MENSONGES

Lundi 16 mai 2005

Que dire de ce gouvernement de droite qui se permet d'exiger que l'on travaille le Lundi gratuitement et qui nous fait croire que c'est pour alimenter une caisse de solidarité pour les personnes âgées dépendantes ? Oui qu'en dire ? Entre la gauche et la droite, malheureusement, il me faut bien dire que tous les politiques se valent. Et qu'il n'y en a aucun qui m'inspire, c'est bien là le malheur. Et je ne suis pas la seule. Les français ont un ras le bol général d'être pris pour des vaches à lait. D'autant que l'Assemblée Nationale est fermée pour plusieurs jours. Ils appliquent donc la politique du "Fais ce que je dis mais ne fais pas ce que je fais." Et il faudrait qu'on laissât faire ?

Si nos ancêtres ont fait la révolution en 1789, ce n'est certainement pas pour en arriver au résultat que nous connaissons aujourd'hui. Personnellement, je suis restée à la maison et dans ma ville personne ne bosse. Un pied de nez à ces pondeurs de lois bidons qui sont incapables de comprendre les besoins du peuple. Il est fort à craindre qu'une nouvelle Révolution est en train de se mettre en marche. Le peuple français est certainement celui qui est le plus rebelle de tous les peuples du monde. Nous ne sommes pas en plein coeur de l'Afrique ou du Sahara ici où l'on interdit aux individus de s'instruire. Les manigances de ceux qui nous gouvernent ne nous échappent plus, il y a belle lurette...

La canicule de 2003 et ses conséquences ne sont pas de notre fait. Jacques Chirac, à l'époque, n'avait pas cru bon d'interrompre ses vacances pour trouver une solution aux personnes âgées qui mourraient dans des établissements manquant de moyens. Il a donc fallu que Raffarin trouve une solution. Et nous devons bien avouer que les solutions de Raffarin sont plus dramatiques que bénéfiques tout comme celle de Sarkhozy, Perben, Fillon, Douste-Blazy et autres gens qui se prennent pour Dieu en votant des lois sans nous demander notre avis ? Est-ce qu'ils travaillent eux, aujourd'hui ? Et si oui, quel est leur salaire ? Vivent-ils en dessous du seuil de pauvreté pour demander au Peuple de travailler sans être rémunéré ? Et il faudrait voter OUI à la Constitution ? La France toute seule a du mal à s'en sortir par la faute de ceux qui nous dirigent alors comment s'en sortira-t-elle noyée au milieu de 25 pays (dans l'immédiat...) dont certains n'ont même pas 100 euros comme revenu mensuel ?

 

PAGAILLE A LA FRANCAISE POUR UN LUNDI DE PENTECOTE VOUE A LA SOLIDARITE NATIONALE

par Laurent Wolf

Malgré les menaces de grève, le gouvernement a maintenu la journée de travail non payée décidée après la canicule de 2003, et destinée à alimenter une Caisse de solidarité en faveur des personnes âgées et dépendantes.

Lundi prochain, alors que la plupart des salariés d'Europe et d'ailleurs vivront la fin d'un long week-end de Pentecôte, la France entière devrait être au travail. Elle ne le sera pas. Tout indique – des réservations dans les agences de voyages aux préavis de grève – qu'une grande  des salariés français a décidé de braver les injonctions de la loi qui supprime le lundi de Pentecôte férié, et celles de Jean-Pierre Raffarin, inventeur et défenseur entêté de cette loi.

L'administration nationale, les services publics, et les entreprises qui n'auraient pas trouvé un accord interne pour maintenir ce jour de congé sont sommés de fonctionner. Personne n'est en mesure de dire exactement ce qui sera ouvert ou fermé, en particulier dans l'Education nationale. Cette journée de travail non payée destinée à alimenter une Caisse de solidarité en faveur des personnes âgées et dépendantes tourne à la pagaille. Et un sondage publié vendredi par Le Parisien indique que 68% des Français demandent qu'elle soit abrogée – 75% parmi les salariés.

Comment en est-on arrivé là? Au cours du mois d'août 2003, la canicule provoque la panique dans les services d'urgence. Au début, le ministre de la Santé minimise le désastre qui se noue. Pendant que le président de la République poursuit ses vacances, le gouvernement tarde à réagir. Les instituts médico-légaux sont débordés. On crée des morgues provisoires. Les estimations sont de plus en plus catastrophiques. On comptera 15 000 morts supplémentaires.

Ces événements révèlent l'état déplorable des équipements d'un certain nombre d'établissements et le retard de la France dans l'aide et le suivi des personnes âgées. Une partie de l'opinion est scandalisée par l'attitude du gouvernement, qui n'aurait pas apprécié assez tôt l'étendue de la catastrophe. Alors qu'un débat confus s'instaure sur la solitude des vieillards et sur le manque de solidarité des Français, qui serait l'une des causes du désastre.

L'idée d'une journée de solidarité pour les personnes âgées naît dans cet élan de culpabilisation mutuelle. Le 30 août, un sondage indique que 54% des personnes interrogées seraient favorables à la suppression d'un jour férié et au versement des salaires de cette journée pour résoudre les problèmes apparus lors de la canicule. Le 3 septembre, Jean-Pierre Raffarin s'engouffre dans la brèche. Il propose la suppression du lundi de Pentecôte.

En juin 2004, le parlement adopte la loi qui oblige les entreprises et les services publics à verser 0,3% de leur masse salariale brute annuelle à une Caisse de solidarité en faveur des personnes âgées et dépendantes. Ce 0,3% représente sept heures de travail. Elles devraient rapporter 2 milliards d'euros par an (1,2 pour les personnes âgées, 0,8 pour les handicapés). Le lundi de Pentecôte sera travaillé et non payé, sauf accords d'entreprises pour le remplacer par un autre jour ou par la restitution d'un jour de récupération du temps de travail.

En septembre 2003, alors que la suppression du lundi de Pentecôte n'est encore qu'une idée astucieuse pour calmer l'opinion, tous les syndicats suggèrent au gouvernement de chercher une autre solution. Ils ne sont pas entendus. Ils ne le sont pas plus quand ils affirment qu'il s'agit d'une journée de travail forcé ou, à tout le moins, d'une augmentation du temps de travail ou d'une baisse de salaire de 0,3% décidée sans négociation. Et d'un effort consenti uniquement par les salariés (quoique les revenus financiers et les plus-values soient eux aussi taxés).

L'opposition critique cette solidarité obligatoire, qu'elle considère comme un impôt déguisé, instauré au moment où le gouvernement continue de distribuer les baisses d'impôt sur les hauts revenus et sur les transmissions de patrimoine. De nombreux élus de l'UMP s'inquiètent maintenant des effets de cette décision impopulaire sur leur avenir politique. Jean-Pierre Raffarin reste de marbre. Il a renvoyé tout aménagement à 2006 et demande à une commission d'évaluation de lui transmettre ses observations dès la fin du mois de juin.

 
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L'ECHEC D'UNE METHODE
 
par Laurent WOLF
 
Le lundi de Pentecôte aurait dû être une journée de solidarité nationale. Ce sera une journée de protestation générale. La campagne pour le référendum de ratification de la Constitution européenne a été précédée par des mouvements sociaux qui ont montré la vivacité du mécontentement des Français à l'égard de la politique du gouvernement. La fragilité du oui dans les sondages d'opinion repose en partie sur ce mécontentement. La campagne a neutralisé l'action des syndicats qui respectent la trêve électorale. Lundi prochain, la trêve est suspendue.

Le mécontentement des Français ne date pas de l'accession de la droite au pouvoir en mai 2002. Le résultat de ces élections en témoigne. La nouvelle majorité n'en a pas tenu compte. Depuis trois ans, elle parle de dialogue social, mais applique son programme à la lettre. Souple en paroles, rigide sur le fond. Elle appelle au consensus, elle refuse le compromis. A deux semaines du référendum, ce lundi de Pentecôte matérialise l'échec d'une méthode de gouvernement.
 
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Par EVANGELIZT
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Lundi 16 mai 2005

Encore une fois, l'article ci-dessous démontre à quel point les habitants de notre planète sont forcés d'utiliser des produits toxiques pour faire travailler le lobby industriel pharmaceutique chimique qui cause des dégâts non seulement à la nature mais aussi aux individus. Mais combien de gens le savent ?

Les USA exercent déjà de fortes pressions pour nous faire avaliser les OGM... cette merde qui prolifère en terrain pur et cause bien du tort tant aux animaux qu'aux humains. Mais les OGM sont pourtant bien présents dans notre assiette que ce soit dans tous les amuse-gueule que vous prenez en apéritif, tous les colorants qui se trouvent dans les produits alimentaires et nous préférons nous arrêter là car la liste est infinie. Ceci nous incite à nous poser quelques questions : Jusqu'où iront-ils pour faire du fric ? Pourquoi y-a-t-il une recrudescence de cancers ? Et l'apparition de nouvelles maladies que nos chercheurs sont incapables de guérir ? Mais les Maîtres de notre monde ne s'embarrasse pas avec les misères du peuple. Ce qui les intéresse c'est de piller toujours davantage la planète pour assouvir leur soif de pouvoir et de richesse ! Ecoeurant !

 

TO REACH OR NOT TO REACH

par Daniel TANURO

Cent mille produits chimiques circulent dans l'Union Européenne. La plupart (99% en volume !) n'ont jamais étés testés pour leur (éco)toxicité. La Commission a proposé un programme, baptisé REACH (1). Les patrons s'y sont violemment opposés. Avec succès: de concession en amendement, REACH n'est plus que l'ombre de lui-même… 

Parmi les quelque cent mille molécules que l'industrie répand ou a répandu aux quatre vents, on trouve trois catégories très toxiques. 1° Les Poly Bromo Diphényl Ethers. Utilisés dans le textile, l'ameublement, l'automobile, la construction électrique et électronique, les PBDE sont incorporés aux plastiques et aux mousses de polyuréthane, dont ils retardent la combustion en cas d'incendie. 2° Les Poly Chloro Biphényls (PCB). Interdits depuis 1996 (leur combustion libère de grandes quantités de dioxines), ils empoisonneront encore longtemps les boues marines et les estuaires(2). 3° Les pesticides organo-chlorés (POC). Leur plus célèbre représentant, le DDT, est banni (sauf dans les pays pauvres où il est encore pulvérisé contre le vecteur de la malaria). Mais c'est un polluant persistant et ses petits frères sont vendus en toute légalité. Au-delà de ces trois catégories, il est probable que beaucoup d'autres substances seraient classées comme dangereuses, si elles étaient testées(3).

La toxicité des produits chimiques n'est pas toujours bien connue. Mais ce qu'on sait est très inquiétant. Les PBDE, PCB et POC provoquent des cancers, détraquent le système hormonal, favorisent des mutations génétiques, déforment le fœtus, engendrent des maladies neurologiques. A cause d'eux, des mollusques changent de sexe, les goélands deviennent hermaphrodites, les coquilles d'oeufs des rapaces sont trop fragiles, les phoques perdent leurs défenses immunitaires, etc. Beaucoup de produits restent toxiques même en quantité infime, pour peu que l'exposition soit prolongée. Médecins et biologistes sonnent le tocsin face à la multiplication de maladies qui pourraient être dues à la pollution, comme le syndrome ADHD chez l'enfant(4). Les normes -quand il y en a- ont souvent été établies par rapport aux mâles adultes et en bonne santé. Or, le fœtus, les enfants et les femmes enceintes sont plus sensibles. Parce que les POC, liposolubles, s'accumulent dans les graisses (notamment les cellules graisseuses du lait). Et parce que l'organisme en croissance absorbe davantage les polluants: le plomb contenu dans les aliments est absorbé à 50% par un enfant, à 10% par un adulte. Idem pour les PCB… 

Les fonctionnaires de la Commission ont donc rédigé un Livre Blanc: Stratégie pour la future politique des substances chimiques. Adopté en 2001, il proposait de mettre sur pied, en onze ans, un système d'enregistrement, d'évaluation et d'autorisation des substances: REACH. Le coût (30 milliards d'Euros sur 20 ans) devait être à charge de l'industrie. Qu'elle puisse payer, voilà qui ne fait guère de doute puisque son chiffre d'affaires annuel est de 528 milliards d'Euros. Mais accepterait-elle ? Les eurocrates ont voulu croire que oui. Ils ont mis en balance les 30 milliards de coût, d'une part, et les 54 milliards d'économies que REACH génèrerait dans l'assurance-maladie, d'autre part. Et ils ont doctement exposé les avantages compétitifs qu'une chimie européenne propre gagnerait sur le marché mondial. Surréaliste, non ?

Inutile de dire que les patrons ne l'ont pas entendu de cette oreille ! Ils se sont mobilisés à fond, autour de deux axes de bataille: 1° Rien n'est prouvé en matière de toxicité (adieu, principe de précaution !); 2° Nous donnons de l'emploi à trois millions de travailleurs. Les Allemands ont agité le spectre de licenciements massifs. Les Français ont promis de 1,7 à 3,2% de recul du PNB. Le britannique Elementis (leader mondial du chrome) a menacé de délocaliser 40% de sa production vers l'Asie. Cette mobilisation s'est avérée très efficace. 

En 2003, au moment de couler les intentions du Livre Blanc en actes, la Commission recule: pas d'enregistrement au-dessous d'une tonne par an, pas de tests au-dessous de 10t/an, exemption pour les polymères et les produits intermédiaires. En tout, REACH ne concernerait plus que 30.000 produits -un tiers. Et encore: des exceptions sont possibles si les poisons sont employés "dans des conditions adéquates". Le coût pour l'industrie est ramené de 0,6% à moins de 0,1% du chiffre d'affaires. Critique des ONG environnementales. Satisfaction des syndicats, qui se félicitent d'un "bon compromis"(5). 

Mais les patrons ne veulent pas de compromis ! Encouragés par leur succès, ils augmentent la pression. Sur trois terrains: 1° Ils alertent leurs collègues américains. Craignant de perdre des marchés en Europe, redoutant que REACH fasse école outre-Atlantique, ceux-ci frappent à la porte de Colin Powell, qui mobilise contre REACH les ambassades et les représentations commerciales US dans le monde entier(6). Capitalistes de tous les pays, unissons-nous ! 2° Ils appellent leurs amis politiques à la rescousse. Résultat immédiat: en septembre 2003 Blair, Chirac et Schröder écrivent à Prodi que REACH ne tient pas bien compte de la compétitivité. 3° Par une série d'astuces de procédure, les lobbyistes patronaux au Parlement européen obtiennent le report de l'examen de REACH après les élections de juin 2004. L'industrie mise sur l'élargissement pour se faire encore mieux entendre… 

Cette triste saga n'est plus très loin de sa conclusion. Les déclarations récentes de Guenter Verheugen ne laissent guère de doutes sur les intentions de l'équipe Barroso: "Nous sommes disposés à revoir notre position, disait en janvier le nouveau commissaire à l'industrie. Le résultat des études pourrait déboucher sur des modifications profondes. La Commission n'a pas adopté de position dogmatique"(7). La critique contre le "dogmatisme" semble viser l'ancienne commissaire à l'environnement, Margot Wallström. A la demande du WWF, Wallström avait accepté de se prêter à une analyse de son propre sang, pour démonter l'utilité de REACH. L'analyse avait révélé la présence de 28 polluants sur les 77 produits recherchés(8). Ignorant délibérément ces résultats "dogmatiques", Verheugen aurait l'intention de réduire le nombre de produits visés par REACH de 30.000 à… 5.000. 

Un enfant sur 500 en Europe est atteint de leucémie avant l'âge de 15 ans et 55% des cancers sont dus à la pollution chimique. Les vampires de la chimie s'en lavent les mains et les hommes politiques leur donnent raison: le profit d'abord ! 


(1) Registration, Evaluation Authorisation of Chemicals. / (2) Un million de tonnes de PCB ont été produites au XXe siècle. / (3) Actuellement, et depuis la catastrophe de Seveso, les tests sont obligatoires seulement pour les nouveaux produits. L'industrie a sorti à peine 1 700 nouveaux produits depuis lors, mais 70% d'entre eux ont été classés "dangereux". / (4) Syndrome de déficit de l'attention et d'hyperactivité. / (5) Alors que les travailleurs sont les principales victimes de la pollution: en Grande-Bretagne, par exemple, une étude a montré que 82% des cancérigènes émis dans l'atmosphère le sont par des entreprises situées dans les régions défavorisées. / (6) Us Intervention in EU Chemical Policy, Env. Health Fund, sep. 2003. / (7) La Libre Belgique, 20/1/05. / (8) Notamment du DDT, deux PBDE récemment interdits et des PCB.

Sources : http://www.sap-pos.org/fr/index.htm

Par EVANGELIZT
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Jeudi 19 mai 2005

On les appelle "directives Dracula" car elles craignent la lumière...

Qui lit le projet de constitution y trouve Bolkestein...


LES PROJETS DE DIRECTIVE BOLKESTEIN ET DE CONSTITUTTION EUROPÉENNE N’ONT-ILS VRAIMENT RIEN À VOIR ?


Dés mars 2004, le projet de directive Bolkestein proposée à l’unanimité par la commission européenne (inclus Michel Barnier et Pascal Lamy) avait été approuvé par tous les Chefs d’Etat et de gouvernement. Dés ce moment, tous les antilibéraux ont essayé d’alerter sur les dangers de cette directive, ainsi que sur celle visant à allonger la durée du travail " opt out " : toutes deux, sous prétexte de faciliter la libre circulation des services et la liberté d’établissement, ont pour principale fonction de niveler vers le bas le droit du travail des pays de l’Union européenne et d’enlever aux institutions élues (municipalités, régions, parlements nationaux) la possibilité d’édicter des règles protectrices des usagers et des consommateurs.


Voilà qu’un an aprés, certains semblent se réveiller et rejeter ces directives : Chirac et Dsk. On en se voit se ruer pour signer des appels contre Bolkestein. Bravo ! Mais encore faudrait-il en exiger le " retrait ". Et ne pas seulement se contenter d’une diversion et de quelques aménagements. Comment expliquer que ces deux projets de directives arrivent au même moment que le projet de Constitution, tous approuvés par les mêmes Chefs d’Etat et de gouvernement dans les mêmes réunions ? N’y a t il pas de toute évidence un lien entre Bolkestein et la constitution Giscard ?


Les projets de directive et de Constitution ont été approuvés par le même Conseil des chefs d’Etat et de Gouvernement.


Lors du sommet européen des 25 et 26 mars 2004, les chefs d’Etat et de gouvernement ont confirmé leur volonté de voir la directive Bolkestein aboutir dès 2005 et affirmé : " l’examen du projet de directive sur les services doit être une priorité absolue ".

Le 6 août 2004, ces mêmes Chefs d’Etat et de Gouvernement ont approuvé le projet de Constitution européenne. Le même arbre donnerait-il des fruits différents : des poires en mars et des pommes en août ? Un projet de directive libérale en mars et un projet de Constitution nous protégeant du libéralisme en août ?


Aucune garantie pour les services publics dans le projet de Constitution.


Tout d’abord, le projet de Constitution n’utilise jamais le terme de " services publics ". Le terme " public " est banni du vocabulaire de l’Union européenne. Le projet de Constitution ne veut connaître que les Services d’Intérêt Economique Général (SIEG).

Le respect de l’accès aux SIEG n’apparaît que dans l’article II-36. Mais cet article ne crée aucun droit nouveau : le projet de Constitution se contente d’affirmer que l’Union " reconnaît et respecte l’accès aux services d’intérêt général tels qu’il est prévu dans les législations et pratiques nationales ". Il n’implique en aucun cas la création de services d’intérêt général lorsqu’ils n’existent pas.

Ce n’est qu’à l’article III-122 que les SIEG trouve une base juridique.
Mais le contenu de cet article se contente de reprendre, sans changement significatif, ce qui était déjà inclus dans l’article 16 du Traité instituant la Communauté Européenne (TCE) : " ... l’Union et les Etats membres... veillent à ce que ces services fonctionnent sur la base de principes et dans des conditions, notamment économiques et financières, qui leur permettent d’accomplir leurs missions ". Rien de nouveau, donc, sous le soleil et aucune raison de se féliciter puisque cet article n’a pas apporté la moindre protection à la libéralisation des services publics des Etats membres de l’Union : transport ferroviaire, transport aérien, services postaux, télécommunications, énergie...

Et, comme dans le Traité instituant la Communauté Européenne (TCE), cet article soumet les SIEG à deux autres articles qui en fixent aussitôt les limites étroites. Dans le projet de Constitution, il s’agit des articles III-166 et III-167 qui reprennent intégralement les articles 86 et 87 du TCE. Ces deux articles interdisent aux SIEG de bénéficier d’aides publiques qui " faussent ou qui menacent de fausser la concurrence " et les soumettent aux règles de la concurrence. C’est ces deux articles qui ont servi de point d’appui à l’offensive continue contre les services publics des Etats-membres depuis plus de dix ans. Le projet de Constitution par son absence de définition des " services publics " et par la soumission à la concurrence qu’il impose aux SIEG ne présente, contrairement à ce qu’affirment les partisans du projet de Constitution, aucune garantie contre l’un des aspects les plus négatifs de la directive Bolkestein : son attaque en règle contre les services publics.

Pire, l’article III-48 encourage la libéralisation des services : " Les Etats membres s’efforcent de procéder à la libéralisation des services au-delà de la mesure qui est obligatoire... " !


Les articles 1-3 et 1-4 du projet de Constitution : première base juridique du projet de directive


Par contre, la directive Bolkestein trouve une sérieuse base juridique dans deux articles du projet de Constitution.

L’article 1-3 alinéa 2 affirme, tout d’abord que l’Union se fixe pour objectif " un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée ".

L’article 1-4 considère comme " libertés fondamentales " : " La libre circulation des personnes, des services, des marchandises et des capitaux, ainsi que la liberté d’établissement...garanties par l’Union... "

C’est, en effet, au nom de cet objectif, de la libre circulation des services et de la liberté d’établissement que la directive Bolkestein va tenter de lever tous les obstacles qui entravent ces " libertés " : les services publics, les monopoles de Sécurité sociale, les droits du travail nationaux, la protection des usagers et des consommateurs.


Le Titre III de la IIème partie du projet de Constitution : deuxième base juridique du projet de directive


L’article III-137 stipule : " les restrictions à la liberté d’établissement des ressortissants d’un Etat-membre sur le territoire d’un autre Etat membre sont interdites. "

Le projet de directive Bolkestein tire toutes les conséquences de cet article. Pour faciliter la circulation des services, il veut interdire tout obstacle administratif à l’établissement des prestataires de services. Un prestataire de services serait soumis uniquement à la loi de son pays d’origine et ne devrait donc plus se conformer à des règlements et des exigences administratives nationaux divergentes.

On ne pourrait, ainsi, exiger d’une société prestataire de services qu’elle ait un siège social dans le pays où elle exerce, ni même une adresse ou un représentant, ni de se soumettre aux règles applicables au même service dans le pays (être inscrit dans un ordre, posséder un accès à la profession...)

L’article III-144 précise " les restrictions à la libre prestation des services à l’intérieur de l’Union sont interdites à l’égard des ressortissants des Etats membres établis dans un Etat membre autre que celui du destinataire de la prestation ".

Impossible donc, comme le prévoit la directive Bolkestein, d’imposer aux officines pharmaceutiques venant d’un autre pays de l’Union des normes d’implantation en fonction de la population ou d’une distance géographique minimum entre prestataires, comme c’est aujourd’hui la règle en France.

Impossible, aussi, d’imposer (en dehors de normes incontrôlables en matière de salaires minimum et de durée du travail) à des entreprises de construction polonaises ou baltes, le respect des conventions collectives ou tout simplement du droit du travail du pays destinataires. Impossible, également, d’imposer à une entreprise de construction slovaque ou lettone le respect des règles de sécurité pour les échafaudages ou les chantiers de désamiantage...

Pour couronner le tout, le prestataire de soins s’installant dans un pays tiers ne sera plus obligé de respecter le système de Sécurité sociale du pays hôte. Pour la directive Bolkestein, en effet, le respect des systèmes nationaux de Sécurité sociale serait contradictoire avec la libre circulation des services dans l’Union... Cette directive complèterait parfaitement la réforme Douste-Blazy pour remettre en cause toute politique de santé publique en France.

L’article III-145 donne une définition très large des " services " : " Aux fins de la Constitution, sont considérés comme services, les prestations fournies normalement contre rémunération ". Combinée à l’absence de définition des services publics et aux restrictions apportées aux SIEG au nom de la concurrence " libre et non faussée " dans le projet de Constitution, cette définition extrêmement large des services offre un solide point d’appui à l’entreprise de démolition des services publics orchestrée par la directive Bolkestein.

Car, en pratique, à part la police, la justice (pas les frais d’ avocats...) ou l’armée, aucun service public n’est gratuit : on paie l’inscription en fac, une partie de l’enseignement est privé et l’enseignement est donc payant, une partie des frais hospitaliers sont à la charge du patient... donc être, selon le projet de Constitution et la directive Bolkestein, considéré comme des " services " et mis en concurrence avec des " services " fournis par des sociétés privées d’un autre Etat de l’Union...


Un projet de directive conforme à la volonté du projet de Constitution d’interdire l’harmonisation des dispositions législatives des Etats-membres.


C’est notamment le cas de l’article III- 210 qui interdit tout harmonisation entre les droits du travail des Etats-membres de l’Union.

Il est regrettable que les partisans du projet de Constitution ne se soient pas aperçus que cet article était en parfaite contradiction avec " la démarche communautaire " (la fameuse méthode Delors) dont ils se réclament " qui vise à rapprocher et à harmoniser les dispositions des Etats membres ".

D’autant que l’article III-209 précise sans la moindre ambiguïté que c’est le " fonctionnement du marché qui favorisera l’harmonisation des systèmes sociaux ". C’est très exactement l’objectif de la directive Bolkestin : favoriser l’harmonisation par le bas des systèmes sociaux en les mettant en concurrence directe les uns avec les autres.

En fait, ce projet de directive arrive au moment opportun pour les libéraux : au moment où entrent dans l’Union dix pays d’Europe centrale et orientale dont les droits du travail et de protection des consommateurs sont nettement inférieurs à ceux de l’Europe des quinze. C’est donc tout à fait sciemment que la directive Bolkestein prend appui sur l’article III-210 pour organiser le dumping social entre les dix et les quinze.


Le “principe du pays d’origine” :

avant, pour délocaliser, ils déplacaient les machines,
maintenant ils déportent les humains à bas prix


ON LES APPELLE “ DIRECTIVES DRACULA ” CAR ELLES CRAIGNENT LA LUMIÉRE


Poisson-pilote de son gouvernement, l’entrepreneur letton Laval anticipe l’adoption de la directive Bolkestein.

Cet entrepreneur avait commencé la construction d’une école en Suède et refusé de signer les accords collectifs suédois au prétexte qu’il était déjà signataire des accords en vigueur en Lettonie qui est un pays membre de l’UE.

Dagnija Stukena, porte-parole du ministère letton des Affaires étrangères condamne sans appel le boycott des syndicats suédois en s’appuyant sur le projet de Constitution : " L’action des syndicats suédois est en contradiction avec l’essence même de l’UE et la possibilité pour tous les citoyens de travailler librement dans l’UE " (Libération du 1er février 2005).


L’effet Dracula


Le vampire Dracula, prince des ténèbres, ne supportaient pas la lumière du jour qui le transformait en poussière. A la fin des années 1990, cet " effet Dracula " avait frappé le projet d’Accord Multilatéral sur les Investissements. Lorsque ce projet a été mis en pleine lumière par ceux que l’on n’appelait pas encore les altermondialistes, ses promoteurs avaient alors, prudemment, fait marche arrière. Mais ils n’ont pas renoncé, leur repli n’était que tactique : ils essaient, aujourd’hui, de refaire passer ce plat épicé dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce.

Il semblerait que le même phénomène commence à se produire avec la directive Bolkestein. Les mobilisations organisées par ATTAC et des syndicats avec la participation du Parti Socialiste en Belgique, la montée au créneau (même tardive) des dirigeants socialistes français, après celle d’ATTAC, du PCF et des syndicats ont contribué à mettre en lumière le contenu du projet de directive et semé la panique parmi ses promoteurs.
Le Parlement européen qui avait donné un avis favorable au projet de directive en février 2003 change son fusil d’épaule. Chirac qui l’avait approuvé, comme tous les chefs d’Etat, en mars 2004 fait mine de découvrir les menaces de dumping social que recèle ce projet de Directive.
Le président de la Commission européenne, Jean-Manuel Barroso finit par tirer de tout cela la conclusion que cette directive doit être " remise à plat ".


Ne pas baisser la garde


Le repli de Barroso et de Chirac est un succès mais ce n’est qu’un succès temporaire : leur repli n’est qu’un repli tactique dans l’attente de jours meilleurs. Le président de la Commission européenne a d’ailleurs aussitôt réaffirmé la nécessité de ne " pas perdre de vue (les) principaux objectifs " de cette directive. Il a aussitôt réaffirmé la pertinence du " principe du pays d’origine " qui est le principe fondamental du projet de directive puisqu’il permet aux prestataires de services de ne pas dépendre de la législation du pays destinataire mais de leur pays d’origine. " La Commission n’a aucune intention de retirer la directive sur la libéralisation des Services, dite "Bolkestein", mais est prête à travailler avec le Parlement européen et les Etats membres "pour trouver des solutions à des problèmes difficiles", a indiqué dès le 3 février la porte-parole de la Commission, Françoise Le Bail.

On peut donc compter sur Barroso pour ne pas perdre de vue les " principaux objectifs " des libéraux : pour eux, la libéralisation du marché des services (70 % du PIB de l’Union) est une priorité, maintes fois réaffirmée.

Ce qui aujourd’hui les fait surtout reculer, c’est le referendum français sur le projet de Constitution européenne. Ils comprennent que le mécontentement social pourrait très bien s’emparer du referendum chiraquien et, sans se tromper le moins du monde de colère, bien au contraire, dire non à la fois au libéralisme en France et en Europe.

La mise en lumière de la directive Bolkestein et la mobilisation pour le retrait (et non pour la " remise à plat " !) de cette directive scélérate est donc plus que jamais nécessaire Mais, la directive Bolkestein n’est que la mise en application au domaine des services du projet de Constitution européenne : le moyen le plus sûr d’empêcher cette directive de voir le jour passe donc d’abord par le rejet de ce projet de Constitution lors du referendum.

Jean-Jacques Chavigné


Schroeder se rallie a la directive Bolkestein et au principe du "pays d’origine"


Non seulement Schroeder vient d’apporter son soutien a la directive Bolkestein de maniere generale, mais il vient egalement de donner son accord a l’aspect le plus controverse de cette directive, le principe du "pays d’origine" (Cf communique, ci-dessous). Pendant combien de temps encore Hollande va-t-il continuer a nous parler du soi-disant « combat des partis sociaux-democrates europeens contre Bolkestein » ?

Avec Blair soutenant bien evidemment cette directive et le ralliement de Shroeder, la ligne de defense hollandaise d’une social-democratie europeenne luttant pour une Europe sociale vole en eclats.

Il n’est pas inutile de rappeler la strategie en deux temps de Hollande :

1) approuver la constitution ;

2) une social-democratie unie sera en mesure de mener un combat pour orienter l’Europe a gauche et nous garder des politiques neoliberales contenues dans la partie III de la Constitution (c’est-a-dire les 2/3 du texte).

Or, cet episode Bolkestien vient de montrer une fois de plus que :

1) il n’y a aucune unite social-democrate en Europe pour une Europe « sociale » (cela n’est pas nouveau, nous avons eu le loisir de le constater a de multiples reprises depuis 1997) ;

2) pour ce qui est de construire d’une hypothetique Europe « sociale », le PS francais se retrouvera a coup sur en opposition vis-a-vis du New Labour britannique et tres probablement du SPD ;

3) il est bel et bien illusoire de pretendre realiser une Europe « sociale » dans ces conditions, surtout quand on doit en plus composer avec une Commission ultra-liberale, un parlement domine par la droite et des Etats-membres largement majoritaires a droite.


Conclusion :


- Bolkestein n’a aucunement du "plomb dans l’aile" a la suite du "combat des socialistes en Europe" (car ledit combat n’existe pas !). Cette directive va etre ressortie en l’etat des tiroirs de la Commission juste apres le referendum francais et adoptee sans aucun changement majeur. Cette information est totalement publique pour qui veut bien tendre un peu l’oreille (le ralliement de Schroeder ne fait d’ailleurs que confirmer l’adoption a venir de Bolkestein) ;

- La strategie qui consiste a voter une constitution qui autorise/facilite/promeut d’autres Bolkestein, alors qu’une fois adoptee, ni le PS, ni la France n’auront les moyens d’enrayer de nouvelles derives neoliberales (pour les raisons, Cf supra), est donc une strategie qui est vouee a l’echec et qui est porteuse de desastres politiques a venir pour l’Europe, notre pays et notre parti.

Philippe Marliere (D&S)

Comment passer de 48 à 65 h maxima hebdomadaire


La commission européenne a ouvert le débat le 30 décembre 2003, dans l’indifférence générale (sauf de D&S). Elle l’a clos le 30 mars 2004. Il s’agissait d’étudier l’élargissement possible de ce qui s’appelle " l’opt out ", une clause que s’étaient réservés les Britanniques dans la directive 93-104 qui fixait la durée maxima du travail à 48 h pour toute l’Europe des 15. Cette clause était contenue dans l’article 18 : elle permettait à un salarié de " renoncer à son droit de ne pas travailler plus de 48 h " à trois conditions :

- la première, c’est qu’il le fasse de son plein gré, librement. (Ce sont les " heures choisies " de Raffarin). C’est évidemment absurde puisque le salarié est " subordonné " et que cela lui est imposé... sinon, il n’a pas de contrat...

- la seconde, c’est qu’il soit placé sous surveillance d’un médecin du travail. (Quel aveu, travailler plus de 48 h nuit à la santé). C’est aussi vain : il n’y a pas assez de médecins du travail et les visites ont été espacées.

- la troisième, c’est que les heures au-dessus de 48 h soient comptabilisées. Absurde : elles ne le sont déjà pas en-dessous, il n’y a pas assez de moyens de contrôle ni de sanctions.

Mais, malgré le caractère très improbable de ces " conditions ", la commission européenne feignait d’étudier la possibilité de dépasser les 48 h. Son problème était que les 10 nouveaux pays entrant le 1er mai 2004 n’avaient pas cette durée maxima du travail. Elle y voyait donc l’occasion de déréglementer ce qui l’avait été en 1993. La commission préféra laisser passer les élections du 19 juin 2004 et ne présenta un projet de directive que le 22 septembre 2004. Cette fois, elle allait loin : il s’agissait de réviser la directive 93-104 toute entière, en fixant une durée maxima à 65 h voire à 72 h.

Pour cela la commission se mit à étudier le problème posé par l’arrêt Jaeger (9 sept 04) et les médecins allemands. Ceux-ci faisaient parfois des permanences à l’hôpital qui pouvaient atteindre 72 h en alternant, heures de travail "normales", heures "d’astreinte" et heures "de garde" : ils demandaient à être payés totalement et l’avaient obtenu.

La commission propose donc de dissocier chaque catégorie d’heures, de ne pas faire entrer les heures d’astreinte dans la durée maxima qui passerait ainsi à 65 h et de déduire les heures de garde qui ne compteraient pas dans la limite de 72 h.

On retrouve la loi Borloo qui a déduit du temps de travail, le temps de trajet qu’effectue, par exemple, un ouvrier du bâtiment lorsqu’il passe prendre la camionnette et les outils au siége de l’entreprise puis se rend sur le chantier. Ou encore le temps de trajet d’un prof parisien qu’on envoie faire un cours.. à Lille ! En étendant “l’opt out” et en redéfinissant la durée du travail effectif, aussi bien la commission européenne que le gouvernement Raffarin agissent de concert.
Détruire ainsi la seule durée harmonisée maxima de 48 hebdomadaire de travail entre tous les pays de l’union, entre parfaitement en cohérence avec le projet de constitution qui " exclut toute harmonisation fiscale et sociale "

Sont hypocrites tous ceux qui ont refusé de faire la lumière et de mener campagne contre l’extension de l’opt out, depuis un an que cette question est sur la table ! Sont également hypocrites tous ceux qui feignent de la découvrir et prétendent que cela n’a aucun rapport avec la constitution. Gérard Filoche.


Article 18 de la directive 93-104 " opt out "


Dispositions finales


1. a) Les États membres mettent en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour se conformer à la présente directive au plus tard le 23 novembre 1996 ou s’assurent, au plus tard à cette date, que les partenaires sociaux mettent en place les dispositions nécessaires par voie d’accord, les États membres devant prendre toute mesure nécessaire pour pouvoir à tout moment garantir les résultats imposés par la présente directive. (Durée maxima hebdo de 48 h)

b) i) Toutefois, un État membre a la faculté de ne pas appliquer l’article 6 tout en respectant les principes généraux de la protection de la sécurité et de la santé des travailleurs et à condition qu’il assure, par les mesures nécessaires prises à cet effet, que :

- aucun employeur ne demande à un travailleur de travailler plus de quarante-huit heures au cours d’une période de sept jours, calculée comme moyenne de la période de référence visée à l’article 16 point 2, à moins qu’il ait obtenu l’accord du travailleur pour effectuer un tel travail,

- aucun travailleur ne puisse subir aucun préjudice du fait qu’il n’est pas disposé à donner son accord pour effectuer un tel travail,

- l’employeur tienne des registres mis à jour de tous les travailleurs qui effectuent un tel travail,

- les registres soient mis à la disposition des autorités compétentes qui peuvent interdire ou restreindre, pour des raisons de sécurité et/ou de santé des travailleurs, la possibilité de dépasser la durée maximale hebdomadaire de travail,

- l’employeur, sur demande des autorités compétentes, donne à celles-ci des informations sur les accords donnés par les travailleurs pour effectuer un travail dépassant quarante-huit heures au cours d’une période de sept jours, calculées comme moyenne de la période de référence visée à l’article 16 point 2.
Avant l’expiration d’une période de sept ans à compter de la date visée au point a), le Conseil, sur la base d’une proposition de la Commission, accompagnée d’un rapport d’évaluation, réexamine les dispositions du présent point i) et décide des suites à y donner. "


-  Source : Démocratie & Socialisme, extrait du N° 122 Février 2005
www.democratie-socialisme.org


Campagne du NON au Référendum : calendrier des réunions publiques avec Marc DOLEZ, Gérard FILOCHE et Jacques GENEREUX

- Voir ici le calendrier : www.democratie-socialisme.org/article


L’Europe malTRAITEe : une vidéo en ligne. A voir absolument.

-  Lire entre autres :

Constitution : Dix mensonges et cinq boniments.



La directive Bolkestein « retirée » jusqu’au 29 mai ! par Jean-Jacques Chavigné, Gérard Filoche.

Constitution : sept questions, sept réponses négatives, par Jean Gadrey.

Une mauvaise Constitution qui révèle un secret cancer de notre démocratie, par Étienne Chouard.


Mais comment peut-on prétendre que la directive Bolkestein n’est pas fondée dans le projet de constitution ? G. Filoche et J.J. Chavigné.


Par EVANGELIZT
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Jeudi 19 mai 2005

Témoignage d’un revenu du Oui - arguments inédits en faveur du Non,

 

par Thibaud de La Hosseraye.

 

Campagne pour la ratification ou le rejet du projet de Constitution pour l’Europe


Témoignage d’un revenu du Oui suivi d’un inventaire d’arguments inédits en faveur du Non


A 15 jours de l’échéance électorale du 29 mai, je crois de mon devoir de citoyen d’apporter au débat public quelques éléments tirés de mon expérience personnelle. Je n’en ai pas eu la force auparavant, je le fais maintenant sans plaisir.

De prime abord naturellement favorable au projet de Constitution européenne - un « oui du cœur » -, j’ai passé tout le temps de la campagne à l’intérieur de l’un des principaux états-majors du Oui jusqu’à ce que, progressivement confronté au texte lui-même par la nécessité de répondre aux arguments du Non, j’en vienne à réaliser que ce projet de Constitution était dangereux pour la démocratie républicaine. Instruit par les incohérences argumentatives du Oui, se sont bien plutôt imposés à moi nombre d’arguments favorables au Non, jamais entendus, qui m’ont retourné et engagé à soutenir résolument un "Non de raison". S’ils m’ont convaincus alors que j’étais favorable au Oui, peut-être pourront-ils servir à d’autres.


Je m’appelle Thibaud de La Hosseraye, j’ai 28 ans et une formation à la fois commerciale (HEC, spécialisation « Europe ») et philosophique (D.E.A). Sur les mérites supposés de ces diplômes (et, peut-être, d’un prix de l’Académie des Sciences morales et Politiques) [1] , j’ai été recruté en décembre 2004 par le club Dialogue & Initiative pour participer bénévolement à leurs travaux. Laboratoire d’idées du courant de pensée de Jean-Pierre Raffarin, donc véritable « brain trust » du Premier Ministre, Dialogue & Initiative est structuré en Commissions chargées d’approfondir différentes thématiques en vue d’alimenter la réflexion des parlementaires se reconnaissant dans cette sensibilité politique [2].

J’ai pour ma part intégré la Commission Europe. Mais ce que je n’avais pas prévu, c’est que, d’une réflexion de fond devant initialement porter sur le contenu de l’identité européenne, nous allions bientôt nous trouver engagés de plain-pied dans la campagne référendaire. Dès janvier 2005, il n’a plus été question de réfléchir posément à la définition de « la meilleure Europe possible », nous étions activement mobilisés pour produire des argumentaires en faveur du Oui.

Ayant toujours été très favorable à la construction européenne et n’éprouvant aucune réticence à l’idée de la doter d’une Constitution, je me suis volontiers adapté, et j’ai commencé à étudier de près ce projet de Constitution pour produire des argumentaires de soutien. Cela était somme toute cohérent : c’est parce que ma spécialité supposée était l’argumentation que l’on me missionnait à présent en priorité sur la rédaction d’argumentaires.


Alors que je m’acquittais du moins mal que je pouvais du travail que l’on m’avait confié, j’ai été, au milieu de la campagne lors d’une de nos réunions hebdomadaires du lundi [3], troublé d’entendre le participant le plus autorisé énoncer sur le ton de l’évidence que « comme on ne peut pas contrer les arguments du Non, il faut le discréditer, le ringardiser » [4].... sans que cela ne soulève la moindre vague de protestation chez les participants.
Outre son caractère déontologiquement contestable, cette stratégie me paraissait se fonder sur la résignation à une déconvenue théorique : or, pour ma part, c’était parce que j’étais convaincu de la plus grande pertinence des arguments du Oui que j’acceptais de militer en sa faveur.

Mais, du jour où je constatais que ceux-là même qui proclamaient haut et fort leur attachement au projet de Constitution n’hésitaient pas, dans le même temps, à reconnaître la supériorité théorique des arguments du Non... sans en tirer pour eux-mêmes de conséquences, j’étais en droit de m’interroger sur leurs motivations réelles à soutenir leur camp. Si ce n’était pas par conviction, pour quelle raison, alors ?

Nul ne peut le dire à leur place. Mais, pour ce qui est des responsables politiques eux-mêmes, dont les participants aux réunions de Dialogue & Initiative ne sont que les fidèles collaborateurs, il suffit ici de constater combien leur engagement si fébrile en faveur d’un Oui qui ne les convainc pas paraît à tout le moins accréditer l’hypothèse que leur spontanéité à choisir leur camp se trouve limitée par l’intérêt direct qu’ils ont à ce que cette Constitution soit ratifiée : en cas de victoire du Non, ils seraient les premiers à en faire les frais dans la mesure où ils seraient définitivement discrédités pour renégocier quelque nouvelle Constitution que ce soit.

Et en effet, si cette Constitution dont gouvernements de droite comme de gauche se sont rendus responsables [5] ne passe pas, le problème n’est pas qu’elle ne pourra pas être renégociée [6], mais seulement que c’est par eux qu’elle ne pourra pas l’être (cf. l’argument 11). Dès lors il devient impératif, pour tout professionnel de la politique disons un minimum soucieux de son avenir, d’user de tous les moyens disponibles pour faire passer cette Constitution, qu’il soit ou non convaincu de ses bienfaits.

Ce à quoi nous assistons.


Pour ma part, la prise en compte de ce caractère irrationnel [7] du soutien au projet de Constitution m’a enjoint à un surcroît d’exigence intellectuelle : puisque les arguments d’autorité qui m’avaient jusqu’alors impressionné en faveur de la Constitution ne me paraissaient plus recevables, parasités qu’ils étaient par des calculs personnels, je ne pouvais désormais prendre appui, pour soutenir mon Oui, que sur des arguments dûment fondés en raison.

Autrement dit, cette remarque si révélatrice faite tout haut en réunion, jointe à mon côtoiement régulier des membres de cabinets ministériels (lors de nos réunions hebdomadaires), m’a donné une succincte mais suffisante connaissance du contexte qui m’a reconduit à une lecture plus attentive, davantage littérale du texte lui-même.
Pour mon travail sur les argumentaires, on ne me demandait d’ailleurs pas autre chose, et puis, n’avais-je pas été recruté aussi pour l’indépendance d’esprit censée permettre un authentique travail intellectuel ?


Or justement, en revenant au texte, rien qu’au texte, je n’ai pu qu’être intrigué par son caractère disparate, mêlant curieusement dispositions institutionnelles et prescriptions de politique économique qui n’ont a priori rien à faire dans une Constitution. Pourquoi diable avoir brouillé le message proprement constitutionnel avec des prescriptions économiques relevant d’un autre ordre juridique, celui d’une loi-cadre ? Et quelle conclusion en tirer, sinon que cette Constitution poursuit manifestement d’autres objectifs que strictement constitutionnels ?

C’est par un tel raisonnement, aussi scrupuleusement impartial et documenté que possible, que j’ai peu à peu réalisé une chose qui a choqué le démocrate en moi, la fonction inavouée du projet de Constitution : servir de machine d’accréditation exclusive et définitive d’une idéologie politique déterminée, celle du libéralisme.
Tout se passe comme si les rédacteurs de cette Constitution, de droite comme de gauche, avaient cherché à profiter d’une nécessaire réforme des institutions européennes -que nul ne conteste dans une Europe élargie à 25 membres- pour constitutionnaliser en douce la politique économique à laquelle ils étaient unanimement favorables.

Inutile de préciser que je ne suis pas pour autant passé du libéralisme social (à vocation humaniste) qui caractérise le courant Raffarin au socialisme, même libéral, d’un Cohn-Bendit ou d’un DSK. Pour moi, le libéralisme est tout à fait défendable, au moins à moyen terme, comme orientation d’une politique économique salutaire dans une conjoncture économique donnée, mais pour autant seulement qu’on ne prétende pas l’absolutiser en principe directeur exclusif de toute autre possibilité d’orientation économique [8]. Il me semble que toute la puissance de rassemblement du gaullisme résidait précisément dans cette capacité d’ouverture théorique, éminemment démocratique et pragmatique, permettant de conjuguer, selon les circonstances et les domaines, jusqu’aux extrêmes du capitalisme et de la planification.


Ce qu’il y a d’inacceptable, dans le projet de Constitution, c’est que le libéralisme n’y est pas présent seulement comme une politique parmi d’autres possibles, mais comme l’unique principe normatif d’un processus qui s’affirme irréversible et qui se subordonne explicitement l’ensemble des objectifs déclarés, y compris d’ordre social [9].
Et, ce qui est plus inacceptable encore, c’est que toutes les précautions soient prises pour le dissimuler à une lecture honnête [
10].

C’est donc la prise de conscience que cette Constitution avait pour fonction d’être un écran de fumée constitutionnalisant une idéologie déterminée, qui m’est apparu comme un grave danger pour la démocratie, et qui a converti mon « oui du cœur » en un « non de raison ».
Bien que les références et contraintes libérales courent dans toutes ses parties (I, II, III et IV), ce que l’on cherche en priorité à constitutionnaliser, dans cette Constitution c’est la partie III, qui est une reprise des traités antérieurs et qui élève de ce fait leur contenu au rang de Constitution.

Je m’explique :

L’objectif officiel de cette Constitution est d’apporter à l’Union européenne les modifications institutionnelles lui permettant de fonctionner à 25 membres. Mais très vite, on s’aperçoit que cet objectif est dépassé, et sert en fait de prétexte pour faire passer autre chose de bien plus important [11]. En effet, la Constitution consacre 60 articles aux questions proprement institutionnelles et tout le reste - si on exclut la longue et inefficiente « Charte des droits fondamentaux » (54 articles) - à la définition des politiques de l’Union, soit 325 articles sur un total de 448 ! C’est dire si cette Constitution décrit moins des institutions que des politiques, moins un contenant que des contenus.
L’objectif officieux, bien réel, est de consacrer enfin en un seul texte référent plus de 10 ans de dérive européenne vers un modèle de politique économique tendancieux, exclusivement libéral, et en cela éminemment idéologique par sa prétention à exclure toute possibilité d’alternative réelle.
On nous demande donc en réalité bien plus que notre avis sur de simples évolutions institutionnelles : on nous demande si oui ou non nous voulons constitutionnaliser ce texte là qui, à des dispositions proprement institutionnelles, ajoute des prescriptions économiques d’exclusivisme libéral.

Il ne me paraît par conséquent pas trop fort de parler de manipulation démocratique, dans la mesure où l’on use sciemment d’un subterfuge [12] (la promotion d’évolutions institutionnelles, habillées d’une rassurante rhétorique sociale et humaniste) pour faire enfin ratifier, sans avoir l’air d’y toucher, ce que l’on sait pertinemment être une doctrine économique des plus suspectes aux yeux de l’opinion publique française (en raison même de l’attachement toujours manifesté de celle-ci à l’idéal social et républicain hérité de la Révolution de 1789 et précisé dans le programme de la Résistance mis en œuvre par le Général de Gaulle dès 1945).
C’est même précisément en raison de son caractère notoirement incompatible avec la spécificité du projet social français que les dirigeants européens de droite comme de gauche, prévoyant les réticences du peuples français à sanctuariser la doctrine économique du libéralisme si on le lui demandait clairement, ont trouvé ingénieux de confier à Valéry Giscard d’Estaing, fin connaisseur des réalités françaises et fin tacticien, le soin de diriger la rédaction d’une Constitution glissant habilement ce qui pouvait être contesté au milieu d’aménagements institutionnels incontestés [
13]. On ne cherche rien de moins qu’à forcer la main aux peuples, et d’abord à celui d’entre eux dont la priorité sociale est sans doute la plus exigeante.


En définitive, tout indique que cette Constitution a été rédigée dans le but très précis d’impliquer la volonté populaire -et plus particulièrement française- dans la constitutionnalisation d’une certaine doctrine économique, à l’exclusion de toute autre, alors même que le propre d’une Constitution démocratique, ou même simplement authentiquement libérale, est de permettre au peuple souverain de pouvoir choisir entre différentes théories économiques.
Si, après l’adoption de cette Constitution, il n’a plus le choix qu’entre le libéralisme et le libéralisme -que l’on y soit ou non favorable, là n’est pas la question-, où est encore la liberté ?
Dès lors, la responsabilité du peuple français dans le scrutin du 29 mai est la suivante : cautionner ou non, par son suffrage, des évolutions libérales qui excluent toute possibilité de retour en arrière [
14], et donc toute possibilité de faire à l’avenir d’autres choix en matière économique. Souhaitons-nous, oui ou non, nous attacher définitivement le cou à une doctrine économique, quelles que puissent être ses dérives ultérieures ou ses contre-performances ?


C’est l’ampleur de ce danger que je vais à présent m’efforcer de montrer, à travers l’exposé de 15 arguments inédits en faveur du Non. Par mon rôle même chez Dialogue & Initiative, j’ai une certaine familiarité avec les arguments du Non, mais les points suivants n’ont me semble-t-il jamais été encore relevés, en dépit de leur importance particulièrement décisive. A quoi tient le fait qu’ils soient encore inédits ? Je ne me l’explique pas. Peut-être fallait-il d’abord toute la distance d’une position longtemps favorable au Oui pour permettre leur ébauche, puis les nombreux débats qui en ont forcé l’accès vers une éclatante évidence.



PLAN DE L’ARGUMENTAIRE


Les 19 arguments de cet inventaire peuvent se regrouper selon 6 thèmes successifs, chacun comprenant 4 arguments, dont le dernier est en même temps le premier du groupe suivant : c’est une présentation qui voudrait mettre en lumière la cohésion organique des thèmes abordés en conjuguant autant que possible l’ordre analytique (des arguments) et l’ordre synthétique (des thèmes), dans une progression continue :

1- Sur une prétendue incompatibilité des Non au sein du Non, et l’impossibilité qui s’ensuivrait d’en dégager une signification univoque en vue d’un projet alternatif : arguments 1-2-3-4.

2- Sur le retournement de l’objection (précédemment réfutée) par la mise en lumière de l’incohérence du Oui, en particulier de celle propre au Oui de gauche : arguments 4-5-6-7.

3- Sur la tentative de coup de force d’une légitimation rétroactive des Traités antérieurs, avec pour seule alternative de les ratifier ou...de les garder ! : arguments 7-8-9-10

4- Sur l’illégitimité de l’auto-négation de la puissance nationale, même en vue de la supra-nationalité d’une puissance européenne que cette Constitution, de toute façon, interdit : arguments 10-11-12-13

5- Sur le caractère d’abord anti-européen de cette Constitution, d’où peut se déduire la seule finalité susceptible de lui donner un sens : arguments 13,14,15,16.

6- Sur l’élucidation, à partir de cette mise en évidence, du véritable sens de l’incohérence théorique du Oui de gauche, dans une perspective stratégique : arguments 16, 17, 18, 19.



RESUME DES ARGUMENTS


La France est reconnue, distinguable dans le monde non seulement pour les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité issus de 1789, mais aussi pour la spécificité du projet social, issu de la Résistance, qui en découle. Sur ce fondement :


• L’argument 1 montre qu’un rejet par la France du projet de Constitution aurait une signification particulière : cela signifiera l’exigence de plus de social dans le projet européen. D’où sa valeur éminemment positive, constructive.

• L’argument 2 constate que, entre partisans du Oui et ceux du Non, il y a accord sur le sujet du désaccord : tous reconnaissent que c’est le contenu libéral de la partie III du projet de Constitution qui pose problème.

• L’argument 3 montre que le sens du Non souverainiste est lui aussi anti-libéral.

• L’argument 4 constate cette homogénéité du Non et relève, a contrario, la différence de fond entre le Oui de droite et le Oui de gauche : l’un accepte telle quelle la forme de libéralisme consacrée par la Constitution, l’autre prétend pouvoir la corriger.

• L’argument 5 montre que, en raison de la signification sociale d’un Non français, la gauche prend un risque stratégique majeur à soutenir le Oui : celui de laisser l’initiative du Non à un pays lui donnant un moindre sens social.

• L’argument 6 montre que l’argument précédent n’est jamais invoqué précisément parce qu’une Constitution plus libérale encore paraît, même à la gauche, difficilement réalisable.

• L’argument 7 montre qu’en vertu de sa subordination explicite aux législations nationales, la Charte des droits fondamentaux n’a aucune valeur normative : elle n’est pas juridiquement contraignante pour les Etats membres.

• L’argument 8 relève que puisque c’est le contenu libéral de la partie III de la Constitution qui fait le plus débat et qui apparaît comme le point décisif au sujet duquel vont s’exprimer les électeurs, ce serait un déni de démocratie particulièrement flagrant que de l’appliquer quelle que soit l’issue du vote, en tenant pour rien l’expression de la volonté populaire.

• L’argument 9 montre que l’on a mis les électeurs devant un fait accompli : la libéralisation à outrance de l’économie européenne. En leur expliquant que plus rien ne peut être fait contre cela même pour quoi on leur demande pourtant de voter, on leur demande en réalité d’ériger un fait en droit.

• Les arguments 10 et 11 montrent que les dirigeants qui aujourd’hui prétendent toute renégociation de la Constitution inenvisageable se discréditent d’avance pour une éventuelle renégociation demain. En cela, le vote du 29 mai est bien aussi un enjeu de politique nationale, sur le choix de nos dirigeants de demain.

• L’argument 12 relève combien la dénonciation d’un "débat franco-français" à propos du débat sur la Constitution manifeste une conception de l’Europe négatrice des identités nationales.

• L’argument 13 montre que le contenu exclusivement libéral du projet de Constitution conduit à une dilution de l’Europe, en ne distinguant aucunement le libre-échange régissant les rapports entre ses Etats membres de celui promu, ailleurs aussi, par la mondialisation [15] .

• L’argument 14 montre que l’attachement définitif à l’OTAN signe l’arrêt de mort du projet d’Europe européenne.

• L’argument 15 montrent que les bienfaits de l’Europe vantés par les partisans du Oui plaident au contraire pour le rejet de cette Constitution.

• L’argument 16 montrent que cette Constitution subvertit les fondements d’un Etat de droit : alors que le Droit est un rempart des faibles contre les forts, le contre-Droit instauré par la constitutionnalisation du libéralisme légaliserait l’oppression des faibles par les forts.

• Les argument 17, 18 et 19 exposent comment les partisans d’un « Oui de gauche » pratiquent sciemment la politique du pire pour mieux s’imposer dans la politique nationale. Leurs arguments pour rejeter la directive Bolkestein en sont une parfaite illustration.



EXPOSE DES ARGUMENTS


1/ Un Non français sera d’abord, aux yeux de l’Europe comme du monde, celui de la France et en cela, il parlera de lui-même en raison du projet social Français qui la caractérise et de la tradition historique où il s’inscrit, au moins depuis le programme - gaullo-communiste - issu de la Résistance et qui est exactement ce que la Constitution européenne remet en cause dans la notion de service public (en obligeant à l’ouvrir à une « concurrence libre et non faussée » pour tout service public marchand : EDF, les transport, etc.).


2/ La campagne actuelle et les partisans du Oui se sont chargés de clarifier le sens du Non puisqu’ils n’ont cessé, jusqu’ici, de tenter de convaincre les Français que cette Constitution n’est pas libérale. C’est bien la reconnaissance que ce qui pose problème, c’est son libéralisme, et ce pour tout le monde [16].


3/ Le Non souverainiste est lui aussi anti-libéral (en tout cas au sens du libéralisme imposé par cette Constitution) puisque, se réclamant de la spécificité nationale française, il refuse l’impossibilité d’une politique économique dirigiste ou même seulement protectionniste, pourtant inévitable face aux excès de la mondialisation.


4/ Sur le refus français de la Constitution de l’UE, il n’y a donc pas de différence entre Non de gauche et Non de droite (au moins européenne) alors qu’il y a une divergence radicale sur le fond entre oui de droite et de gauche (même si ce n’est plus la même droite -ni sans doute la même gauche) puisque la droite approuve le libéralisme tel que le normalise la Constitution alors que la gauche ne l’accepte et ne consent à le constitutionnaliser que dans la perspective de le corriger, compléter, détourner ou contourner, c’est-à-dire qu’avec beaucoup moins de cohérence que la droite, elle soutient ardemment une Constitution...dont elle nous assure déjà qu’elle fera tout pour en neutraliser l’orientation.


5/ La gauche devrait plutôt réaliser qu’en votant Oui, les Français prendraient le risque énorme de laisser la voix du Non à une autre Nation, nécessairement moins social ou plus libéral que la France. Et ce Non signifierait alors clairement une exigence de plus de libéralisme et de moins d’Union sociale (ou de possibilité d’indépendance nationale dans le choix d’une politique sociale au sens français). Un Oui de la France ne seraitdonc pas seulementun Ouià cette Constitution, mais à Oui à la possibilité de son rejet en vue d’une restriction encore plus drastique du minimum résiduel de contrainte sociale qu’on peut y trouver, quoique encore toujours subordonné au meilleur fonctionnement d’une économie exclusivement libérale.


6/ Pourquoi ce dernier argument n’est-il jamais invoqué, sinon parce qu’implictement, chacun convient de l’improbabilité d’une Constitution encore plus libérale que celle-ci ? [17]


7/ Les sociolibéraux du PS et des Verts ne cessent d’arguer de la Charte des droits fondamentaux pour y voir une protection contre toute « dérive ultralibérale » (puisqu’ils n’ont rien contre le libéralisme) alors qu’ils prétendent réduire la partie III, loi-cadre prédéterminant la politique économique et sociale de l’UE, à une simple synthèse récapitulative « pour mémoire » des traités antérieurs, sans véritable valeur constitutionnelle (même s’ils n’osent pas aller expressément jusqu’à cette contre-vérité, ils s’efforcent de la suggérer par des artifices rhétoriques). La vérité est inverse : la Charte n’a pas de valeur juridiquement contraignante puisque tout en s’inscrivant dans la Constitution, elle y inscrit en même temps la restriction explicite qu’aucun de ses articles ne saurait prévaloir, dans aucun des Etats membres, sur les pratiques institutionnelles de cet Etat (cf. II-111-2, II-112-4 et 5 et le préambule) [18] . Au contraire, la partie III, elle, se présente elle-même comme absolument contraignante et elle est littéralement normative. Si elle est intégrée dans la Constitution, ce n’est donc pas comme un corps étranger (ce qui est le cas, en revanche, pour la Charte) mais bien en effet pour lier l’adoption de la Constitution à un engagement au respect des principes de l’idéologie libérale qu’elle explicite sans équivoque et des conséquences pratiques impliquées par ces principes et qu’elle détaille par le menu.


8/ Or justement parce que la partie III est plus constitutionnelle ou constitutionnalisée que la partie II, dire Non à cette Constitution, c’est en toute logique dire non à la partie III bien plus encore qu’à la Charte. Il est donc scandaleux de prétendre que le Non serait un Non qui s’appliquerait uniquement aux autres parties sans obligation de renégociation de celle-ci et que nous serions simplement reconduits au statu quo, c’est-à-dire à ce qui aurait été refusé sans conteste, au moins en France, de l’avis même des partisans du Oui, puisque J-P Raffarin a osé le sophisme que ceux qui s’opposeront à la Constitution n’obtiendraint que de garder de l’Union précisément ce qu’ils en refusent. Ce serait un déni de démocratie sans précédent, qui devrait suffire à discréditer tous ceux qui en soutiennent la possibilité [19].


9/ Le chantage est le suivant : sous peine de retour au statu quo, on demande au peuple d’ériger le fait historique (l’évolution libérale de la construction européenne) en un droit fondateur, en se liant définitivement à ce qu’il aura consacré, en lui interdisant à l’avenir de dénoncer ce qu’il aura lui-même signé. Mais le Non n’est pas un retour au statu quo : même dans l’hypothèse où il ne serait suivi d’aucun effet positif, le peuple se serait prononcé contre ce qui ne pourrait plus dès lors lui être qu’imposé, en dépit de sa volonté déclarée : en réalité, dans l’option du Non, au lieu de se lier à un contrat léonin, le peuple garde les mains libres et il s’acquiert même un droit nouveau, celui de s’opposer à son propre gouvernement et de le renverser par l’insurrection si celui-ci persistait à lui imposer l’application d’une règle ou d’un règlement contraire à son suffrage. La renégociation de la Constitution en cas de victoire du Non (et par conséquent aussi, et même prioritairement des traités antérieurs tels qu’ils sont repris dans sa partie III), si c’est un Non de la France, est donc une obligation, et juridique, et démocratique, et politique au sens le plus radical, qui est absolument incontournable.


10/ Ceux qui prétendent une renégociation de l’organisation actuelle de l’UE inenvisageable choisissent d’ores et déjà de ne pas se conformer à la volonté nationale et la trahissent déjà en affaiblissant d’avance leur propre Nation au cas où le Non l’emporterait puisqu’ils ne se voient que plaider coupables et contraints au profil bas pour toute éventuelle renégociation ultérieure. C’est exactement ce que l’on appelle une forfaiture, et ce, quelle que soit l’issue du scrutin.


11/ En ce sens, l’enjeu du referendum est bien aussi essentiellement intérieur à la France et les politiques usant de ce genre d’argument ont choisi de jouer leur carrière sur ce scrutin, consciemment ou non. Ils devront en tenir compte. Le peuple sera en droit de l’exiger et de les y contraindre.


12/ La dénonciation d’un prétendu débat « franco-français » présuppose que la France devrait penser à l’Europe en faisant abstraction de la France : elle relève d’une conception de l’Europe fondée sur le déni de la réalité nationale, en particulier française. On ne construit pas l’Union avec un ou plusieurs autres sur la détestation de soi.


13/ Mais le premier argument à prendre en compte par ceux qui veulent vraiment l’Europe, qu’elle soit Union de Nations ou supra-nationale, c’est que tout en limitant le pouvoir des Nations, cette Constitution est d’abord anti-européenne : elle normalise un libre-échange interne identique entre les Etats-membres à celui de l’ensemble des Etats-membres avec le reste du monde et qui tend à ouvrir les frontières de l’Europe selon un mode strictement analogue à celui selon lequel elle ouvre les frontières de ses Etats-membres à l’« intérieur » de l’Europe. La sujétion économique des Nations à la logique libérale de l’Union n’a pour fonction que d’assujettir l’Union elle-même à un libre-échange mondial dans lequel ni son défaut de cohésion, économique aussi bien que politique, son refus normatif de toute stratégie planificatrice ou monétaire ne peut que la conduire à se dissoudre à vitesse accélérée pour le seul profit de détenteurs de capitaux d’origine et de destination indifférente [20] . Tout se passe comme si nous n’assistions plus à une construction de l’Europe, mais à la programmation méthodique de sa dilution.


14/ Car cette Constitution est aussi la négation même de l’Europe comme entité politique distinctive et indépendante. Elle en fait une Euramérique liée tout entière à ceux de ses Etats qui sont liés à l’OTAN -et constitutivement [21], or il était d’autant moins nécessaire de graver ce lien temporaire dans le marbre d’une Constitution qu’elle requiert l’unanimité pour toute politique de défense et de sécurité de l’Union. Cela revient donc à s’appuyer sur l’implication actuelle de certains Etats dans l’OTAN pour préciser la nécessité normative et définitive d’une subordination de l’Europe tout entière à l’OTAN, y compris dans l’hypothèse où tel ou tel de ses Etats, voire leur totalité, voudraient se dégager de l’OTAN en vue d’un engagement prioritairement européen ! Cette Constitution interdit cette possibilité en plaçant l’Europe tout entière sous l’égide de l’OTAN. C’est la négation même de l’affirmation du principe gaulliste : l’Europe sera européenne ou elle ne sera pas.


15/ Il a déjà été relevé que tous les éloges de l’Europe qui prétendent fonder le Oui à la Constitution sur un Oui à l’Europe vantent une Europe SANS constitution. Il faut aller plus loin : l’’inventaire des bienfaits de l’Europe ne porte que sur les bienfaits de l’absence de Constitution, c’est-à-dire d’une Europe évolutive et ouverte, à géométrie variable et qui serait aujourd’hui plus nécessaire que jamais en vue de l’intégration "en douceur" des nouveaux entrants de l’Est. Mais c’est justement cette mobilité de l’Europe que la Constitution a pour finalité, en tout cas pour objet explicite chez ses partisans, de figer ou fixer : en particulier en limitant le principe dynamique de la construction européenne jusqu’ici, qui a été celui des coopérations renforcées, en en subordonnant l’initiative à la règle de l’unanimité, et la réalisation à la participation d’un tiers au moins des Etats membres (soit neuf).


16/ En définitive, cette Constitution n’a qu’une seule finalité, en laquelle réside en même temps son originalité absolue : c’est d’instituer, pour la première fois au monde, un contre-Droit. Elle le fait en élevant la concurrence au rang de principe normatif. Le Droit s’oppose à la loi du plus fort et à l’état de guerre perpétuelle où le plus fort ne cesse d’avoir à prouver qu’il l’est. Le contre-Droit de la concurrence dit au contraire : « Battez-vous, et que le plus fort gagne ! ». Evidemment, pour gagner, le plus fort n’a aucun besoin d’aucun droit. En revanche, il a besoin qu’on ne lui oppose pas le Droit. Il lui faut donc un contre-Droit, un contre-feu au Droit, un droit qui s’oppose au Droit comme le contre-feu s’oppose au feu, en lui coupant l’herbe sous le pied. Le contre-Droit ne dit pas seulement que la guerre est un droit (rien d’original à cela, ni de contraire au Droit) ; il ne définit pas simplement des règles pour la pratique de la guerre (telles que celles de la Convention de Genève) ; il déclare l’exigibilité prioritaire de la guerre de tous contre tous...pour le meilleur profit de chacun (« Battez-vous, tuez vous...mais ne vous faîtes pas mal ! »).


17/ Il est temps de se demander alors pourquoi une pareille ardeur offensive du Oui le plus paradoxal, celui "de gauche". Pourquoi un tel forcing rose-vert ? On se contente habituellement de répondre que les socio-écolo-libéraux "de gouvernement" ne peuvent pas se déjuger, ayant été partie prenante dans l’orientation libérale de l’évolution de l’Union telle que la consacre la Constitution. Mais cette réponse n’explique pas la facilité surprenante avec laquelle ils dénoncent un jour le Traité de Nice qu’ils ont soutenu la veille. Il y a lieu de craindre que la vérité soit moins reluisante : le libéralisme institutionnalisé leur permettra de se présenter comme un recours et un correctif d’autant plus indispensable (à l’échelle de la politique d’abord nationale) contre la tendance lourde au libéralisme et à ses dérives ultra-libérales [qu’ils auront permis de faire ratifier, tendances] dont ils ne nient même pas que la Constitution soit effectivement porteuse.


18/ C’est pourtant bien Sarkozy dont la stratégie est à la fois la plus directe et la plus honnête (ou cynique) aussi eu égard à l’enjeu référendaire. Et c’est ce qu’illustre a contrario l’énorme intox du Oui de gauche quond il ose présenter la Constitution comme le meilleur moyen de lutter contre des mesures telles que la directive Bolkestein : si celle-ci était contraire à la Constitution, pourquoi aurait-on besoin d’exiger que la Commission s’engage à sa « remise à plat » dès avant le vote français du 29 mai ? Pourquoi ne pas s’appuyer plutôt sur son caractère anti-constitutionnel pour en faire un argument de plus, et celui-ci incontestable, en faveur du Oui ? Pourquoi n’a-t-on pu obtenir que cette simple « remise à plat » (qui n’engage à rien de déterminé, comme en a déjà prévenu l’actuel président de la Commission) ? Et comment se fait-il que les défenseurs de cette directive (puisqu’il y en a !) se trouvent-ils tous dans le camp du Oui ? C’est au moins une illustration irréfutable de la divergence en profondeur des partisans du Oui (cf. argument 2).


19/ En réalité, les libéraux savent très bien que la directive Bolkestein découle de la partie III (articles 144-150) et les socio-libéraux s’imaginent qu’ils pourront tirer parti de ses conséquences dévastatrices pour s’imposer comme un garde-fou nécessaire à l’ultralibéralisme qui en résultera et qui, tout en les disculpant de tout recul social, permettra de présenter comme une prouesse politique la moindre atténuation de ses effets à l’échelon national. C’est le parti de la politique du pire.

Thibaud de La Hosseraye

-  Source : www.ineditspourlenon.com

Sources : http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=2344

 

Par EVANGELIZT
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Jeudi 19 mai 2005

Un étude claire et précise en trois parties... ouvrez les yeux... le peuple français n'a pas fait la révolution en 1789 pour qu'en 2005 les mêmes élites bafouent nos droits et nous mentent effrontément...

1ère partie...

Les partisans du oui à la constitution européenne mentent délibérément ou travestissent la vérité.


Par Jean-Pierre Gaillet, Robert Joumard, Rémi Thouly

 

Ils trahissent l’Europe et les Européens


Mensonge n°1 : Ce n’est pas une constitution

Mensonge n°2 : La Constitution ne comporte que des avancées

Mensonge n°3 : La directive Bolkestein serait impossible avec la constitution

Mensonge n°4 : Avec le traité de Nice, l’Europe est ingouvernable. Avec la constitution cela irait mieux, car les coopérations renforcées seraient plus faciles

Mensonge n°5 : L’introduction de la charte des droits fondamentaux dans la partie II crée de nouveaux droits

Mensonge n°6 : Les services publics seront mieux défendus

Mensonge n°7 : La constitution est neutre, elle ne définit pas de politique, elle n’est pas d’inspiration libérale

Mensonge n°8 : La Banque centrale européenne sera contrôlée

Mensonge n°9 : L’Europe va disposer d’une défense commune indépendante des États-Unis

Mensonge n°10 : Les syndicats et les partis de gauche européens soutiennent la constitution


Boniment n°1 : Le vote NON provoquerait une crise très grave, le vote OUI n’en provoquerait pas

Boniment n°2 : Grâce à la constitution, l’Europe disposera d’une politique étrangère

Boniment n°3 : Avec le traité de Nice, l’Europe est ingouvernable. Avec la constitution cela irait mieux, car les majorités qualifiées seraient plus faciles

Boniments n°4 : Ce n’est qu’une étape, l’Europe va progresser, l’Europe va mieux s’unir

Boniment n°5 : Avec la constitution tout va changer dés 2006


Dans la campagne pour la constitution européenne, il y a des mensonges, et il y a des boniments.

Un mensonge, c’est quand on transforme la vérité. En prétendant ce qui n’est pas. Ou en "oubliant" ce qui est.

Les boniments, ce sont des mensonges moins directs, des interprétations tendancieuses, des éclairages qui laissent des aspects importants dans l’ombre. Des petitsaccommodements avec la vérité.

Les camelots des marchés pratiquent le boniment, ils évitent le mensonge pour ne pas se trouver face aux services de la répression des fraudes.

Malheureusement, il n’existe pas de service de la répression des fraudes pour les hommes politiques, les chefs d’entreprise ni - hélas aussi - pour les syndicalistes.

Il est des mensonges sans conséquence. Ainsi Valéry Giscard d’Estaing, dans une conférence à Strasbourg a affirmé que « le projet de constitution européenne ne comporte que 60 articles ». Chacun peut vérifier qu’il en comporte en fait 448 - sans compter les annexes. Chacun sait donc qu’il a débité un mensonge, une contrevérité, un gros bobard. Mais cette sorte de ficelle est si grosse qu’elle ne trompe que ceux qui le veulent bien.

Mais il est d’autres contrevérités qui ne sautent pas à ce point aux yeux. Il faut aller consulter les textes, ceux de la constitution proposée, ceux des anciens traités, des annexes, des protocoles, en tout des milliers de pages pour découvrir que ce que l’on nous affirme avec le plus bel aplomb n’est qu’un échafaudage qui repose sur le sable de quelques gros mensonges.

Les partisans du traité constitutionnel européens, à de rares exceptions près, ont échafaudé tout leur argumentaire sur beaucoup de sable.

Le 29 mai 2005 les Français seront appelés à répondre par OUI ou par NON à une seule question : approuvez-vous la ratification du traité constitutionnel Européen ? Un seul mot, une seule réponse, pour dire son accord ou son désaccord avec un texte très lourd.

Le seul point où tout le monde est d’accord, c’est que ce vote engagera l’avenir de l’Europe et de la France pour des décennies.

Attac, Association d’éducation populaire tournée vers l’action, se doit d’aider les citoyens à construire leur propre opinion en fournissant arguments et contre arguments.

Dans ce document, nous nous sommes attachés à faire apparaître la mauvaise foi, les contrevérités, les amalgames douteux, les tripatouillages de texte, bref tout ce qui déshonore leurs auteurs et tend à discréditer la politique.

Au nom de l’Europe, nous ne pouvons que dire "Non" à cette conception de la politique.



Mensonge n°1 : Ce n’est pas une constitution


Qui dit cela ?


Les socialistes favorables au oui :

Ce que nous appelons parfois abusivement « Constitution » n’est juridiquement qu’un traité international signé entre les Etats souverains.


Pourquoi est-ce un mensonge ?


Tout d’abord parce que le texte s’appelle « Traité établissant une Constitution pour l’Europe ».

Donc, ce traité une fois ratifié établirait la Constitution Européenne avec tous ses attributs :

Un texte et une autorité suprême (la Haute Cour de justice Européenne) pour le faire respecter.

Pour minimiser la portée du texte, on nous dit qu’il n’y a pas eu de véritable assemblée constituante, sauf à se satisfaire de la Convention et de son fonctionnement fort peu démocratique. C’est exact, mais la constitution de la cinquième république est née sans assemblée constituante et a plongé sa légitimité dans un référendum. En quoi sommes-nous dans un processus différent ?

Le Traité Constitutionnel aura valeur de constitution.

Le fait que cette constitution concerne non pas un mais plusieurs Etats n’y change rien : La constitution mise en place par le traité s’imposerait comme telle par la ratification populaire, parce qu’elle disposerait d’une Cour de justice et qu’elle élaborerait le droit au travers de la jurisprudence. Or, ce droit s’imposerait à tous les Etats puisque la France vient de modifier sa constitution pour pouvoir s’y soumettre définitivement.

Le premier article de la Constitution (qui est toujours d’une extrême importance dans tout traité ou dans toute Constitution) indique dans sa première phrase : "Inspirée par la volonté des citoyens et des Etats d’Europe de bâtir leur avenir en commun, la présente Constitution établit l’Union européenne...". C’est une formulation sans ambiguïté !

L’article I-6 (Le droit de l’Union) ajoute :

« La Constitution et le droit adopté par les institutions de l’Union, dans l’exercice des compétences qui sont attribuées à celle-ci, priment le droit des États membres. »

Cette primauté n’est pas nouvelle (jurisprudence de la Cour et du Conseil Constitutionnel français notamment). Mais ce qui est nouveau c’est l’article lui-même qui n’était pas présent dans les précédents traités. C’est aussi le lien entre le terme "Constitution" et l’affirmation de la primauté du droit.


Pourquoi mentent-ils ?


Pourquoi les partisans du Oui nient-ils que ce texte serait une constitution ? Cette dichotomie est bien commode. Elle permet de minimiser la portée des parties III et IV, en les considérant comme un simple toilettage des précédents traités. Ce faisant, elle permet de survaloriser la portée des parties I et II en gommant leur caractère peu contraignant.

Le procédé a l’avantage de détourner le débat en prétendant que ce qui concerne les traités est acquis et n’a pas à être discuté. En particulier, cette attitude trahit la dérive profonde du PS qui, en se rangeant dans le camp des Madelin et Bayrou, avoue par là qu’il a définitivement renoncé à combattre l’ultralibéralisme.

Mais il est vrai aussi que le traité de Nice, les accords de Barcelone, tout « l’acquis » des libéraux est un peu leur enfant...



Mensonge n°2 : La Constitution ne comporte que des avancées


Qui dit cela ?


L’UDF :

« Il n’y a pas un seul domaine où la Constitution soit en retrait ; il n’y a pas un seul sujet sur lequel elle revienne en arrière. » (BP UDF 2mars 2005)

Un Vert favorable au Oui :

Nous voterons Oui, parce que nous pensons que la lutte pour l’écologie, pour la solidarité, pour la démocratie, pour la planète, sera plus facile avec le TCE qu’avec les traités actuellement en vigueur. (A.Lipietz)

Les députés Verts européens

Forcer l’Union élargie à 25 membres de rester aux traités d’Amsterdam et de Nice alors que d’autres processus d’adhésion sont en cours, pourrait provoquer une crise susceptible de menacer le processus d’unification de l’Europe.

Les socialistes favorables au oui :

On vous dit que : « Le traité fait du marché et de la concurrence libre et non faussée les valeurs suprêmes de l’Europe ». C’est faux Le principe d’un « marché unique où la concurrence est libre et non faussée » est de tous les traités européens depuis l’origine. Tous les éléments nouveaux par rapport aux traités antérieurs ont été imposés par les socialistes et les sociaux démocrates européens. Jamais les objectifs de l’Union n’ont été autant dirigés dans le sens de ce que nous portons.

Ce qui se passerait si le traité constitutionnel était rejeté :On en restera aux textes existants, qui ne parlent que d’économie de marché, sans mentionner ni le plein emploi, ni le progrès social, ni le développement durable, ni l’économie sociale de marché.

En bref on conserve la « concurrence libre et non faussée » et l’on se prive de tous les objectifs introduits par les sociaux démocrates et socialistes européens.

 


Pourquoi est-ce un mensonge ?


Comparons le traité instituant la Communauté Européenne modifié à Nice et le projet de traité constitutionnel.

Traité instituant la Communauté Européenne (article 2) :

La Communauté a pour mission, par l’établissement d’un marché commun, d’une Union économique et monétaire et par la mise en oeuvre des politiques ou des actions communes visées aux articles 3 et 4, de promouvoir dans l’ensemble de la Communauté un développement harmonieux, équilibré et durable des activités économiques, un niveau d’emploi et de protection sociale élevé, l’égalité entre les hommes et les femmes, une croissance durable et non inflationniste, un haut degré de compétitivité et de convergence des performances économiques, un niveau élevé de protection et d’amélioration de la qualité de l’environnement, le relèvement du niveau et de la qualité de vie, la cohésion économique et sociale et la solidarité entre les États membres.

Le projet de constitution :

Article I-3

Les objectifs de l’Union

1. L’Union a pour but de promouvoir la paix, ses valeurs et le bien-être de ses peuples.

2. L’Union offre à ses citoyens un espace de liberté, de sécurité et de justice sans frontières intérieures, et un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée.

3. L’Union oeuvre pour le développement durable de l’Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social, et un niveau élevé de protection et d’amélioration de la qualité de l’environnement. Elle promeut le progrès scientifique et technique. Elle combat l’exclusion sociale et les discriminations, et promeut la justice et la protection sociales, l’égalité entre les femmes et les hommes, la solidarité entre les générations et la protection des droits de l’enfant.

 

Et notons les différences :

• la « concurrence libre et non faussée » remplace le « marché commun », et devient un objectif au lieu de n’être qu’un moyen.

• le développement reste « durable » mais n’est plus ni « harmonieux » ni « équilibré »,

• la croissance devient « équilibrée » au lieu de « durable »,

• quant au » relèvement du niveau et de la qualité de vie, la cohésion économique et sociale et la solidarité entre les États membres » ils ont disparus.

Ces quelques substitutions ne sont-elles pas la marque du libéralisme de « l’Europe des profits » comme le disent si justement les jeunesses socialistes ?

Certes les mots « économie sociale de marché » ne sont pas utilisés dans le traité de Nice mais il y a par contre « le relèvement du niveau et de la qualité de vie, la cohésion économique et sociale et la solidarité entre les États membres »

De quel coté est la perte ?

Le traité de Nice parle d’un niveau d’emploi élevé et non de plein emploi. Mais le Traité Constitutionnel fait de même. Le plein emploi n’apparaît qu’une seule fois dans l’article I-3-3, qui présente un objectif de développement fondé sur "une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social". Mais il n’en est plus question ensuite, même dans la section consacrée à la politique de l’emploi (III-203 à 208).

Figure en revanche l’objectif consistant à "atteindre un niveau d’emploi élevé" (III-205-2).

Cela signifie augmenter le taux d’emploi, c’est-à-dire le rapport entre le nombre de personnes ayant un emploi et celui de la population en âge de travailler. Parler du taux d’emploi permet de ne plus parler du taux de chômage. Et un taux d’emploi élevé peut tout à fait cohabiter avec de forts taux de chômage.

Le mot "chômage" ne figure d’ailleurs même pas dans les 448 articles du projet de constitution, alors que le taux de chômage dans l’Union est de 9 %. Le chômage n’entre manifestement pas dans les préoccupations de l’Union telle que dessinée par ce projet de constitution.

Poursuivons la comparaison.

Le document « le vrai le faux » du parti socialiste cite longuement l’article III-210 de la constitution :

« En vue de réaliser les objectifs visés à l’article III-209, l’Union soutient et complète l’action des Etats membres dans les domaines suivants :

• l’amélioration, en particulier, du milieu de travail pour protéger la santé et la sécurité des travailleurs ;

• les conditions de travail ;

• la sécurité sociale et la protection sociale des travailleurs ;

• la protection des travailleurs en cas de résiliation du contrat de travail ;

• l’information et la consultation des travailleurs ;

• la représentation et la défense collective des intérêts des travailleurs et des employeurs, y compris la cogestion, sous réserve du paragraphe 6 ;

• les conditions d’emploi des ressortissants des pays tiers se trouvant en séjour régulier sur le territoire de l’Union ;

• l’intégration des personnes exclues du marché du travail, sans préjudice de l’article III-283 ;

• l’égalité entre femmes et hommes en ce qui concerne leurs chance sur le marché du travail et le traitement dans le travail ;

• la lutte contre l’exclusion sociale ;

• la modernisation des systèmes de protection sociale, sans préjudice du point c) ».

 


L’équivalent du traité instituant la Communauté Européenne modifié à Nice est ainsi rédigé :

Article 137 (*)

1. En vue de réaliser les objectifs visés à l’article 136, la Communauté soutient et complète l’action des États membres dans les domaines suivants :

a) l’amélioration, en particulier, du milieu de travail pour protéger la santé et la sécurité des travailleurs ;

b) les conditions de travail ;

c) la sécurité sociale et la protection sociale des travailleurs ;

d) la protection des travailleurs en cas de résiliation du contrat de travail ;

e) l’information et la consultation des travailleurs ;

f) la représentation et la défense collective des intérêts des travailleurs et des employeurs, y compris la cogestion, sous réserve du paragraphe 5 ;

g) les conditions d’emploi des ressortissants des pays tiers se trouvant en séjour régulier sur le territoire de la Communauté ;

h) l’intégration des personnes exclues du marché du travail, sans préjudice de l’article 150 ;

i) l’égalité entre hommes et femmes en ce qui concerne leurs chances sur le marché du travail et le traitement dans le travail ;

j) la lutte contre l’exclusion sociale ;

k) la modernisation des systèmes de protection sociale, sans préjudice du point c).

 

Ne faut-il pas une bonne dose de mauvaise fois pour voir un progrès dans ce qui n’est qu’une copie ?


Autre exemple « d’avancée » : la politique commerciale commune.

Article III-314 du projet de constitution :

Par l’établissement d’une union douanière conformément à l’article III-151, l’Union contribue, dans l’intérêt commun, au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux investissements étrangers directs, ainsi qu’à la réduction des barrières douanières et autres.L’équivalent du traité instituant la Communauté Européenne modifié à Nice est ainsi rédigé :

Article 131 (*)

En établissant une union douanière entre eux, les États membres entendent contribuer, conformément à l’intérêt commun, au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et à la réduction des barrières douanières.

 

Que l’introduction dans le texte des investissements étrangers directs soit considérée par l’UMP comme un progrès est normal. Qu’il en soit de même pour le PS qui s’est opposé grâce au droit de veto de la France sous le gouvernement Jospin à un accord sur l’investissement (AMI) discuté au sein de l’OCDE est plus surprenant . Que ni les Verts, ni le PS ne s’inquiètent de l’ajout de « et autres » ne l’est pas moins.

Comment ne pas voir que se terme permettra au sein de l’OMC et particulièrement sur l’AGCS de considérer des normes sociales, environnementale, de santé publique, etc. comme des obstacles au « développement harmonieux du commerce mondial » ?

Les décisions dans ce domaine seront prises à la majorité qualifiée. Cela signifie que la France ne dispose pas de droit de veto.



Mensonge n°3 : La directive Bolkestein serait impossible avec la constitution


Qui dit cela ?


Les socialistes favorables au oui :

C’est au nom des raisons qui leur ont fait adopter le traité constitutionnel que les socialistes s’opposent à la directive Bolkestein. Cette directive est en effet contraire à de très nombreuses dispositions du traité constitutionnel. La directive dite Bolkestein est contestable au regard des dispositions nouvelles introduites par le Traité Constitutionnel.

En effet, on sait que ce projet de directive aurait pour résultat de mettre en concurrence les systèmes législatifs et conventionnels des Etats membres pour les activités de services qu’il vise à libéraliser. Et que cette mise en concurrence aurait sans nul doute pour effet de « tirer » vers le bas les protections sociales, le droit du travail, la protection des consommateurs, le droit à la santé, le droit à un environnement de qualité.

Aucune disposition de cette directive n’est en effet prévue :

- pour interdire la détérioration des conditions de vie et de travail des travailleurs, par exemple.

- pour rendre obligatoire une évolution des droits sociaux qui permettrait une amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs.

Inacceptable en soi, la directive Bolkestein est clairement contraire aux dispositions du traité Constitutionnel.

 


Pourquoi est-ce un mensonge ?


Tout simplement parce qu’il n’y a rien de nouveau dans la constitution qui s’oppose à la directive Bolkestein. Toutes les garanties qui seraient dans la constitution sont déjà dans le traité de Nice ou dans la charte des droits fondamentaux (voir mensonges n°2 et 5).

Donc, de deux choses l’une : ou la directive est déjà en contradiction avec les règles du traité de Nice et la charte des droits fondamentaux ou elle ne l’est pas.

Dans le premier cas qu’attendent tous ceux qui, tel M. Barnier, hurlent aujourd’hui contre une directive qu’ils ont approuvée hier, pour dénoncer son illégalité ?

Dans le cas contraire la constitution n’apportera rien de plus pour s’opposer à la directive Bolkestein.

D’ailleurs, monsieur Bolkestein est un chaud partisan de la constitution. Lui même n’y voit donc pas plus d’incompatibilité qu’avec l’actuel traité de Nice

En fait, quand on compare l’esprit de la directive Bolkestein et l’esprit de la Constitution Européenne, on trouve la même conception de l’harmonisation européenne qui doit se faire par la concurrence et le marché et surtout pas par la loi et la réglementation.

Le projet de directive Bolkestein est dans le droit-fil du projet de constitution et en est une excellente illustration. Il vise à libéraliser les services dans l’Union, en leur appliquant le principe du pays d’origine quant aux droits sociaux. Ainsi une agence de placement ou un cabinet de conseil pourraient établir leur siège social dans un pays à faible protection sociale et fournir leurs services en France par exemple sans avoir à respecter le droit à la sécurité sociale ou à la retraite. On a vu que l’article I-4-1 et le préambule de la charte des droits fondamentaux en partie II réduisaient les libertés fondamentales à "la libre circulation des personnes, des services, des marchandises et des capitaux" (à quand une déclaration des droits de l’homme et des marchandises ?). Plus explicitement encore, dans la "sous section 3- Liberté de prestation des services", l’article III-144 dit que "dans le cadre de la présente sous-section, les restrictions à la libre prestation des services sont interdites à l’égard des ressortissants des États membres établis dans un État membre autre que celui du destinataire de la prestation". Les travailleurs peuvent circuler librement sans discrimination en ce qui concerne "l’emploi, la rémunération et les autres conditions de travail" (III-133). En revanche, dans cet article et ceux qui suivent, rien n’est dit sur la discrimination liée à la protection sociale des travailleurs. Le projet de traité affirme par ailleurs que l’Union Européenne s’en remet au marché pour "favoriser l’harmonisation des systèmes sociaux" (III-209), que toute harmonisation sociale entre États membres est explicitement exclue (III-210-2-a), et que les États membres s’efforcent de libéraliser les services "au-delà de la mesure qui est obligatoire" (III-148). Absolument rien ne s’oppose donc à la directive Bolkestein dans le projet de constitution, bien au contraire. D’ailleurs une autre directive "concernant l’accès aux marchés des services portuaires" est dans les tiroirs de la Commission, avec le même principe du pays d’origine... [1]

La directive Bolkestein a aussi son complément avec la directive sur le temps de travail en préparation qui prévoit de porter la durée hebdomadaire du travail de 48 heures à 65 heures après accord écrit du salarié (sic), et de modifier la définition de la durée du travail pour distinguer « période de garde active » et « période de garde inactive », cette dernière étant exclue du temps de travail compté pour le salarié.



Mensonge n°4 : Avec le traité de Nice, l’Europe est ingouvernable. Avec la constitution cela irait mieux, car les coopérations renforcées seraient plus faciles


Qui dit cela ?


Les socialistes favorables au oui :

L’utilisation des coopérations renforcées est facilitée. Les pays qui souhaitent avancer plus vite pourront le faire plus facilement. La décision de création d’une coopération renforcée (par exemple pour coordonner à quelques-uns les politiques fiscales et sociales) se prend à la majorité qualifiée. Aucun pays ne peut plus y opposer un veto.


Pourquoi est-ce un mensonge ?


Comparons à nouveau les deux textes :

Projet de Traité Constitutionnel :

Article I-43 2. La décision européenne autorisant une coopération renforcée est adoptée par le Conseil en dernier ressort, lorsqu’il établit que les objectifs recherchés par cette coopération ne peuvent être atteints dans un délai raisonnable par l’Union dans son ensemble, et à condition qu’au moins un tiers des États membres y participent. Le Conseil statue conformément à la procédure prévue à l’article III-419.

Article I-44 La décision européenne autorisant une coopération renforcée est adoptée par le Conseil en dernier ressort, lorsqu’il établit que les objectifs recherchés par cette coopération ne peuvent être atteints dans un délai raisonnable par l’Union dans son ensemble, et à condition qu’au moins un tiers des États membres y participent.

Article III-419 :

1. Les États membres qui souhaitent instaurer entre eux une coopération renforcée dans l’un des domaines visés par la Constitution, à l’exception des domaines de compétence exclusive et de la politique étrangère et de sécurité commune, adressent une demande à la Commission en précisant le champ d’application et les objectifs poursuivis par la coopération renforcée envisagée. La Commission peut soumettre au Conseil une proposition en ce sens. Si la Commission ne soumet pas de proposition, elle en communique les raisons aux États membres concernés.

L’autorisation de procéder à une coopération renforcée est accordée par une décision européenne du Conseil, qui statue sur proposition de la Commission et après approbation du Parlement européen.

 

C’est un peu plus que la majorité qualifiée (procédure de vote par défaut), c’est la majorité qualifiée (55% des états membres) avec en plus la proposition de la Commission et l’approbation du parlement.

2. La demande des États membres qui souhaitent instaurer entre eux une coopération renforcée dans le cadre de la politique étrangère et de sécurité commune est adressée au Conseil. Elle est transmise au ministre des affaires étrangères de l’Union, qui donne son avis sur la cohérence de la coopération renforcée envisagée avec la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union, ainsi qu’à la Commission, qui donne son avis, notamment sur la cohérence de la coopération renforcée envisagée avec les autres politiques de l’Union. Elle est également transmise au Parlement européen pour information.

L’autorisation de procéder à une coopération renforcée est accordée par une décision européenne du Conseil, statuant à l’unanimité.

 

Si le domaine choisi concerne la politique étrangère et de sécurité commune, la procédure est plus stricte, il faut l’unanimité du Conseil.


Comparons avec le traité de Nice


Avec ce traité, on est face à deux textes : la version consolidée du traité établissant la Communauté Européenne et la version consolidée du traité établissant l’Union Européenne.

Dans le premier document on lit :

Article 11 (*)

1. Les États membres qui se proposent d’instaurer entre eux une coopération renforcée dans l’un des domaines visés par le présent traité adressent une demande à la Commission, qui peut soumettre au Conseil une proposition en ce sens. Si elle ne soumet pas de proposition, la Commission en communique les raisons aux États membres concernés.

2. L’autorisation de procéder à une coopération renforcée visée au paragraphe 1 est accordée, dans le respect des articles 43 à 45 du traité sur l’Union européenne, par le Conseil, statuant à la majorité qualifiéesur proposition de la Commission et après consultation du Parlement européen. Lorsque la coopération renforcée vise un domaine qui relève de la procédure visée à l’article 251 du présent traité, l’avis conforme du Parlement européen est requis.

Un membre du Conseil peut demander que le Conseil européen soit saisi. Après cette évocation, le Conseil peut statuer conformément au premier alinéa du présent paragraphe.

3. Les actes et décisions nécessaires à la mise en oeuvre des actions de coopération renforcée sont soumis à toutes les dispositions pertinentes du présent traité, sauf dispositions contraires du présent article et des articles 43 à 45 du traité sur l’Union européenne.

Article 11 A (**)

Tout État membre qui souhaite participer à une coopération renforcée instaurée en vertu de l’article 11 notifie son intention au Conseil et à la Commission, qui transmet un avis au Conseil dans un délai de trois mois à compter de la date de la réception de la notification. Dans un délai de quatre mois à compter de la date de réception de la notification, la Commission statue à son sujet, ainsi que sur d’éventuelles dispositions particulières qu’elle peut juger nécessaires.

 

Et c’est tout. En apparence il n’y a pas de limitation quant au nombre de pays participants.

En fait si, cette limitation est dans l’article 43 du second traité ("dans le respect des articles 43 à 45 du traité sur l’Union européenne").

Que dit cet article 43 modifié par le traité de Nice ?

« Article 43*

Les États membres qui se proposent d’instaurer entre eux une coopération renforcée peuvent recourir aux institutions, procédures et mécanismes prévus par le présent traité et le traité instituant la Communauté européenne, à condition que la coopération envisagée :

a) tende à favoriser la réalisation des objectifs de l’Union et de la Communauté, à préserver et servir leurs intérêts et à renforcer leur processus d’intégration ;

b) respecte lesdits traités ainsi que le cadre institutionnel unique de l’Union ;

c) respecte l’acquis communautaire et les mesures prises au titre des autres dispositions desdits traités ;

d) reste dans les limites des compétences de l’Union ou de la Communauté et ne porte pas sur les domaines relevant de la compétence exclusive de la Communauté ;

e) ne porte pas atteinte au marché intérieur tel que défini à l’article 14, paragraphe 2, du traité instituant la Communauté européenne, ni à la cohésion économique et sociale établie conformément au titre XVII du même traité ;

f) ne constitue ni une entrave ni une discrimination aux échanges entre les États membres et ne provoque pas de distorsions de concurrence entre ceux-ci ;

g) réunisse au minimum huit États membres ;

h) respecte les compétences, droits et obligations des États membres qui n’y participent pas ;

i) n’affecte pas les dispositions du protocole intégrant l’acquis de Schengen dans le cadre de l’Union européenne ;

j) soit ouverte à tous les États membres, conformément à l’article 43 B. »

 

Attention : Au moment de la signature du traité de Nice le nombre de pays participant à l’Union Européenne était de 15, le seuil fixé est pourtant de 8 pays et non de 50%. Cela veut dire qu’aujourd’hui ce seuil reste à 8 pays sur 25, légèrement inférieur au seuil d’un tiers demandé part le traité constitutionnel (9 pays).

Par ailleurs avec le traité de Nice, il existe des modalités spécifiques et compliquées (articles 27A, B, C, D, E du traité sur l’Union Européenne) pour le domaine de la Politique Étrangère et de Sécurité Commune, mais légèrement moins contraignantes que l’unanimité réclamée par le projet de traité constitutionnel.

Les coopérations renforcées ne sont donc pas, pour ces deux raisons, plus difficiles avec le traité de Nice qu’avec le traité constitutionnel.

Ecrire « l’utilisation des coopérations renforcées est facilitée » est donc abusif.


De plus, le fait que les coopérations renforcées ne puissent pas porter sur les domaines qui sont de la compétence exclusive de l’union (avec le traité de Nice comme avec la Constitution) limite la portée de ces coopérations. Par exemple, cela interdit d’instaurer une coopération renforcée pour :

- mettre en place une écotaxe (l’union douanière est du domaine exclusif de l’union),

- prendre une quelconque mesure qui concerne la concurrence interne (l’établissement

Par EVANGELIZT
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