’avisera de dévier de cette orientation.

À l’heure actuelle, la conscience commune européenne est un leurre. Les peuples résignés baissent la tête et subissent l’euro, mais les français ne se sentent ni allemands ni lettons ni espagnols, et réciproquement. Or la construction d’une nation est impensable sans la fusion des peuples, la démocratie est impensable à défaut de demos commun.

Une chose est de trouver désirable la perspective de fusion de ces peuples ; c’est une perspective sympathique mais lointaine. En tout cas elle ne passe pas par l’Union Européenne dont le totalitarisme concurrentiel fait de chaque peuple le responsable de la dégradation des conditions de vie et d’emploi des autres.

La restauration des souverainetés nationales est le préalable obligé à la reconstruction des solidarités sociales, à la domestication du capitalisme et à la recherche de nouvelles coopérations entre états-nations libre et souverains.

Il ne saurait s’agir d’un retour à la social-démocratie des Trente Glorieuses, qui constitua un moindre mal plutôt qu’un modèle.

Tout d’abord, la social-démocratie utilisait la forte croissance économique pour corriger les dégâts d’un capitalisme resté intact à sa racine. Les systèmes ainsi construits étaient lourds et inégalement efficaces. Sans pouvoir en quelques lignes épuiser un sujet qui demandera de longs développement, évoquons la nécessité de restreindre l’inégalité dès la formation des revenus primaires plutôt qu’exclusivement par l’impôt, de créer des conditions pour que l’emploi s’égalise à la population active plutôt que d’indemniser le sous-emploi, de faire respecter intégralement le droit du travail (chacun sait que la France actuelle en est très loin !).

Ensuite, au delà niaiseries libérales, les sociétés modernes exigent plus d’État que celles du passé. Les nouvelles productions – internet, biotechnologies, etc.- concentrent leur valeur dans leur conception et plus dans leur reproduction, contrairement aux produits manufacturés classiques. Pour de tels produits, la réglementation (brevets, droits d’auteur…) est primordiale et le modèle concurrentiel est obsolète. Ces produits sont de surcroît d’emblée internationaux, et exigent une intervention publique permanente pour harmoniser législation et contrôles de ces activités d’un bout à l’autre de la planète. Quant aux services publics, ils ne peuvent que s’étendre : l’éducation, la santé, l’entretien des villes et des infrastructure de communication et télécommunication, la défense et l’aménagement de l’environnement – sont en pleine expansion et mobiliseront inévitablement une part grandissante de fonds publics.

C’est dire à quel point la vague réactionnaire actuelle - le tout-au-marché, la résurrection des micro-identités et le démantèlement des états - constitue un monumental contresens historique. Eurocrates de toutes obédience, socialistes, « gaullistes », « verts » ou démocrates-chrétiens s’unissent dans la même utopie rétrograde : recréer le XIXe siècle avec la technologie et les peuples du XXIe .

L’alternative ne saurait être que radicale : reconstituer les Nations, étendre les compétences des états et les services publics à de nouveaux domaines, éradiquer le cancer financier, ouvrir de nouveaux horizons à la création individuelle… .

Seule la reconstruction d’un mouvement à la fois social, national et internationaliste (ces trois termes étant résolument complémentaires), comme le fut le mouvement ouvrier, marquera la fin de la régression historique que nous vivons.

 

Sources :  QUE FAIRE ?

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Pour le Peuple

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