POURQUOI DIRE NON A LA CONSTITUTION ?

Lundi 16 mai 2005

UN NON DE GAUCHE ANTICAPITALISTE ET INTERNATIONALISTE

 

par Denis HORMAN

Trois grandes parties, 448 articles, 36 protocoles, 2 annexes et 48 déclarations déclinés sur plusieurs centaines de pages, tel se présente le "projet de traité instituant une Constitution pour l'Europe" (TCE) qui est censé s'appliquer à partir de 2009 aux 25 Etats et 450 millions d'habitants de l'Union européenne (UE).

Ce traité constitutionnel a pour but d'entériner le cours ultralibéral de l'UE; de revalider avec le maximum de solennité les orientations des traités de Maastricht (1992) et d'Amsterdam (1997); de légitimer les politiques antisociales appliquées dans les différents pays de l'UE.

Les belles déclarations du TCE sur les valeurs de l'UE se heurtent systématiquement au principe directeur et contraignant, réaffirmé à travers 68 articles: "un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée". En cas de conflit entre ce principe et des arguments sociaux, écologiques ou démocratiques, le premier primera. Au lieu de l'Europe sociale et solidaire promise, c'est une Europe-puissance qui veut s'imposer. 

Ce Traité  "constitutionnalise" l'ensemble de ces politiques anti-sociales et les dites "avancées" institutionnelles apparaissent bien marginales face à la logique de l'architecture européenne: le parlement européen, seule instance élue au suffrage universel, reste cantonné à jouer les seconds rôles, sans capacité d'initiative législative (art. I, 26,2). 

Ce traité est prévu pour une durée illimitée (art. IV, 446). Pour le réviser, il faudra l'unanimité (art. IV,343,3): un seul Etat peut tout bloquer. Et ceux qui font miroiter la possibilité pour un million de pétitionnaires en Europe d'imposer d'autres objectifs devraient relire attentivement l'article I, 47: ce droit de pétition ne permet en rien de modifier la Constitution. 

Les directions syndicales, le Parti socialiste et Ecolo, qui en appellent régulièrement à "l'Europe sociale", mais qui n'hésitent pas à se prononcer pour un "oui de combat" en faveur du TCE, prennent la lourde responsabilité d'enfermer le monde du travail et la population dans un carcan compromettant grandement toute avancée sociale. "Si nous rejetons le traité constitutionnel, ce sera le chaos", nous dit-on. D'abord, si le TCE est repoussé (et même accepté), l'Union européenne continuera de fonctionner jusqu'en 2009 et même après, selon les modalités institutionnelles actuelles. Cela laisse du temps pour la mise à plat des orientations actuelles. Et puis, la véritable impasse, le véritable chaos ne sont-ils pas plutôt provoqués par cette Europe-ci, telle qu'elle se construit. Et cette Constitution-ci n'en est qu'un redoutable accélérateur. 

Aussi, le débat sur le traité constitutionnel ne peut être éludé, voire cadenassé. La légèreté avec laquelle le parti socialiste a verrouillé toute possibilité de referendum ou consultation populaire est à ce propos bien inquiétante. Les mobilisations  pour une autre Europe, combinées avec un rejet politique fort de la Constitution peuvent et doivent ouvrir une crise permettant précisément de reprendre la construction de l'Europe sur d'autres bases et d'imposer d'autres politiques dans chacun des Etats membres. Car, à l'inverse de ce que vient encore d'avouer le Parti socialiste, dans sa résolution de congrès pour le "oui de combat" au TCE,  il y a des alternatives à l'UE, telle qu'elle se construit. Avec d'autres organisations et mouvements sociaux, nous avons, à maintes reprises développé plusieurs de ces propositions. Ce que nous ne manquerons pas de faire à nouveau dans les semaines et les mois qui viennent. 

Mais ce travail ne peut avoir un véritable impact qu'à travers la convergence de mouvements sociaux, de secteurs syndicaux, de partis de la gauche radicale, de militants et militantes des organisations chrétiennes et socialistes qui partagent ces propositions alternatives au niveau national, européen, international. Contre la "stratégie de Lisbonne", contre la Directive Bolkenstein et le Traité constitutionnel, les travailleurs et les mouvements sociaux ne peuvent plus seulement lutter pays par pays. 

Face au néolibéralisme triomphant, il s'agit également de donner une expression et un débouché politiques au mécontentement et à la radicalisation sociale. Il s'agit d'imposer, au niveau national et européen, un changement de cap politique. A l'exemple de ce qui se passe dans d'autres pays européens, nous voulons œuvrer également en Belgique à la constitution de regroupements  politiques capables, dans la rue et les urnes, de traduire politiquement les revendications et les aspirations des mouvements sociaux radicalisés. 

Dans l'immédiat, nous appelons tous et celles qui disent "Non à ce traité constitutionnel pour construire une autre Europe" à continuer ensemble un travail d'information en profondeur sur ce projet ultralibéral, à interpeller le mouvement syndical pour, que, à l'exemple de la CGSP, les organisations syndicales prennent toute la mesure de la bombe à retardement placée dans ce super Traité, à augmenter la pression sur nos représentant-es élu-es dans les différents parlements. Car, faute d'un verdict des citoyens et citoyennes, c'est à eux qu'il appartiendra de se prononcer, en toute connaissance de cause, espérons-le,  sur ce "projet de Traité instituant une Constitution pour l'Europe".

Sources : http://www.sap-pos.org/txt-fr/2005/avril/traite_non.htm

Par EVANGELIZT
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 18 mai 2005
Argumentaire pour le « NON »
à la « constitution européenne»

Élaboré par la Commission « argumentaires et tracts » du « Forum pour la France » (FPF), où sont représentés 25 associations et mouvements, de divers « bords », avec les apports d’autres mouvements. Version revue en commun le 15/2/05

Français, le salut est en votre NON !
La Patrie en danger par cette « constitution »-escroquerie:


1.- ON VOUS DEROBE LA FRANCE ! en une dernière étape de l'asservissement des Nations de l’Union à une bureaucratie irresponsable:

On vous dit que le traité constitutionnel ne fait qu'établir une Fédération d'États-nations, le principe de subsidiarité protégeant la liberté des nations, et que la France, par exemple, garderait sa constitution..


En réalité, on établit bel et bien une « constitution ». Pour un « peuple européen » qui n’existe pas, dans l’hypocrisie d’une « subsidiarité à l’envers », où tout va au centre.


Dans ce super-Etat, qui reçoit la personnalité juridique (article I 7), la souveraineté inaliénable qui appartient au peuple français serait abolie. Les compétences et pouvoirs seraient transférés en quasi-totalité des États nationaux vers l'Union, soit immédiatement et totalement, soit au fur et à mesure des caprices de l'Union qui se les approprierait en fonction de la volonté de ses fonctionnaires non élus.


La France deviendrait en Europe ce qu'une région est chez elle, et le Président de la République l’équivalent d’un simple président de Conseil régional.


En effet, le traité donne à l’Union de très importantes compétences exclusives enlevées aux États. Et, à propos de celles des compétences non-exclusives, mais faussement dites « partagées »: « les États membres exercent leur compétence dans la mesure où l'Union n'a pas exercé la sienne ou a décidé de cesser de l'exercer » (article I-12, § 2). Ils doivent donc accommoder les restes.


Alors que même aux États-Unis et en Allemagne, les États fédérés et Länder gardent des pouvoirs étendus et intouchables ! Cette conception du super-État va même au-delà du fédéralisme dont on n’ose même pas prononcer le nom, pour ne pas vous effaroucher.


Cette « constitution » et le droit européen, directives de fonctionnaires comprises, domineraient tout notre droit, y compris notre Constitution.
En effet : « La Constitution et le droit adopté par les institutions de l'Union, dans l'exercice des compétences qui sont attribuées à celle-ci, priment le droit des États membres. » (article I-6). Point crucial.
En janvier 2005, à l’Assemblée, le député J. Myard, pouvait citer le Président du Conseil Constitutionnel : « La Constitution française ne devrait pas seulement être révisée, mais abrogée ! »
Par des votes à la majorité qualifiée, et par les pouvoirs conférés aux juges de la quasi-Cour suprême européenne, qui utilise toujours dans le même sens « communautaire » son monopole d’interprétation du droit européen, la France minoritaire pourrait se voir imposer des décisions et mesures totalement contraires à ses principes fondateurs, sa culture, ses traditions et ses intérêts essentiels, y compris dans les domaines de la laïcité et de l’immigration.


La révision du traité étant extrêmement difficile (art. IV 443), nous ne pourrions corriger ces mesures.
La France n’aurait alors aucun droit de veto, ni aucun vrai recours sauf la sortie de l’Union, effectivement prévue, mais tellement coûteuse qu’elle en devient illusoire.
Union-carcan et piège des peuples dépouillés de leurs pouvoirs les plus sacrés.
Une génération peut-elle, en matière d’orientations politiques et économiques, assujettir à une loi aussi contraignante, et a priori immuable, les générations futures ?

2. On vous propose en échange un LEURRE : une « Europe-puissance » virtuelle, en fait étouffante et IMPUISSANTE.


Une Europe sans les peuples, dissous dans les COMMUNAUTARISMES.
Le peuple européen n’existant pas, la démarche pour le construire « hors sol » manque à la fois de vrais chefs qui y croient et la conduisent, d’une vision et d’une ambition haute qui soient communes et enthousiasmantes, et même de grands projets économiques, industriels, sociaux et culturels. Il s’agit d’un leurre. L’Union et son armée de fonctionnaires s’attachent en fait à de petites choses, à une réglementation foisonnante et étouffante, pour maintenir couchés les géants nationaux, comme les Lilliputiens fixaient au sol, un par un, les cheveux de Gulliver pendant son sommeil, pour l’empêcher de se relever.


L’Union s’occupe de tout, surtout des détails qui peuvent uniformiser les comportements et faire croire que les Européens forment un même peuple. D’où l’interdiction du beurre jaune, des fromages au lait cru, du foie gras, des courses de taureaux, de la chasse à certaines périodes et de certaines espèces, de formes et quantités de la pêche. D’où les réglementations uniformes sur les OGM, les plaques d’immatriculation des voitures, les passeports - en anglais langue commune – pour les animaux… Ses directives –envoyées de plus en plus en anglais uniquement - et divers textes à introduire dans les législations nationales représentent déjà près des trois quarts du travail de nos administrations centrales.


L’Union poursuit aujourd’hui avec acharnement le rêve fou dénoncé par Brecht de « dissoudre les peuples », pour façonner un nouveau peuple docile à ses maîtres.


Elle commence par occulter le passé, par exemple en évitant, dans le préambule du traité, de faire référence aux racines chrétiennes de l’Europe, que beaucoup de laïques ne songent pas à nier, puisque la laïcité doit beaucoup au « rendre à César ce qui est à César » ignoré de l’Islam.


Puis on estompe, voire efface, les frontières. On ne sait même plus où sont les frontières extérieures de l’Union (à l’est de la Turquie ?), qui n’ont pas de protection sérieuse contre l’immigration clandestine, par les carences des accords de Schengen, ni de tarif douanier commun digne de ce nom. Les frontières intérieures sont en pointillés et peuvent être déplacées grâce à la politique de l’Union favorable aux régions, contre les États, et grâce au développement des coopérations transfrontalières financées par la Commission… Des cartes de l’Europe des régions circulent dans les milieux bruxellois, fort inquiétantes pour l’unité des grands États européens hormis l’Allemagne ; elles rappellent par bien des points les projets nazis de 1942 qui faisaient éclater la Grande Bretagne, l’Espagne, la Belgique, la France, en régions ethniques.


L’Union rabote les grandes différences nationales et les repères identitaires les plus forts, et tente d’en faire un « coquetèle » à l’américaine. Ainsi, la libre circulation et le libre établissement des personnes, des entreprises avec leurs « protections » sociales des pays d’origine (Bolkestein…), à l’intérieur de l’Union, l’immigration extérieure et le métissage encouragés, sous le prétexte de « combler le déficit démographique » et même de main d’œuvre de nos pays, tendent à briser l’unité et le ressort de chaque peuple, de le miter d’isolats qui échappent aux lois des pays d’accueil.


Ainsi, les attaques contre la laïcité si étroitement liée à l’identité française, rejoignent - paradoxe seulement apparent ! - le souci d’occulter les racines chrétiennes.


Selon l’Élysée, «les racines de l'Europe sont autant musulmanes que chrétiennes». Notre loi Fillon du 15 mars 2004 interdisant le voile et autres insignes religieux dans les lieux publics deviendrait inconstitutionnelle au regard de la charte des droits fondamentaux intégrée dans le traité proposé à vos suffrages. Selon cette charte: «Toute personne (.) a la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites.»


C’est la même politique que celle d’Ottawa dans les provinces du Canada, particulièrement au Québec.
C’est dissoudre ce qui peut résister, c’est toujours « diviser pour régner ».
Mais aussi, en Europe, régner pour ne rien faire. Le nombre, croissant sans cesse, des États membres, leur absence de consensus sur la plupart des grands sujets, et leurs intérêts opposés, combinés avec la lourdeur des procédures de décision, empêchent des politiques communes dans les domaines linguistiques et culturels, sociaux, de grands programmes d’infrastructures, de projets industriels ambitieux, de coopérations renforcées. En politique étrangère, l’Union ne peut parler d’une seule voix que pour ne rien dire.


Manteaux d’Arlequin, pays mités d’implantations des « communautés » les plus diverses : c’est sans doute là l’idée-force de ce projet de traité. Il s’agit en effet, par les communautarismes, l’élargissement à tout-va, l’admission forcée de la Turquie, l’impuissance organisée d’un super-État obèse et impotent : de rendre impossibles à la fois la permanence de nations fortes, et l’émergence d’une véritable Union-puissance, qui pourraient gêner le règne du marché et l’hégémonisme de l’Empire.

3. Et une Europe non-européenne, féodale, sans Défense indépendante, VASSALE, par Bruxelles, des États-Unis.


On vous a dit qu'adopter la constitution, c'est créer une Europe diplomatiquement forte et indépendante des puissances dominantes de la planète. Leurre !


En réalité, la constitution institutionnaliserait une dépendance permanente de l'Europe à l'égard de l'OTAN et des États-Unis qui dominent cette organisation.
« Europe féodale » selon le Député Brunhes.
Voyez en effet le texte sur la politique de sécurité et de défense commune (PESC) de l’Union : Elle « est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée » dans le cadre de l'OTAN (article I-41-2).
L'expression "indépendance de l'Union", qui figure encore dans le traité de Nice actuellement en vigueur, disparaît dans celui de la prétendue "constitution ".
Qui dit compatible, veut-dire que la politique arrêtée dans le cadre de l'OTAN est la référence et que l'Union s'interdit de mener une politique qui serait "incompatible" avec celle qui est déterminée par l'OTAN, c'est-à-dire par les États-Unis. Il y a donc bien une mise de l'Europe sous la tutelle de Washington.


Une lecture rapide et superficielle du traité nous laisse croire que les décisions seront prises, dans ce domaine, à l'unanimité. Mais à y regarder de plus près, il apparaît que le projet ouvre déjà la voie à un régime de majorité qualifiée (art.III-300, §3). Nous pouvons donc être contraints d'obéir à une disposition contraire à nos choix et incompatible avec notre propre politique : d’immigration, d’aménagement du territoire, industrielle, etc. Mais il y a plus grave. Que se passerait-il en cas de désaccord ?. La réponse est donnée par les articles suivants :
" L'État membre concerné s'abstient de toute action susceptible d'entrer en conflit avec l'action de l'Union...ou d'y faire obstacle" (Art III-300-1)

" Les États membres coordonnent leur action au sein des organisations internationales et lors des conférences internationales. Ils défendent dans ces enceintes la position de l'Union." (Art. 305-1-alinéa 1). "Au sein des organisations internationales... ceux qui y participent défendent les positions de l'Union" (Art. 305-1-alinéa 2). "Les États membres qui sont membres du Conseil de Sécurité [de l'O.N.U.] défendent, dans l'exercice de leurs fonctions, les positions et les intérêts de l'Union." (Art. III-305-2-alinéa 2). Les États membres qui siègent demandent que le ministre des affaires étrangères de l'Union soit invité à « présenter la position de l'Union." (Art. 305-2 alinéa 3).


Songez à l'Irak… Si ce traité avait été en application lors de la guerre, nous eussions été mis en minorité. A la majorité qualifiée, l'Europe eût soutenu l'aventure irakienne. Peut-être même eussions-nous dû envoyer des troupes en Irak !
M. de Villepin eût été réduit au silence. M. Solana fût monté à la tribune pour soutenir la politique américaine et y associer la « vieille Europe » comme la « nouvelle » !


Rien n’est dit de notre force de frappe, ni de notre siège au Conseil de Sécurité des Nations-Unies…Mais il est permis de s’interroger, dans ce contexte, sur leur maintien.
Le vote à la majorité, c’est l’assurance pour l’Empire de la fin du veto français sur ses guerres.
Le Député Jacques Myard parle du « règne de l’inanité sonore et de la paralysie », c’est-à-dire des vaines palabres à Bruxelles, quand des décisions urgentes s’imposent...


Il faut bien voir que nous n’en sommes plus à l’Europe des débuts, celle – lumineuse et séduisante - de la réconciliation franco-allemande et de la paix sur le continent. On veut nous faire entrer dans le carcan d’un nouveau Saint-Empire qui porte la guerre comme la nuée porte l’orage.


Enfin, cet enfermement dans l’Europe otanienne nous coupe, à terme rapproché, de notre grand large, de nos collectivités d’Outre-Mer, et de la Communauté francophone.
Alors que l’on voit mal la Grande Bretagne abandonner le Commonwealth et …elle-même.


Français, chaque fois que, dans son histoire, la France a concentré sa politique étrangère sur l'Europe et oublié son "grand large", elle a été réduite : Louis XV, l'Inde et les " quelques arpents de neige au Canada"; Napoléon et la vente de l'immense Louisiane d'alors... On vous refait un peu le même coup aujourd'hui face aux mêmes « partenaires ».


N'oubliez pas que la France n'est pas seulement européenne. Elle est mondiale. Elle l'est par ses territoires d’Outre-Mer sur tous les continents. Elle l’est encore par sa langue. Elle l'est par une Communauté francophone de plus de 50 pays membres, qui ne sont que pour moitié de ses anciennes colonies. Cette Francophonie a soutenu la voix propre de la France, sa conception d'un universalisme humaniste, fondamentalement distinct de l'universalisme sûr de lui et dominateur de "peuple élu" des États-Unis d'Amérique, et sa lutte, avec le Québec, pour la sauvegarde de l'"exception" ou "diversité" culturelle dans le monde. Cette Francophonie qui est laboratoire de dialogue des cultures, à l'opposé de la conception de Huntington sur le "choc des civilisations", à l'opposé de l'Empire et des guerres dans lesquelles il veut nous entraîner, on veut la dissoudre.


Le traité proposé achèverait d’empêcher la politique étrangère de la France de "marcher sur les deux jambes", en nous amputant de notre grand large et nous condamnant à une seule prothèse européenne mal articulée. La mort de la Francophonie et de la voix originale de la France y est inscrite en filigrane assez visible.

4. Vous perdez votre CITOYENNETE actuelle, réelle, pour un titre illusoire de « citoyen de l’Union », d’une machine non-démocratique. Refusez le TOTALITARISME d’une pensée unique.

On vous a dit : « Il est bien normal que l'Europe ait, elle aussi, sa constitution pour établir son organisation et définir son fonctionnement. »


En réalité, l'Union, qui n'a pas attendu ce traité pour avoir ses règles, veut aller beaucoup plus loin par sa « constitution » et par la charte des droits fondamentaux, qu’elle intègre et qui s’imposerait au préambule de la Constitution française inspiré de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Les promoteurs du traité veulent, en fait, que l’Union ait ses propres citoyens, et définisse leurs relations avec elle. Ils veulent, aussi et surtout, graver dans le marbre, pour longtemps sans doute si l’on tient compte de la difficulté de réviser la « constitution », les orientations fondamentales imposées à tous de politiques de défense, d’actions extérieures, économiques sociales. En ce sens, il ne s’agit pas d’une constitution classique, qui ne contient surtout pas d’orientations politiques, mais d’un traité éternel à la fois de libre échange, d’alliance, de défense, et de culture hors sol d’un nouveau peuple, enfermé dans un « Occident » américain.


Ce que ce traité contient, en effet, est bien loin de se borner à des règles de fonctionnement. C'est surtout, dans sa partie III, la définition des politiques, à laquelle sont consacrés 322 articles sur un total de 448, soit 72 % du total, et peu débattus en Convention!


La constitution française tient sur 16 pages. Le traité prend 474 pages au JO de l’Union. Alors qu’un des objectifs de l'exercice d'élaboration d'une constitution européenne était la simplification des traités existants. On est loin du compte!
Si vous n'êtes pas d'accord avec tel des nombreux articles de la politique de l’Union, vous êtes hors la loi. C'est la pensée et l’action uniques obligatoires…


Vous êtes aujourd’hui encore citoyens d’une République, d’un État vaille que vaille démocratique. Vous pouvez encore, par votre vote, votre presse, vos livres, vos manifestations, vos grèves, voire vos contacts personnels, peser sur des gouvernants relativement proches. Demain, on vous donnerait la « citoyenneté de l’Union », mais vous seriez, en fait, privés de vos droits de citoyen. Vos gouvernants nationaux n’auraient plus de pouvoirs, transférés aux organes lointains et étrangers, non élus ni renversables par vous, de l’Union. Dans une machine totalitaire, non démocratique.


Le vide démocratique est en effet vertigineux.


Dans cette « constitution » presque impossible à réviser une fois adoptée, on ne trouve pas de véritable séparation des pouvoirs. Une Commission très bureaucratique s’arroge l’essentiel des pouvoirs, sans sanctions ni contre-pouvoirs réels. Les pouvoirs du Parlement européen, dont on vous dit qu’ils sont renforcés, l’ont certes été, au moins en apparence, mais plutôt au détriment du Conseil, donc des États. Quant aux pouvoirs des Parlements nationaux, ils sont réduits, vis-à-vis de l’Union à un « droit de pétition », de remontrance ou supplique en quelque sorte, adressée à un Roi Prodi, ou Barroso, ou Giscard ? lointain, comme sous l’Ancien Régime. Une farce ; et une régression.


Dans son livre « Rappel au règlement », M. Pierre Mazeaud, aujourd’hui Président du Conseil Constitutionnel, écrivait il y a quelques années à ce propos : « C’est insupportable, inadmissible, inacceptable. »


Et que dire des organes très importants de décision qui échappent totalement à tout contrôle, tant des gouvernements, parlements et citoyens nationaux, que des institutions principales de l’Union elles-mêmes ? C’est le cas de la BCE (Banque centrale européenne), (Article III 188). Vous avez entendu M. Trichet à Strasbourg : « I am not a Frenchman ».


Vous savez déjà ce qu’il risque d’advenir de notre laïcité. Eh bien ! Un autre pilier constitutionnel de votre citoyenneté, l’égalité de tous devant la loi, perd beaucoup de sa force dans le projet de traité. A la place de l’Égalité qui n’admettait de distinction que fondée sur « l’utilité commune », les « vertus » ou les « talents » des individus, le traité consacre la discrimination positive en faveur des minorités culturelles, religieuses et sexuelles (article II-83 de la charte).


Du passé table rase, éradication, « devoir de mémoire » à rebours. Devoir d’oubli et de déracinement : déboussolage et décervelage sont les deux mamelles de l’Union. Ce traité achève de transformer nos peuples en magmas de « communautés » ethniques, religieuses, sexuelles…, de consommateurs et robots dociles, aux langues et cultures abâtardies, en foules anonymes, dénoyautées, livrées au marché et aux multinationales. Ratifié, il ouvrirait une ère totalitaire d’un autre âge, en ce siècle où il faudrait une Europe de la modernité, de la souplesse, de la géométrie variable, et de la démocratie.

5. Le traité « voleur d’âmes » renforce la dépossession, jusqu’ici insidieuse, des cultures et des LANGUES européennes, au profit de l’anglais.


On vous a dit que la constitution européenne respecterait l'identité des nations et que la « diversité culturelle » et linguistique serait sauvegardée.
En réalité, notre « exception culturelle » serait abolie comme d’autres.


Selon le traité, les actions de soutien à la culture seraient prises à la majorité : d’autres membres, aisément coalisés, pourraient imposer l'action culturelle à mener en France (article III-280). Fin, entre autres, du cinéma français jusqu’ici protégé par nos quotas : voyez : on ne vous traduit déjà plus les affiches des films américains...


Les garanties négociées en matière d’exception culturelle – édulcorée en « diversité culturelle » - sont très en retrait par rapport à celles obtenues par l’Angleterre sur l’Europe sociale : la France (pour ne citer qu’elle, mais c’est elle d’abord qui est en pointe et en butte dans ces domaines…) devra établir la preuve que telle décision majoritaire menace ses intérêts, puis rassembler des alliés pour obtenir un vote à l’unanimité, bien problématique. En cas de désaccord avec la Commission, ce sera à la Cour européenne de justice de trancher, à elle qui a généralement tranché dans le sens « communautaire » et sera peut-être portée à le faire encore plus sur la base de ce traité.


Par une véritable « ex-sanguino-transfusion », jusqu’ici lente et subreptice, mais accélérée au grand jour si le traité est ratifié, on substitue l’anglo-américain, langue du maître, aux langues continentales, notamment au français.


L’affaire est déjà très avancée à Bruxelles. Mais elle l’est aussi chez vous et aboutirait avec la « constitution ». Les congrès scientifiques en France sont de plus en plus en anglais, à l’avantage énorme des anglophones maternels. Dans nos grandes entreprises « mondialisées », on vous demandera de ne parler qu’anglais si vous voulez y être employés, y rester, et y être promus aux échelons de décision. Il se passera ensuite ce qui se passe déjà à Bruxelles : une discrimination ethnique, presque raciale : les anglophones maternels parlant décidément mieux anglais que les autres, quelles que soient leurs compétences par ailleurs et les sommes importantes englouties dans l’apprentissage de l’anglais dans les prospères officines anglaises, les employeurs préfèreront toujours les originaux aux copies. Vous serez remplacés par des Anglais, des Irlandais, au besoin par des Hollandais ou Scandinaves plus proches que vous du modèle humain supérieur.


Savez-vous que la « directive Bolkestein » (voir plus loin) est déjà partiellement appliquée chez nous, par anticipation, grâce à une astuce de la réglementation européenne ? Dans nos plus belles stations de sports d’hiver, des Anglais acquièrent des hôtels où il font venir le personnel, et même les moniteurs de ski, de divers pays, aux conditions « sociales » bien moins généreuses de la Grande-Bretagne, et que tout s’y déroule en anglais, y compris les menus ? Vous vous entendez dire « Sorry, we don’t speak French !…comme aux beaux temps du « speak white ! » au Québec)


En outre, au mépris de vos lois actuelles et du principe de précaution, Bruxelles réussira enfin à éliminer l’obstacle à la libre circulation et au marché sans frontières qu’est la traduction en français des étiquettes, des modes d’emploi, des notices de composition, de tous produits qui circulent dans le commerce, y compris les produits alimentaires et pharmaceutiques. La Cour, déjà, l’avait exigé. Tant pis pour ceux qui ne savent pas lire l’anglais. On leur fera, à la rigueur, des petits dessins.


Français, on ne vous ménage plus, on vous manage comme des esprits déjà conquis, des colonisés qui ne doivent plus s'encombrer de leur langue de vaincus!


C'est implicite dans le projet qui pose l'absolue primauté du droit européen sur les droits nationaux, y compris constitutionnels. Il ne faudra que très peu de temps, si vous ratifiez cet abandon suprême, pour voir vider de leur substance la "loi Toubon" et même l'article de notre Constitution : « la langue de la République est le français »!

6.- Cherchez la dimension SOCIALE : elle est INTROUVABLE.

On vous a dit : « Pour la première fois, un traité européen apporte une avancée substantielle en matière sociale »
En réalité, ces affirmations ne sont guère étayées dans le texte, sinon par une formule bien ambiguë empruntée à l’Allemagne : « économie sociale de marché » dont on ajoute qu’elle doit être « hautement compétitive », dans un marché intérieur où « la concurrence est libre et non faussée ». Non faussée par les services publics, notamment ?


Dans le traité, au chapitre social, on ne trouve qu’un décalque des dispositions bien peu contraignantes en vigueur actuellement.
Le choix idéologique de l’ultra-libéralisme (voyez le point 7 ci-dessous) annonce l’effacement de ce qui était naguère le modèle social de la vieille Europe, fondé sur les droits collectifs, des biens communs, une protection sociale, l’intérêt général, des services publics, un code du travail.
La charte transforme l’actuel « droit au travail » en simples « droit de travailler et liberté de chercher un emploi » (art.II-75). Où est le progrès social ?


Notez que pour les règles libérales du traité, le social et la fiscalité, la règle de l’unanimité est maintenue. La « dimension sociale » est donc réduite pour longtemps, jusqu’à ce que tous les signataires du traité se mettent d’accord pour lui donner un peu plus de consistance…Le politique et le social sont subordonnés durablement à l’économie.


Quant aux services publics, voyez le point 7 ci-après, notamment sur les aspects sociaux de la directive Bolkestein.

7.-Le traité, dans son ultra-libéralisme, renforce l’entreprise communautaire de DÉPRESSION ÉCONOMIQUE des États fondateurs :

- Il traduit une idéologie d’ultra-libéralisme économique, destructrice des protections :
Selon le député Brunhes, dans le traité on ne trouve nulle part les mots « fraternité, laïcité », « souveraineté nationale », mais 88 fois « marché », 29 fois « concurrence », 23 fois « capitaux ».
On vous a dit : « L'Union fait la force. La force de l’économie » (de qui ?)…


En réalité, depuis trente ans, l'Europe et la France se désindustrialisent. Notre Prix Nobel Maurice ALLAIS vous le dit. Les performances économiques de la zone euro sont constamment inférieures à celles des États membres hors euro (croissance plus faible, hausse des prix et chômage plus forts). Cela à cause de l'ultra libéralisme hostile aux protections de l'économie européenne. Or le traité officialise cette idéologie. Il démonte les colbertismes nationaux et empêche tout volontarisme au niveau de l’Union.


Lisez le traité : « L'Union contribue …à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux investissements étrangers directs, ainsi qu'à la réduction des barrières douanières et autres » (article III-314).


Les États ne peuvent reprendre la main. Voyez les verrouillages :
Ils sont pris dans un pacte de stabilité (stupide aux dires de M. Prodi lui-même).
La politique de la concurrence et les négociations commerciales internationales relèvent de la Commission, hors de contrôle. La Cour de Justice est le gendarme qui garantit cette compétence quasi exclusive. La BCE applique une politique libérale et monétariste plus intransigeante que celle de la Banque fédérale américaine.


Et même les « coopérations renforcées » que plusieurs États pourraient décider de mener ensemble, sont assorties de tant de garde-fous qu’elles en deviennent très improbables. Lit de Procuste…


Cela de peur qu’elles n’échappent à la Commission, ne laissent de côté tel ou tel État, ou ne déplaisent au maître.
On l’a bien vu récemment avec le projet Galileo (échappant pourtant en bonne partie à la Commission), qui permet de se libérer de la dépendance du GPS américain. Après d’interminables négociations bruxelloises (une dizaine d’années !…), sa construction a été finalement décidée, mais sous réserve que ce projet qui fait de l’ombre aux Américains n’ait pas d’application militaire !


- Les SERVICES PUBLICS sont abandonnés aux caprices de l'Union ultra-libérale :
On vous a dit : « le traité va enfin respecter les services publics à la française. »
En réalité, c'est le contraire : le traité ne connaît ni « services publics », ni « services d’intérêt général », mais seulement des « services d’intérêt économique général » dont le sort serait livré aux caprices de la législation européenne.


En effet, la loi européenne en fixe « les principes et les conditions de fonctionnement » (article III-122).tout en spécifiant bien que les entreprises chargées de leur gestion sont « soumises aux règles de la concurrence » (art.III-166)
On voit bien, à l’exemple récent de la proposition de « directive Bolkestein », où pourrait aller la « loi européenne ». Cette directive prévoit, sous couvert de libéralisation des services, le démantèlement de tout notre modèle économique et social. Cette directive équivaut à une révolution aux multiples conséquences juridiques, fiscales, économiques et sociales, quand on sait que plus de 70% de nos emplois relèvent du secteur des services. C¹est toute la vie quotidienne des Français qui en serait bouleversée : baisse des salaires, nivellement par le bas de la protection sociale, concurrence déloyale pour nos PME, insécurité juridique, multiplication des délocalisations. Il y a grande urgence à s¹opposer à cette directive qui consacre l¹ultra libéralisme.


A titre d¹exemple, une entreprise d¹intérim polonaise (ou turque ?) pourra exercer en France tout en étant soumise au droit du travail polonais : salaires polonais, protection sociale polonaise, réglementation du travail polonaise, normes de sécurité polonaises, règles de qualité polonaises...C¹est la fin programmée du modèle de protection sociale français. Le seul moyen de rejeter la directive Bolkestein, c¹est de voter Non au projet de « constitution européenne » : en effet, après son adoption, il sera trop tard, car tout le droit européen s¹imposera définitivement à tous les droits nationaux.


- L’aménagement du territoire est confisqué par l'Union.
On vous a dit que le traité confirmerait les « fonds structurels », servant à aider les États membres et les régions défavorisées. Bonne chose en principe pour la solidarité.
En réalité, le système est critiquable, non dans sa finalité, mais dans ses modalités. Une fraction importante des ressources financières des fonds structurels ne fait que revenir aux mêmes pays qui les ont fournies en contribuant au budget européen. Mais toute la "gloire" de l'opération en revient à la Commission européenne.
Bien qu'elle ait pris les sous dans la poche droite de Jacques ou de Paul pour les glisser dans sa poche gauche.
Le hic est que les régions s’adressent de plus en plus directement à Bruxelles, qui tend à en profiter pour mettre en œuvre sa politique régionaliste et anti-États.


Aides énormes, alors que les aides nationales aux entreprises sont pour la plupart interdites au nom de la concurrence. Et alors même que Bruxelles a été jusqu’ici totalement incapable de définir et mettre en œuvre de véritables politiques industrielles, de grands travaux et de grandes infrastructures, qui sont les meilleurs facteurs d’aménagement du territoire.


Voyez le traité (Fonds structurels: articles III-220 à III-224. Interdiction des aides d'État: article III-167).
L’agriculture française est sacrifiée elle aussi à l’idéologie ultra-libérale :
On vous a dit que la politique agricole commune était un modèle de politique totalement intégrée.
En réalité, si cela a été assez vrai dans le passé, ce ne l'est plus du tout. Avec l'ouverture des frontières, les prix européens ont rejoint le niveau profondément déprimé des prix mondiaux, ruinant une proportion croissante des exploitations agricoles. Cela n'a pas ému les Lamy et Fischler, ex-Commissaires chargés des négociations commerciales et de l'agriculture.
Le traité, par son idéologie ultra-libérale et libre-échangiste, donne sa bénédiction à la poursuite de la même politique.

8 Personne ne vous parle du budget européen.

On vous a même dit que France, Grande Bretagne, Allemagne, s’opposent à son augmentation. Ne soyez pas rassurés. En effet, l’accumulation des compétences transférées à l’Union par la « constitution » serait telle qu’il lui faudrait beaucoup d’argent pour couvrir les dépenses en découlant. Super-État, l’Union pourrait lever directement sur « ses citoyens » d’importants impôts directs et indirects s’ajoutant à ceux que vous payez aux communes, départements, régions, État. Cette superposition de l’impôt européen est la conséquence la plus soigneusement occultée de l’actuelle « construction communautaire ». A vos poches !

9.- Voyez la « turquerie » dans l’admission enclenchée de la TURQUIE.

On vous a dit : constitution proposée et éventuelle adhésion de la Turquie sont deux questions indépendantes qui ne doivent surtout pas interférer.


En réalité, ces questions sont liées. Si on fait entrer la Turquie dans l'Union européenne, vu son poids démographique (70 millions d’habitants, 100 en 2035), on lui livre l'Union. Si, conformément au projet de traité, on livre à l'Union tous les pouvoirs, alors on livre à la Turquie tous les pouvoirs! Cette admission promise porte en germe des conflits dont on reporte les lourds effets sur les générations futures.


Pour complaire à tous ceux (d’abord aux États-Unis) qui veulent l’entrée de la Turquie, on a besoin d’une « constitution » qui donne à l’Union la personnalité juridique, en fait un État supérieur qui lève l’impôt directement et alimente ainsi, notamment, les énormes « fonds structurels » nécessaires au rattrapage économique d’une Turquie encore très arriérée dans le développement de ses régions. Le traité est déjà tourné vers cette perspective. La référence aux racines chrétiennes a été ôtée du préambule surtout pour ne pas froisser les Turcs.


Du reste, le Premier Ministre turc fut, à Rome, invité à signer le texte du Traité, comme s’il eût été hors de doute que la Turquie serait admise !…Alors qu’elle pratique le négationnisme sur le génocide arménien et occupe militairement un pays membre de l’Union (Chypre) qu’elle refuse même de reconnaître! Qui dicte les conditions d’adhésion ? La Constitution, qui s'engage à respecter les minorités et les diversités culturelles et religieuses, renonce de ce fait à intégrer l'islam dans le modèle européen et à consolider une communauté de destin. Ce n'est pas rien. La Constitution, lue dans la perspective d'une adhésion de la Turquie, se prête à ce pari osé visant, au nom du pacifisme et du respect de l'autre, à laisser islamiser en catimini une Europe laïque. Idée reprise dans les discours officiels des actuels dirigeants européens, qui vantent les bienfaits d'une Europe culturellement métissée et économiquement libre-échangiste, et qui réécrivent l'histoire des invasions et terribles oppressions ottomanes.

10. Sachez-le : il y a une VIE APRES le « NON» :


On vous prédit une catastrophe épouvantable si la France dit « non » (comme peut-être la Grande Bretagne après elle) : fin de l’espoir européen de réconciliation et de paix, du rêve de puissance, déclin; isolement, punition du pays traître à sa propre idée, à Victor Hugo, voire à de Gaulle !…
Faux ! L’idée française sur l’Europe n’a jamais été d’effacer les nations et de les soumettre à une commission américaine, mais de les faire travailler ensemble à la paix et à des œuvres communes librement décidées.


Si le traité est rejeté par notre peuple, avant d’autres, qui oserait « punir la France »? Alors que beaucoup d’Européens en seraient soulagés? Même les États-Unis ne l’oseraient pas. « A l’Ouest, rien de nouveau » la paix d’avant l’Union continuerait à régner.


L’Europe ne s’arrêterait pas de tourner : le traité de Nice existe. Mauvais, certes, selon ses propres pères. Mais quelle idée saugrenue d’écarter un mauvais traité pour le remplacer par un bien pire ! Il reste en vigueur jusqu’en 2009. C’est le « oui » qui serait une plongée dans le chaos.


Un « non » donnerait aux États européens tout loisir de remettre tout d’aplomb et de négocier une autre Europe, Union libre d’États-Nations souverains, en coopération intense, mais à la carte, et sans la Commission de Bruxelles sur le dos. Pour des Airbus et des Ariane, grands succès qui ne doivent rien (contrairement à des présentations officielles récentes, éhontées) à cette Commission d’eurocrates, mais tout à quelques Etats qui ont librement décidé de les bâtir ensemble. Et surtout pour une civilisation européenne de la diversité, impossible sous la Bruxelles atlantique.


Remettre tout d’aplomb, c’est faire abroger les traités de Maëstricht et postérieurs, et repartir d’un bon pied, sur la base du traité de Rome (1957).

En somme : un NON qui est un oui pour refaire une Europe des Nations, en gardant la France. L'Union européenne était la fille de nations déjà en paix. Depuis vingt ans, elle en est devenue la marâtre. Mélange d’ancienne Union soviétique et de Saint Empire romain germanique porteurs de guerres.


Abandonnées mollement, par incurie, dans ce traité, les conceptions originales, crues universelles, de la France : Nation, République, État, citoyenneté, démocratie, laïcité…Cette « Euraméricanie » l’efface et la nie.


En 1420, le traité de Troyes, signé – déjà ! - dans l’indifférence par la régente Isabeau de Bavière, a précédé de peu le sursaut du peuple et du Royaume avec Jeanne d’Arc.


En 1954, le rejet du traité C.E.D a permis à la République de redonner à l'Europe des bases assainies et de signer dès 1957 le Traité de Rome, endossé en 1958 par de Gaulle.
En 2005, un "non" français au 3ème traité donnerait une nouvelle chance à l'Europe vraie, celle de la diversité et de la liberté.

Ce sera l’honneur de la France d’être la première à « porter haut et fier » ce « non », car son nom rime avec Résistance.

Sources : http://www.jeune-france.org/Argumentaire%20Non%20Europe.htm

Par EVANGELIZT
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 27 mai 2006

Le retour du "non" de gauche

par Michel Soudais

Un appel signé par des formations politiques, dont le PCF, et des personnalités opposées au projet de Constitution européenne relance la perspective d’un rassemblement antilibéral porté par des candidatures communes. De quoi modifier le rapport de force à gauche.

Est-ce l’impossible qui prend forme ? Un nouvel appel « pour un rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes » en 2007 fait renaître l’espoir d’un prolongement politique à la victoire du « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen. Lancé à la veille des assises nationales des collectifs du 29 mai, ce texte a été bien accueilli par les 355 délégués venus adopter une Charte antilibérale appelée à constituer le « socle commun », selon l’expression de Claude Debons, d’un possible programme électoral de ce rassemblement. Diffusé à grande vitesse par courriels sur les listes de diffusion de multiples réseaux politiques et sociaux, cet appel a été lancé par une cinquantaine de personnalités et, fait nouveau, cinq organisations politiques, dont le PCF.

Fin novembre, un premier « appel pour des candidatures unitaires en 2007 et 2008 » avait déjà lancé le débat. Suscitant ici et là des réunions et regroupements, le nombre de ses signataires n’a pas cessé d’augmenter ­ ils étaient plus de 5 400 la semaine dernière ­, dissuadant la LCR et, dans une moindre mesure, le PCF de se lancer prématurément dans une campagne présidentielle autonome (Politis, n° 892). L’appel que nous publions intégralement ci-contre va plus loin. Il propose la « création d’un collectif national d’initiative » et de collectifs locaux, constitués sur le modèle des collectifs unitaires à l’origine de la dynamique de la campagne du « non » de gauche au traité constitutionnel. Mais sans les absorber. Les assises ont opté pour une complémentarité de la démarche des « collectifs du 29 mai » et des « collectifs d’initiative » à finalité électorale. Yves Salesse a évoqué à ce propos la nécessité de mener « un travail de conviction plutôt que d’éviction », ce qui serait le cas si les syndicats (Solidaires) et certaines associations (Attac), membres des collectifs du 29 mai, étaient forcés à les quitter à la suite de leur transformation en regroupement électoral.

Ce nouvel appel ne se contente plus seulement d’appeler à des candidatures unitaires sur un contenu défini par l’antilibéralisme. Il y ajoute un objectif : « Une majorité et un gouvernement qui appliquent une politique au service du peuple » ; la volonté de se battre « pour gagner », ce qui suppose de « bouleverser le rapport de force à gauche » afin que le choix d’une « rupture avec le cadre libéral » y soit « majoritaire ». Il explicite aussi la démarche jusque-là elliptique de ces candidatures, tant sur les moyens de mener la campagne que sur les contours des « collectifs d’initiative » en vue « d’échapper à la dérive présidentialiste encouragée par les institutions ». Surtout, il clarifie la question d’un second tour éventuel à la présidentielle en prenant position pour un désistement ­ « Nous nous mobiliserons pour battre la droite et l’extrême droite » ­, et affirme tout aussi clairement le refus de participer « à un gouvernement qui serait dominé par le social-libéralisme ».

L’autre nouveauté de cet appel réside dans la nature de ses signataires et l’arc des forces politiques qu’ils représentent. Six organisations, le Collectif pour l’écodéveloppement et cinq formations politiques l’ont signé, bien qu’aucune d’entre elles ne puisse prétendre être à l’initiative du texte : les Alternatifs, Convergence citoyenne, la Gauche républicaine, le Mouvement pour une alternative républicaine et sociale (Mars) et le PCF. L’engagement de ce dernier constitue en soi un événement. La signature du PCF, débattue au sein du comité exécutif national, le 9 mai, où elle a été approuvée à une très large majorité (38 pour, 6 contre et une abstention) est un feu vert à destination des militants communistes « invités à s’investir dans cette démarche en participant aux collectifs ».

Une cinquantaine de personnalités, connues pour avoir mené la campagne du « non », figurent parmi les premiers signataires. Outre des responsables des organisations politiques déjà citées, on y trouve le chercheur altermondialiste Raoul Marc Jennar, les économistes Jean-Paul Hébert et Michel Husson, le politologue Réné Mouriaux, le philosophe Michel Onfray, le président de la Fondation Copernic, Yves Salesse, le médecin et éditeur Patrick Silberstein, ou les sociologues Pierre Cours-Salies et Jean-Pierre Terrail. Mais aussi des syndicalistes comme José Bové ou Christophe Aguiton, des militants associatifs engagés dans les combats antiraciste, féministe ou en faveur des chômeurs. L’éventail politique comprend encore l’adjointe au maire de Paris, Clémentine Autain, trois Verts ­ Francine Bavay, Michel Bourgain, Benoist Magnat ­, et des proches de Jean-Luc Mélenchon, membres de Pour la République sociale (PRS). Dans un communiqué, son vice-président, René Revol, par ailleurs membre du PS, Charlotte Girard et David Gipoulou expliquent vouloir « aider à l’union de la gauche des ruptures », union qui « prendra place dans le cadre d’une large union des gauches sans exclusive », conformément à la stratégie arrêtée lors de la convention nationale de PRS, début avril. Enfin, quatre membres minoritaires du bureau politique de la LCR, Alain Faradji, Céline Malaisé, Christian Picquet et Francis Sitel, ont paraphé l’appel.

Sources : Politis

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 19 juillet 2008

Villiers propose un 'traité refondateur'


«Que l'on respecte le non du peuple irlandais, au lieu de le piétiner, comme on l'a fait pour le non français et néerlandais en 2005», déclare Philippe de Villiers après le rejet du traité de Lisbonne par l'Irlande. Dans une interview accordée au Figaro publiée le 30 juin, sa première depuis un an, l'ancien candidat à l'Élysée reproche au chef de l'État de «nous conduire doucement vers une adhésion de la Turquie». Il annonce le lancement de sa campagne pour les élections européennes de 2009. "La France ne doit pas être le «petit télégraphiste» des fédéralistes de Bruxelles, Francfort et Berlin. Je lance un appel à Nicolas Sarkozy pour qu'il saisisse l'occasion de la présidence française pour remettre l'Eu­rope d'aplomb. Il faut un traité refondateur, reposant sur le rétablissement du compromis de Luxembourg, c'est-à-dire le droit de veto des États pour tout ce qui touche à leurs intérêts vitaux ; la fin du monopole d'initiative législative de la Commission de Bruxelles ; et la libre initiative donnée aux États de dessiner des cercles de coopération à géométrie variable."

 LE FIGARO. Vous êtes resté quasiment silencieux depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, il y a plus d'un an. Pourquoi ?

Philippe de Villiers.
Au second tour de l'élection présidentielle, j'ai voté pour Nicolas Sarkozy, avec qui j'ai toujours eu de bonnes relations sur le plan humain. Il était donc naturel pour moi de laisser agir le nouveau président de la République, et de ne pas critiquer systématiquement ses premières réformes. Un homme public qui parle tout le temps court le risque de ne plus être entendu. Après quinze ans de combats politiques sur le plan national, j'éprouvais également le besoin de faire une cure de silence, de me réenraciner, d'observer et de réfléchir. En mars, j'ai été réélu président du conseil général de Vendée. Au lendemain du non irlandais au traité de Lisbonne, la situation m'impose de prendre la parole, car la France et l'Europe vont mal.

Quelles leçons tirez-vous du non irlandais ?

Il est à craindre que la machine bruxelloise cherche à passer en force. Or, le droit international est clair : quand un seul État ne ratifie pas un traité, ce traité est caduc. Je demande que l'on respecte le non du peuple irlandais, au lieu de le piétiner, comme on l'a fait pour le non français et néerlandais en 2005. La France ne doit pas être le «petit télégraphiste» des fédéralistes de Bruxelles, Francfort et Berlin. Je lance un appel à Nicolas Sarkozy pour qu'il saisisse l'occasion de la présidence française pour remettre l'Eu­rope d'aplomb. Il faut un traité refondateur, reposant sur le rétablissement du compromis de Luxembourg, c'est-à-dire le droit de veto des États pour tout ce qui touche à leurs intérêts vitaux ; la fin du monopole d'initiative législative de la Commission de Bruxelles ; et la libre initiative donnée aux États de dessiner des cercles de coopération à géométrie variable. Si Nicolas Sarkozy ne s'engage pas dans cette voie, il ne sera pas le chef d'un État libre, mais le gouverneur d'un État croupion. Quelle révolte faudra-t-il, quel cri de colère des citoyens sera nécessaire pour que nos hommes politiques acceptent de voir la réalité en face ?

Vous souhaitez être candidat aux européennes de 2009, tout comme Nicolas Dupont-Aignan. Avez-vous les moyens de votre ambition ?

J'ai quelques références qui parlent d'elles-mêmes. Et mon devoir est aujourd'hui de faire entendre une voix indépendante et d'être un artisan d'unité. Je vais lancer notre campagne européenne lors de l'université d'été du Mouvement pour la France, qui aura lieu le 21 septembre à Paris. Le scrutin de 2009 sera un scrutin référendaire sur la construction de l'Europe. Pour mener cette grande bataille et défendre les intérêts de la France, l'union de tous les «euroréalistes»  terme que je préfère à celui d'«eurosceptiques», forgé par nos adversaires  est indispensable. Je ferai donc tout mon possible pour bâtir à l'automne une confédération des euroréa­listes français, qui partagent les mêmes valeurs : le respect des peuples et des identités nationales. Et je mettrai aussi tout en œuvre pour rapprocher les mouvements euroréalistes dans tous les pays de l'Union européenne, avec une devise simple : «Oui à l'Europe, non à Bruxelles !»

Pourquoi les deux députés du MPF ont-ils voté contre la réforme des institutions ?

Parce que cette réforme est un faux-semblant. La seule réforme qui vaille, c'est de rapatrier nos pouvoirs législatifs transférés à Bruxelles. On ne peut pas renforcer les pouvoirs du Parlement alors que nous avons transféré soixante domaines de compétences à Bruxelles, notamment tout ce qui touche à la vie économique, à la politique de l'immigration et à l'environnement. Nous demandons au président de la République de respecter sa promesse de campagne : suspendre dès maintenant les pourparlers avec la Turquie, au lieu de laisser ouvrir trois nouveaux chapitres de négociation. Depuis un an, le gouvernement nous conduit doucement vers une adhésion de la Turquie à l'UE en supprimant le référendum dont on nous explique maintenant qu'il est superfétatoire.

Que pensez-vous de l'Union pour la Méditerranée, chère à Nicolas Sarkozy ?

C'est la mer qui accouche d'une souris. L'Union pour la Méditerranée est devenue un grand machin qui va jusqu'aux rivages de la mer du Nord, et inclut tous les pays européens, jusqu'à la Lettonie ! La Jordanie et l'Algérie ont fait part de leur opposition à cette dérive du projet d'Union méditerranéenne, qui va permettre de faire flotter à Bruxelles les drapeaux des pays du Sud et d'étendre l'influence de la Commission. C'était une très bonne idée qui a dégénéré en nébuleuse technocratique et créé un peu plus de confusion.

Source : Le Figaro, 30 juin 2008

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 19 juillet 2008

par Paul-Eric Blanrue

« Si le mouvement national contemporain ne veut pas se contenter de rééditer les anciennes tragédies amères de notre histoire passée, il doit se montrer capable de s’élever au niveau des exigences de l’heure présente ».

James Connolly (1868-1916), fondateur de l’Irish Republican Socialist Party

« Donnez-moi un point d’appui et un levier et je soulèverai la Terre. » Archimède

« Pensez-vous tous ce que vous êtes supposés penser ? » Tyler Durden

« Ce que nous devons conquérir, la souveraineté du pays, nous devons l’enlever à quelqu’un qui s’appelle le monopole. Le pouvoir révolutionnaire, ou la souveraineté politique, est l’instrument de la conquête économique pour que la souveraineté nationale soit pleinement réalisée ». Ernesto Guevara.

À chaque époque, ses contradictions. L’une des contradictions majeures de notre temps, se déroulant dans la pratique sociale et politique, se présente sous la forme d’une lutte à mort entre les puissances convergeant vers l’homogénéisation planétaire et les mouvements résistant à ce processus. Largement utilisés depuis les années 1980, les termes de mondialisation et de globalisation traduisent l’action des puissances homogénéisantes.

Qu’est-ce que la mondialisation ?

L’intégration croissante des économies dans le monde, au moyen des courants d’échanges et des flux financiers. Elle se définit par les transferts internationaux de main-d’œuvre et de connaissances, et les phénomènes culturels et politiques que ceux-ci engendrent. Les principales caractéristiques en sont : la concentration de la production et du capital sous forme de monopoles ; la fusion du capital bancaire et industriel ; l’exportation massive des capitaux ; la formation d’unions transnationales monopolistes se partageant le monde ; la fin du partage territorial du monde entre les puissances capitalistes.

La mondialisation actuellement en œuvre est une forme avancée de l’impérialisme capitaliste apparu au début du XXe siècle. Étant donné ses conséquences constatables et prévisibles (mort des cultures, disparition des particularismes, avènement du positivisme néo-kantien bêtifiant, anéantissement de la pensée critique, massification, dressage cognitif, crises économiques et guerres récurrentes, désintégration des religions occidentales et moralisme morbide subséquent, etc.), la mondialisation apparaît, à sa limite, comme un « holocauste mondial », ainsi que l’a définie Jean Baudrillard.

Du côté de la résistance organisée et spectaculaire - les mouvements altermondialistes et anti globalisation qui défilent dans les médias - règne la confusion la plus grande. L’ambiguïté de la critique qu’ils adressent à la mondialisation et la limite des solutions qu’ils proposent se révèlent patentes si on les passe au tamis d’une critique impartiale. Pétris de bonnes intentions (remarquons à leur actif un notable appel à voter non au référendum sur le Traité européen), les altermondialistes sont aussi, au fond, les meilleurs alliés de la mondialisation capitaliste.

La diversion altermondialiste

D’abord, les altermondialistes sont des gestionnaires, et non des critiques radicaux. José Bové s’en vante : « A Seattle, dit-il, personne ne brandit le drapeau rouge de la révolution chinoise, ni le portrait du Che, ni la victoire révolutionnaire dans un pays devant bouleverser les autres ; c’est bien fini et c’est porteur d’espoir ».

Les altermondialistes vitupèrent en effet le capitalisme, mais n’ont en fait nulle intention de le renverser. Ils désirent seulement l’amender. La taxe Tobin, le prélèvement qu’ils veulent instaurer sur les transactions spéculatives, ne s’attaque en réalité qu’à une infime partie de la spéculation et cache le fait que la crise du capitalisme ne porte pas uniquement sur la spéculation mais sur l’ensemble du capitalisme. La crise générale du capitalisme a pour trait distinctif l’accentuation extrême de toutes les contradictions de la société capitaliste. Et ces contradictions sont aujourd’hui portées à un point d’incandescence jamais atteint.

La campagne pour la suppression des paradis fiscaux, autre thème de campagne des altermondialistes, vise quant à elle à moraliser le capitalisme. Mais, à nouveau, la spéculation et les trafics financiers ne sont nullement la cause de la crise. Ils sont seulement la conséquence directe de l’impasse où est acculé le mode de production actuel. Aucune mesure de ce type n’empêchera jamais la crise de se poursuivre ni d’étendre ses ravages.

Au lieu de proposer une alternative efficace, les altermondialistes militent pour un système de redistribution à l’intérieur du capitalisme : les pays riches doivent partager leur richesse avec les pays pauvres, les patrons avec ceux qu’ils exploitent, etc. Ils espèrent ainsi qu’un capitalisme revu et corrigé sera porteur de justice, perpétuant l’utopie d’un capitalisme viable, à orienter dans un sens favorable. Pourtant, il n’y a pas de société « juste » dans le cadre du capitalisme dont l’essence conflictuelle nourrit des antagonismes en cascade. La seule réponse historique valable est de le dépasser, d’abolir le salariat en développant les luttes contre l’exploitation de la force de travail et les rapports capitalistes de production.

Les altermondialistes croient au soft-capitalisme, au capitalisme à visage humain, comme s’ils avaient lu l’œuvre de Karl Marx avec les lunettes de plage d’Alain Minc. À l’instar de José Bové, avatar actuel de Proudhon, la plupart d’entre eux voudraient retourner au capitalisme de papa, celui des petits producteurs. Leur rêve est de freiner la concentration monopolistique par des institutions internationales qui superviseraient l’économie mondiale. Mais ils oublient que c’est la libre concurrence, constitutive du capitalisme, qui a depuis plus d’un siècle donné naissance aux monopoles mondiaux. C’est la libre concurrence qui a produit le monopole. C’est la libre concurrence du XIXe siècle qui a accouché de la dictature de deux cents multinationales du XXe siècle. Combattre la dictature des multinationales sans combattre en même temps la libre concurrence et le libre marché capitaliste qui les engendrent est un non-sens.

Comme le monopole, la mondialisation est contenue en germe dans le capitalisme : le capitalisme la porte en lui, c’est son produit inéluctable, sa déduction. Les multinationales, les délocalisations, comme les inégalités sociales et la flexibilité, sont les effets naturels de sa logique, le déroulement d’un processus autodynamique irréversible tant que l’on ne se décide pas à le subsumer.

Poussés par le besoin incessant de trouver des débouchés toujours nouveaux, les marchands ont envahi le monde entier. L’exploitation du marché mondial a du coup donné un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Déplorer le cœur sur la main « l’horreur économique » comme Viviane Forrester, scander « no logo » comme Noami Klein , hurler « le monde n’est pas une marchandise » ou manifester sous les murailles des forteresses de Big Brother pour que le monde capitaliste reparte du bon pied, ce n’est pas prendre le problème à la racine : c’est le décentrer. Couper les mauvaises herbes sans désherber, c’est leur permettre de repousser.

Le capitalisme est, par nature, une économie poussant à la mondialisation et à la marchandisation. Or tout est marchandisation en puissance, et puisque Dieu est provisoirement mort, il n’y a plus aucune limite humaine connue à l’expansion universelle de la marchandisation si on la laisse suivre son cours. Les marchands ont tout le temps devant eux, et ce ne sont pas les comités d’éthique officiels qui les empêcheront d’agir. Comme ces institutions spectaculaires nourrissent une pensée théologique coupée du terreau social, les marchands ont raison de prendre patience, car la théologie s’écroule toujours un moment donné de l’histoire, lorsque l’infrastructure la rend caduque.

Pour s’opposer concrètement à la marchandisation du monde, il ne suffit donc pas de minauder sur quelques-unes des conséquences annexes du Système, il faut dénoncer celui-ci dans son ensemble et en son fondement. Il importe en premier lieu de commencer par lui donner un nom, car « ce qui est censé être atteint, combattu, contesté et réfuté », comme disait Carl Schmitt, doit être nommé afin de viser la cible en son cœur : ici, il s’agit du mode de production capitaliste. Et il faut également proposer une alternative radicale, car nuancer, c’est considérer que la mécanique mérite de fonctionner, qu’il suffit de l’adapter et d’y incorporer de menus arrangements régulateurs : c’est au fond rester keynésien et marcher main dans la main avec MM. Attali et Fukuyama. « La compréhension de ce monde ne peut se fonder que sur la contestation, et cette contestation n’a de vérité qu’en tant que contestation de la totalité », écrivait Guy Debord.

Au temps où on évoquait (déjà) les États-Unis d’Europe, un révolutionnaire célèbre avait (déjà) remarqué que les gauchistes - ancêtres des altermondialistes - étaient les meilleurs alliés des opportunistes. Les gauchistes partagent en effet la vision de ceux qui veulent perpétuer le Système à la solde duquel ils vivent. Si l’ex-animateur du Mouvement du 22-Mars, Daniel Cohn-Bendit est devenu le meilleur allié de l’ancien cofondateur du mouvement atlantiste Occident, Alain Madelin, formant ainsi le noyau du libéral-libertarisme, ce n’est pas à cause d’une conjonction astrale fortuite : c’est parce que leurs destins convergents étaient inscrits dès l’origine dans leurs gènes idéologiques. Nous revivons cycliquement cette situation, aujourd’hui avec les altermondialistes, qui ne sont en somme que des antimondialistes de papier.

Les altermondialistes au service de l’oppression

Face la mondialisation du capital, on assiste à une mondialisation des résistances et des luttes. Seulement il ne s’agit pas de courants authentiquement antimondialistes - telle était leur dénomination première, et le changement de terminologie, opéré à leur instigation, est lumineux -, car ils militent de facto pour une « autre mondialisation », comme l’assure et l’assume François Houtart, directeur la revue Alternatives Sud.

Susan George, présidente de l’Observatoire de la mondialisation se détermine, elle, en faveur d’une « mondialisation coopérative ». Les chefs de file de l’alter mondialisme médiatique se veulent ainsi des mondialistes. L’un des livres de Bové s’intitule Paysan du monde. Les altermondialistes revendiquent simplement l’avènement d’un mondialisme plus humain.

Du coup, et ce n’est pas un hasard, les voici réclamant l’avènement de la mondialisation des Droits de l’homme. Lorsque José Bové se rend Cuba, la première pensée qui lui traverse l’esprit, c’est qu’il y a « beaucoup de policiers dans les rues » et « des queues devant les magasins ». Ce distrait vient d’oublier les quarante années d’embargo américain. Il aurait pu dire : « La mortalité due à la maternité est dix-sept fois plus basse à Cuba que la moyenne mondiale ». Mais il est passé à côté, car il raisonne en métaphysicien, articulant des catégories fixes d’usage obligatoire dans un Système que de telles notions ont pour unique mission de soutenir. Il n’a pas compris que les Droits de l’homme sont devenus l’idéologie par laquelle les pays riches s’ingèrent dans les affaires des pays pauvres (hochet kouchnerien à vocation exterministe, depuis le Vietnam jusqu’à l’Irak, en attendant mieux). Et qu’au final, les Droits de l’homme sont devenus le cheval de Troie des oppresseurs d’aujourd’hui.

Comme l’a démontré Noam Chomsky, c’est en se fondant sur ces principes universels datant de la révolution bourgeoise que les États-Unis ont déclarée toutes leurs guerres depuis cinquante ans. Preuve éclatante de leur manque de logique, MM. Bové et ses amis ne se sont pas demandé qui ferait régner ces Droits précieux sur le monde, ni quelle puissance idéalement autonome parviendrait à lutter contre les diverses influences économiques et politiques pour les appliquer avec impartialité. Ni par qui serait élue cette autorité mondiale suprême. Ni comment elle gouvernerait. Ni quel parti ou quelle tendance de parti la dirigerait. Ni avec quelles forces armées elle se ferait respecter.

La tendance despotique de ce Léviathan serait, de plus, consubstantielle à son existence, puisque l’expérience a prouvé que plus un organisme est éloigné des individus qu’il encadre, plus son déficit démocratique est élevé. On peut donc s’étonner que des anarchistes et des gauchistes soutiennent l’édification d’un tel monument d’oppression.

L’utopie des altermondialistes est donc totale. Ils croient en la vertu opératoire de la parole magique : « Monde, ouvre-toi ! », et le trésor des 40 voleurs nous sera acquis.

Or le monde est un rapport de forces entre puissances économiques, et il ne suffit pas de vouloir avec détermination, ni de crier à tue-tête que les États-Unis, fer de lance de l’impérialisme, réduisent leur puissance pour que celle-ci décline dans les faits. Croire le contraire relève de la naïveté. Être naïf, c’est se payer le luxe d’être inopérant. Et tout mouvement inopérant encourage nolens volens la persistance du système qu’il prétend combattre.

La nation, comme foyer de guérilla

De glissement en compromis, d’accommodement en complicité objective, les altermondialistes reprennent ainsi dans leurs discours les arguments qui soutiennent le plus puissamment les intérêts des capitalistes. C’est-à-dire qu’ils s’inoculent à haute dose - et inoculent à ceux qui les écoutent- le virus qui justifie l’oppression, en retour.

Le mépris qu’ils affichent pour le fait national, auquel ils substituent un antiracisme formel, sentimental et terroriste, est à ce titre révélateur. Si les peuples désorientés par l’évolution actuelle et le dynamitage des frontières se jettent parfois dans les bras de partis qui semblent ici et là leur proposer un barrage provisoire au mondialisme, ce n’est pas, comme le prétendent les belles âmes de l’alter mondialisme, parce qu’ils sombrent dans le fascisme, notion datée et dépassée. C’est d’abord parce que ces populations vivent au quotidien des situations dramatiques et déchirantes, et que nul ne leur propose un avenir digne d’être vécu, les altermondialistes moins que les autres, avec leur programme gauchiste de tabula rasa. C’est sur cette base qu’il faut édifier une réflexion. A contrario, il est bien sûr parfaitement ridicule de prôner le raidissement identitaire comme solution-miracle. « Le repli sur la tradition, frelaté d’humilité et de présomption, n’est capable de rien par lui-même, sinon de fuite et d’aveuglement devant l’instant historial » écrivait Martin Heidegger. Le désir de rejouer le passé est vain, car « l’histoire ne repasse pas les plats », ainsi que le disait plaisamment Céline.

Tout autre est l’affirmation d’une communauté nationale populaire vivante, une communauté de culture et de destin qui entend conserver son indépendance, sa volonté de puissance, sa capacité d’agir sur son avenir en puisant dans un héritage partagé, et qui offrirait la possibilité d’un contrôle populaire réel et conscient sur le pouvoir et l’expression libre des aspirations et des besoins.

La nation, catégorie historique du capitalisme ascendant, demeure en effet, contre de nombreuses prévisions, une réalité à l’époque du capitalisme déclinant. Elle devient même, selon la conception de Fidel Castro, un « bastion », un pôle de résistance révolutionnaire.

La défense d’une communauté attaquée dans sa substance s’avère d’autant plus révolutionnaire que l’agression provient d’un système coupeur de têtes et aliénant. Le world-capitalisme a en effet intérêt à trouver devant lui des peuples désagrégés, des traditions mortes, des hommes fébriles et sans attache, disposés à engloutir son évangile standardisé. Ce qui freine la consommation de ses produits mondiaux, ce qui est susceptible de ralentir l’expansion de ses chansons mondiales formatées, de ses films mondiaux compactés, de sa littérature mondiale normalisée, doit disparaître, ou finir digéré dans ses circuits, ce qui revient au même. Le capitalisme est uniformisateur et l’arasement préalable des esprits encourage son entreprise uniformisatrice. Il ravage l’original, les particularismes, sauf ceux qui vont momentanément dans le sens qui lui profite.

Or la communauté, aspiration profonde des hommes, voit dans la forme nationale son actualité la plus aboutie. Passant pour les altermondialistes comme un résidu passéiste, une province pourrissante, un paradoxe historique au temps du cosmopolitisme triomphant, la nation conserve sa justification historique, a minima par le « plébiscite de tous les jours » qu’évoque Ernest Renan. Le patriotisme est un des sentiments les plus profonds, consacré par des siècles et des millénaires.

Aujourd’hui, la nation conserve donc un contenu réel, qui, même s’il est épars et dilapidé, est à retrouver et à se réapproprier : « Délivré du fétichisme et des rites formels, le sentiment national n’est-il pas l’amour d’un sol imprégné de présence humaine, l’amour d’une unité spirituelle lentement élaborée par les travaux et les loisirs, les coutumes et la vie quotidienne d’un peuple entier ? « , disait Henri Lefebvre. L’étude du contenu national doit être au cour du programme d’un projet de renaissance.

Évidemment, la démocratie formelle n’a réalisé jusqu’ici qu’une pseudo-communauté abstraite qui frustre la plus grande partie du peuple, à commencer par les couches populaires (classe ouvrière et classes moyennes) sur qui pèse le fardeau le plus lourd. Car le Parlement, fût-il le plus démocratique, là où la propriété des capitalistes et leur pouvoir sont maintenus, reste une machine à réprimer la majorité par une minorité ; la liberté y est d’abord celle de soudoyer l’opinion publique, de faire pression sur elle avec toute la force de la money. La nation telle qu’elle doit être envisagée dans le cadre d’une pensée radicale ne peut qu’aller de pair avec le progrès social et l’alliance internationale avec les forces qui partagent cette ambition subversive totale.

L’identité nationale doit être conçue comme une réorganisation sociale sur la base d’une forme élaborée de propriété commune, sous peine de nous ramener à un passé désuet, qui nous conduirait immanquablement au point où nous en sommes.

La nation doit être le cadre de l’émancipation, de l’épanouissement, et non une entité oppressive. C’est seulement comme instrument du progrès qu’elle conserve sa mission historique. Conception qui faisait dire à Lénine : « Nous sommes partisans de la défense de la patrie depuis le 25 octobre 1917 (prise du pouvoir par les bolcheviks en Russie). C’est précisément pour renforcer la liaison avec le socialisme international, qu’il est de notre devoir de défendre la patrie socialiste. »

La souveraineté nationale - non pas le souverainisme libéral ou le national-libéralisme, des oxymores dont il faut apprendre à se dépolluer - constitue ainsi, dans le meilleur des cas (exemple frappant du Venezuela bolivarien de Hugo Chávez), un pôle vivant de résistance à l’homogénéisation, une structure servant d’appui à la contestation globale, un foyer possible de guérilla au sens guévarien du terme. Si elle s’intègre dans une lutte émancipatrice au plan national (engagement dans un processus anticapitaliste) et international (retournement des alliances, nouvelle forme d’internationalisme rationnel, et non abstrait ou mystique, c’est-à-dire avec des allés objectifs et partisans), elle ne peut plus être considérée comme un vulgaire sédatif aux luttes sociales, comme elle le fut un temps (le nationalisme bourgeois désunissant les ouvriers pour les placer sous la houlette de la bourgeoisie). Elle devient au contraire l’avant-garde de la radicalité. Sans l’autonomie et l’unité rendues à chaque nation, l’union internationale des résistants au Système (une fraternité, une collaboration et des alliances nouvelles qui ne sont pas à confondre avec la mélasse mondialiste) ne saurait d’ailleurs s’accomplir. C’est lorsqu’un peuple est bien national qu’il peut être le mieux international.

La nation ainsi comprise est tout l’inverse des duperies formalistes à fuir à tout prix : niaiserie sentimentale, chauvinisme étriqué version Coupe du monde, cocardisme sarkozyste à choix multiple, roublardise mystificatrice d’un Déroulède germanopratin digérant mal l’œuvre de Charles Péguy, crispation irraisonnée sur les mythes fondateurs, etc. Elle devient l’une des pièces agissantes du renversement du Système.

Dans des conditions historiques différentes, Sultan Galiev pour les musulmans, Li Da-zhao pour les Chinois ont en leur temps théorisé une notion approchante, considérant que le peuple musulman, d’un côté, chinois de l’autre, pouvaient, par déplacement dialectique provisoire, être dans leur ensemble considérés comme une classe opprimée en prise avec le Système à renverser. Chaque nation entrant en résistance frontale, pour autant qu’elle s’identifie avec l’émancipation générale, devient ainsi de nouveau historiquement justifiée. On a peut-être une chance de voir alors se produire l’encerclement des villes de l’Empire par les campagnes, les bases arrières et les focos.

Pour un nouveau différentialisme et un souverainisme de libération

Les particularités culturelles, les richesses nationales, individuelles et naturelles sont des armes que le mot d’ordre de world-culture, claironné par les altermondialistes-mondialistes, lors de leurs rassemblements champêtres, désamorce. Plus que quiconque, les artistes - parlons-en - devraient se préoccuper de marquer leurs différences, d’imposer des styles nouveaux et des concepts baroques, d’instiller des idées réactives, de dynamiter les formes étroites dans lesquelles on veut les faire entrer. Eux les premiers devraient se méfier d’instinct de la gadoue musicale qu’on leur propose comme horizon indépassable. Eux les premiers devraient imposer de nouvelles formes poétiques et un style adapté à la lutte contre l’homogénéisation totalitaire qui tend à les émasculer. Leur œuvre est écrasée sous les impératifs de production. La créativité a disparu devant la productivité. Qu’ils se donnent enfin les moyens d’être eux-mêmes : « Que chacun découvre pour la prendre en charge, en usant de ses moyens (la langue, les ouvres, le style) sa différence, écrivait encore Henri Lefebvre, au temps de son Manifeste différentialiste, ajoutant : « Qu’il la situe et l’accentue ». Car exister, c’est agir. Et créer.

Dans d’autres domaines, il s’agirait également de repenser la modélisation de la dialectique, le renversement des tabous historiques et idéologiques, la défétichisation des concepts usés jusqu’à la corne par des philosophes ordonnés au Système (ou, pour certains l’ordonnant), de remettre en chantier une théorie de la subjectivité qui ne soit pas subjectiviste, etc. Un laboratoire d’élaboration conceptuelle serait le bienvenu (appelons-le Projet Archimède, du nom du grand scientifique grec de Sicile qui cherchait un point d’appui et un levier pour soulever le monde), sorte de fight-club de la théorie qui se donnerait comme objectif la critique impitoyable de l’existant dans sa totalité. Il faut retrouver l’idée de mouvement, en lui incluant bien sûr une logique de la stabilité qui sied à toute défense identitaire.

Face aux hyper puissances d’homogénéisation, il est grand temps que l’antimondialisation réelle et efficace présente un front uni et international des différences, un bloc historique constitué par une armada pirate se lançant à l’abordage des vaisseaux de l’Empire.

Avant de réclamer une autre forme de mondialisation, une mondialisation toujours plus ouverte, c’est-à-dire de poursuivre, sur un mode de contestation bobo-docile, la mondialisation capitaliste par d’autres moyens en bradant dès aujourd’hui le monde aux multinationales comme si elles étaient au service de l’Internationale prolétarienne, les mouvements d’altermondialisation-mondialistes-contre-le- capitalisme-sauf-s’il-est-humain doivent prendre conscience que chaque peuple, chaque langue, chaque ethnie, chaque individu, chaque particularité est un reflet de l’universel, un éclat d’humanité . Pour l’avoir oublié, nous sommes entrés dans la norme de la société du « on », où se déploie le Règne de la Quantité annoncé par René Guénon, un monde de grisaille suant la « nullité politique » décrite par Hegel, qui n’est plus régulé que par la seule loi de la valeur capitaliste, l’habitude, l’hébétude et la résignation. Il est temps d’y remettre de la couleur et du mouvement, et, ce faisant, trouver les formes possibles du dépassement de la contradiction actuelle et aider à la prise de conscience de la dialectique de l’histoire présente.

Cette invitation aux particularités ne doit pas se faire de manière parodique ni mimétique, comme nous y invite le Système, mais en Vérité, comme parle l’Évangile, la vérité « révolutionnaire » de Gramsci et celle qui « rend libre » de saint Jean. C’est-à-dire comme un moment essentiel d’un projet de révolution maximale, ayant pour objectif d’inventer un nouveau style de vie. « Tout simplement, je veux une nouvelle civilisation », disait Ezra Pound. C’est bien le moins auquel nous puissions prétendre.

Ce n’est qu’en procédant par étapes que l’on pourra intensifier infiniment la différenciation de l’humanité dans le sens de l’enrichissement et de la diversification de la vie spirituelle, des courants, des aspirations et des nuances idéologiques. Dès à présent, l’internationalisme véritable, au lieu d’être l’idiot utile du capitalisme, doit s’opposer à toutes les tentatives d’homogénéisation mondiale et tendre à défendre sur le mode symphonique les particularismes nationaux, en tant qu’ils peuvent se constituer en fractions d’un souverainisme de libération, mais aussi les particularismes régionaux et individuels. Tel doit être le véritable projet des adversaires du mondialisme. Le reste n’est que bavardage, compromission et désertion en rase campagne.

Que cent fleurs s’épanouissent !

Paul-Eric BLANRUE

Sources
Decapactu

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Texte libre

Si vous aimez ce blog, merci de voter pour lui...

 

BlogueParade.com - Annuaire des Blogues francophones

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus