LES PAYS DE L'UNION EUROPEENNE

Samedi 18 février 2006

La «Grande coalition» : un gouvernement illégitime et non démocratique

La «grande coalition» que préparent actuellement le SPD et la CDU/CSU à Berlin est un gouvernement non démocratique et illégitime. Un tel gouvernement fera une politique dans l'intérêt du patronat et des riches, une politique qui fut fermement condamnée par la grande majorité des électeurs allemands le 18 septembre.

Norbert Röttgen de la CDU l'a exprimé sans détours. «Une grande coalition peut aborder les questions délicates que la politique n'a pas trouvé le courage de résoudre dans les quinze dernières années», dit il au quotidien Berliner Zeitung. Il est significatif que dans son commentaire Röttgen reproche non seulement au gouvernement Schröder mais aussi à son prédecesseur, le gouvernement d'Helmut Kohl (CDU), un manque de courage à s'occuper des «questions délicates». Une grande coalition sera franchement à droite de ces deux gouvernements là.

Personne ne devrait avoir l'illusion qu'il sera «plus difficile à une grande coalition de poursuivre la politique de démantèlement social» et qu'elle sera «de loin un moindre mal comparé à une coalition `noire et jaune´ (chrétiens-démocrates et libéraux)» comme l'avait affirmé Oskar Lafontaine du Parti de la gauche avant l'élection du 18 septembre.

Tandis que la question de savoir qui sera chancelier et de comment sera composée cette grande coalition est encore vivement débattue, les grandes lignes de la politique de cette coalition sont déjà fixées. Cette politique sera caractérisée par de virulentes attaques dirigées contre la population travailleuse. Tous les commentaires de presse et toutes les déclarations des politiciens du SPD et de la CDU/CSU sont d'accord sur ce point.

En premier lieu il faut résorber le déficit budgétaire, c'est-à-dire entreprendre une nouvelle série de restrictions dans le domaine social.

En second lieu on prévoit une transformation fondamentale de l'assurance retraite, de l'assurance maladie, et de l'assurance vieillesse. Le SPD et la CDU/CSU ont bien sur ce plan des conceptions différentes, mais ils sont d'accord sur le fait que les entreprises seront déchargées des dépenses sociales (le soi-disant coût du travail) que les prestations dues aux assurés seront réduites au maximum et que les caisses d'assurance seront dans une grande mesure privatisées et ouvertes au marché des capitaux. De nombreux commentateurs voient dans la démolition du système d'assurance sociale vieux de plus de cent ans, une véritable «chance historique» à saisir par une grande coalition.

Pour finir, les impôts du patronat et des riches doivent être encore baissés et la soi-disante réforme du fédéralisme menée à son terme. Même si le professeur Kirchhof (le défenseur d'un taux d'imposition unique qui rejoignit l'équipe d'Angela Merkel pendant la campagne électorale) ne siége pas au conseil des ministres d'une grande coalition, il incarnera bien la direction prise par le nouveau gouvernement.

S'ajoute à cela un nouveau renforcement de l'appareil d'Etat et la poursuite de la destruction des droits démocratiques. On en parle à peine, puisque de ce point de vue il existe depuis longtemps un accord entre le SPD et les chrétiens-démocrates. Puisque la politique d'une grande coalition se heurtera inévitablement à une résistance massive de la population, le gouvernement aura recours à des mesures répressives afin de faire taire les critiques et de casser la résistance.

Selon les indications de la Confédération allemande des journalistes on a déjà fouillé entre 1987 et 2000 plus de 150 rédactions de journaux, radios et appartements privés de journalistes et confisqué le résultat de leurs recherches. Le but recherché était l'intimidation. Dans aucun des cas les journalistes visés ne furent condamnés. La tendance à intimider ceux qui font entendre une voix critique se renforcera encore sous une grande coalition.

En associant le SPD et avant tout les syndicats à une grande coalition on espère neutraliser, en partie du moins, la résistance à la destruction de l'Etat social allemand.

Comme le rapporte le journal Hannoversche Allgemeine Zeitung, le président de la Confédération allemande des syndicats (DGB) Michael Sommer et les ministre-président de Hesse, Roland Koch, se sont déjà rencontrés vendredi dernier pour une discussion confidentielle à Berlin. Koch qui est membre du directoire de la CDU est une figure clé du jeu de poker qui accompagne la formation du gouvernement. Koch donna à Sommer l'assurance qu'il n'insisterait plus sur la revendication centrale de la CDU d'un affaiblissement du droit salarial et du droit du travail au cas ou le DGB soutiendrait une grande coalition.

Une telle attitude des syndicats ne changerait rien à la situation des salariés confrontés à des salaires en baisse et à l'aggravation des conditions de travail, sans même parler de celle des chômeurs. Mais cela renforcerait la position des appreils bureaucratiques syndicaux et de leurs fonctionnaires.

Le journal taz, qui soutient une grande coalition, a bien montré quel sens cela avait. Sous le titre «Le Marrakech et la grande coalition» il loue la décision du trust Volkswagen de produire tout de même son nouveau modèle, le «Marrakech», à Wolfsburg et non pas comme il l'avait laissé entendre, au Portugal, un pays à bas salaire, et elle fait le rapport avec la grande coalition: «La révolution thatchérienne n'a pas lieu du fait de l'absence de victoire électorale, la CSU a redécouvert son penchant pour le social», écrit ce journal, et tire la conclusion que : «Le capitalisme rhénan, c'est-à-dire la chambre chaude du partenariat social et non pas le froid marteau de la maximisation du profit, essaie encore une fois de se remettre sur pied et de prendre son élan».

Le taz omet de dire qu'avec l'accord conclu à Wolfsburg, on est en plein dans la «révolution thatchérienne». Le comité d'entreprise et le syndicat de la métallurgie ont signé, en contrepartie de l'assurance que la production se ferait en Allemagne, un contrat qui prévoit des baisses drastiques de salaire pour les nouveaux emplois et l'engagement à effectuer du travail supplémentaire sans compensation en cas de defauts de qualité; un contrat qui ignore le droit tarifaire et la législation du travail existants.

Une grande coalition fonctionnera de manière semblable. Les conservateurs dicteront un cours politique dur et le SPD et les syndicats seront chargés de «le faire passer». La grande coalition ne sera une «chambre chaude du partenariat social» que pour les fonctionniares du SPD et des syndicats, pour la masse des salariés et des chômeurs elle sera le «marteau froid de la maximisation du profit».

Des élections illégitimes ont entraîné un gouvernement illégitime

L'organisation d'élections anticipées servit depuis le départ à permettre un gouvernement qui soit en mesure d'imposer à la majorité de la population des mesures impopulaires. Le chancelier Schröder se decida à cette mesure inhabituelle lorsque son «Agenda 2010» se heurta à une résistance croissante y compris dans son propre parti.

Après la chute du dernier gouvernement SPD-Verts en Rhénanie-Westphalie au mois de mai, les cercles influents de l'économie et de la politique ne voulurent plus attendre 18 mois jusqu'au prochain changement de gouvernement dans la capitale. La décision de Schröder de dissoudre le parlement prématurément revenait presque à passer volontairement le pouvoir à Merkel et aux conservateurs.

Schröder ne laissa aucun doute sur le fait qu'il ne renoncerait en aucun cas à son Agenda 2010. Il plaça les électeurs devant cet ultimatum : soit vous m'élisez et vous acceptez l'Agenda 2010 ou bien Merkel, Stoiber et Westerwelle (les dirigeants de la CDU, de la CSU et du FDP) vous serviront leur propre programme qui sera lui, plus pimenté encore. Le président de la République Fédérale et la Cour constitutionnelle donnèrent leur bénédiction à ce chantage.

Mais les comptes de Schröder et de l'élite dominante se virent contrecarrés par deux facteurs.

Le premier fut la croissance rapide du Parti de la gauche. Ce parti, conduit par l'ancien président du SPD, Oskar Lafontaine et par Gregor Gysi du PDS, a un programme réformiste tout à fait bourgeois et défend l'ordre existant. Cependant, sa croissance rapide dans les sondages où par moment il atteignit les 15 pour cent, fut une cause d'inquiétude pour l'élite dominante car il exprimait une radicalisation grandissante de la population.

Le succès du Parti de la gauche força le SPD à modifier sa propagande électorale. Si jusque là il s'était présenté comme le parti des réformes tenant fermement à l'Agenda 2010, il se présentait dorénavant comme le défenseur de l'Etat social. Schröder pris dans le collimateur l'expert financier de Merkel, Kirchhof, qui exprimait sans l'enjoliver le contenu néo-libéral du programme de la CDU/CSU. La propagande électorale des Verts, elle aussi, effectua un virage à gauche.

L'adoption d'un discours plus à gauche par le SPD était moins dirigé contre Merkel et Kirchhof, avec lesquels le SPD était en grande partie d'accord, que contre le Parti de la gauche dont il devait stopper la lancée. Comme le remarqua le journal conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung après les élections, le Parti de la gauche ne disparaîtra que «quand le SPD redonnera à la couche de gauche des travailleurs et des petits fonctionnaires syndicaux une perspective de sécurité du point de vue social».

Le second choc pour l'élite dominante se produisit le soir des résultats. La CDU/CSU et le FDP, qui firent longtemps figure de vainqueurs n'obtinrent ensemble que 45 pour cent des voix. Une nette majorité avait voté contre le programme de Merkel et Westerwelle.

Le résultat n'indiquait pas une approbation du programme du SPD qui obtenait un des plus mauvais scores de son histoire, mais un clair refus du programme néo-libéral des conservateurs et des libéraux et par là de façon indirecte un refus de l'Agenda 2010 de Schröder. C'était d'autant plus net que le SPD avait pris ses distances vis-à-vis de ce programme dans la campagne électorale. Le Parti de la gauche obtint dès sa première candidature presque 9 pour cent, plus que les Verts n'ont jamais obtenu depuis qu'ils existent. Il est le quatrième parti en importance au Bundestag et devance les Verts et la CSU. Un quart des électeurs ont voté pour lui dans les nouveaux Lands (L'ex-Allemagne de l'Est) ainsi qu'un quart des chômeurs.

Il est rare qu'un scrutin soit aussi clair. Le SPD, les Verts et le Parti de la gauche disposent dans le nouveau parlement de 40 sièges de plus que la CDU/CSU et le FDP.

Les milieux officiels de la capitale réagirent pendant une semaine au résultat des élections par le chaos et la confusion. Schröder annonça le soir même de l'élection qu'il restait chancelier. Il se réferrait en cela et non sans raison à la défaite catastrophique des conservateurs, mais se refusa strictement à collaborer de quelque manière que ce soit avec le Parti de la gauche. Les Verts rejetèrent l'exigence de Schröder à rester chancelier et contribuèrent aux spécultaions qui coururent sur un gouvernement de coalition CDU, FDP et Verts.

Dans les medias on fit une campagne permanente pour propager l'idée qu'il fallait maintenant un «gouvernement stable» afin d'imposer les «réformes nécessaires» contre des électeurs peu clairvoyants. Une semaine après l'élection au plus tard, tous les partis s'étaient resouvenu de l'objectif initial des élections anticipées.

Schröder souligne sans cesse depuis dimanche qu'il fera tout pour aider une grande coalition a voir le jour. «Je suis tout à fait certain qu'il y aura un gouvernement qui prendra la forme d'une grande coalition» dit-il mardi dans un discours politique sur l'Europe prononcé à Strasbourg.

Par le fait que le SPD contribue à mettre en place une grande coalition, il réalise ce que Schröder avait voulu réussir avec les élections anticipées et ce que les électeurs ont si clairement refusé : il aide Merkel à devenir chancelier sans tenir compte de la décision des électeurs. Et si ce n'est pas Merkel ce sera Stoiber, Koch ou Wulff ou un autre politicien conservateur qui suivra le même cours. Il est dès à présent presque sûr que Schröder se retirera au plus tard la semaine prochaine et qu'il abandonnera son exigence à rester à la chancellerie.

Le gouvernement qui est en train de se constituer est profondément antidémocratique et illégitime. L'élite dominante impose ainsi sa volonté indépendemment de ce que les électeurs ont décidé et voté. Il y a au Bundestag une claire majorité à gauche du centre. Merkel et la CDU/CSU n'auraient aucune chance de constituer un gouvernement et de réaliser leur politique sans le soutien du SPD et des Verts
Les conservateurs vont dominer pratiquement tous les organes consitutionnels : outre le Bundesrat et la présidence, ils auront la chancellerie et domineront indirectement le Bundestag. L'opposition parlementaire sera largement neutralisée par une grande coalition. Malgré le fait qu'elle ait obtenu le deuxième plus mauvais score de son histoire, la CDU dispose, grâce au SPD, d'un pouvoir tel qu'elle n'en a jamais eu dans l'histoire.

La passivité du Parti de la gauche

Le Parti de la gauche ne s'oppose pas à cette évolution. Il se conduit de façon tout à fait passive. Il ne met même pas la population en garde contre ce qui l'attend sous la forme d'une grande coalition. Il fait des spéculations à propos de nouveaux succès électoraux et de quelques sièges supplémentaires de députés dans les parlements des Lands et aussi à propos d'une éventuelle scission dans le SPD, si celui-ci soutient la politique des conservateurs. Le Parti de la gauche considère la population, tout comme le font les autres partis, comme du matériel à voter qui les aidera à obtenir postes et influence.

L'assertion complaisante de Lafontaine selon laquelle une grande coalition était du point de vue de son parti la bienvenue, rappelle la déclaration notoire du dirigeant du Parti communiste allemand, Ernst Thälmann, dans les années 1930 : «Après Hitler, ce sera nous au pouvoir». Tandis que le parti de la gauche se réjouit de son succès inespéré, une grande coalition créera une situation bien réelle. Elle démolira les droits démocratiques et les droits sociaux et elle détruira les bases de la société. Un regard jeté vers les Etats-Unis, l'Angleterre ou l'Europe de l'Est montre quels dangereux processus de putréfaction une telle politique de destruction sociale entraîne dans la société.

Le Parti de la gauche se comporte de façon aussi lâche et passive parce qu'à l'Est il participe lui-même au gouvernement au niveau local et régional et qu'il impose une politique qui ne se distingue que par des nuances de celle des conservateurs et du SPD. Il ne peut pas mettre la population en garde et la réveiller parce que s'il le faisait il perdrait lui-même son contrôle.

Qui veut s'opposer sérieusement à une grande coalition doit reconnaître qu'on ne peut se passer de la construction d'un parti ouvrier indépendant et socialiste. C'est pour créer les bases d'une telle organisation que le Parti de l'égalité socialiste a participé aux élections législatives. Nous avons averti depuis le début que des élections anticipées s'accompagnaient de la préparation d'attaques nouvelles et plus virulentes encore contre la population travailleuse.

La résistance aux attaques du gouvernement illégitime mis en place actuellement à Berlin doit aller de pair avec la construction du Parti de l'égalite socialiste et avec la lutte pour une perspective internationale et socialiste.

Voir aussi:

Sources : WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

Par EVANGELIZT
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Samedi 18 février 2006

Le « contrat de coalition » du gouvernement Merkel:

Une déclaration de guerre à la population laborieuse

Par Dietmar Henning


Le congrès du parti social-démocrate SPD ainsi que ceux des unions chrétiennes CDU et CSU ont approuvé hier le contrat signé entre ces partis pour constituer une « Grande coalition ». Ce contrat, intitulé « Ensemble pour l'Allemagne, avec courage et humanité » équivaut sur le plan économique mais aussi politique à une déclaration de guerre à la population laborieuse.

Le SPD, la CDU et la CSU ont répondu aux premières critiques en disant qu'il avait fallu faire des compromis, qu'il en était ainsi dans une grande coalition et qu'on n'avait pas eu d'autre choix étant donné les résultats électoraux. Mais la vérité est toute autre : avec leur contrat de coalition, les deux perdants de l'élection ont conclu un programme droitier et anti-social qui avait été clairement rejeté par la grande majorité des électeurs le 18 septembre dernier.

La hausse de la TVA de 3% prévue à partir de 2007 est de ce point de vue symbolique. La CDU avait annoncé au cours de la campagne électorale qu'elle augmenterait la TVA de 2% et cela s'était soldé pour elle par une très forte perte de soutien dans les sondages. Le SPD avait réagit à la décision de la CDU par une campagne contre la « taxe Merkel ». A présent les deux partis se sont mis d'accord pour porter la TVA à 19% !

Pour les 38 millions de ménages allemands cette augmentation représente, pour des dépenses semblables, un coût supplémentaire de 350 Euros en moyenne par an.

L'âge légal de la retraite sera augmenté progressivement de 65 jusqu'à 67 ans à partir de 2012. Etant donné le chômage élevé des plus de 50 ans (seulement 40% des plus de 55 ans ont un travail actuellement) cela ne signifie rien d'autre qu'une nouvelle réduction des retraites. En outre, le gel des retraites en vigueur depuis plusieurs années sera maintenu pour les quatre ans de la présente législature. Avec un taux annuel de 2% ou plus de hausse des prix cela signifie une nette baisse des retraites en termes réels.

La grande coalition est aussi tombée d'accord pour éliminer de nombreux avantages fiscaux. Cela réprésentera 600 millions d'Euros l'an prochain et atteindra 7 milliards d'euros en 2009. C'est tout d'abord le complément pour ceux qui bâtissent une maison qui disparaît et à partir du 1er janvier 2006 ce sont les dédommagements pour licenciement qui ne seront plus exonérés d'impôts.

En 2007, le forfait de 30 centimes d'euro par kilomètre accordé aux banlieusards ne le sera plus qu'à partir du 21e kilomètre de trajet. L'épargne non imposable sera diminuée de moitié et réduites à 1500 euros pour les gens mariés et à 750 euros pour les célibataires. Les primes accordées aux mineurs ainsi que les aides financières au mariage et à la naissance payées par les employeurs ne seront plus exonérés d'impôt à partir de 2007.

L'élimination des subventions à l'industrie du charbon est diversement interprétée. Le gouvernement conservateur et libéral (CDU-FDP) du Land de Rhénanie-Westphalie voit dans le contrat de coalition la possibilité de se défaire de ces subventions de façon plus radicale que prévue jusque-là et de s'orienter vers une sortie du charbon. L'objectif du gouvernement de Rhénanie-Westphalie de réduire de 750 millions d'euros les subventions au charbon en 2010 était à présent réalisable, déclara le ministre-président de ce Land, Jürgen Rüttgers (CDU).

La coalition a, pour l'instant, remis à plus tard des décisions concernant d'autres coupes budgétaires. C'est en particulier le cas pour la Santé. Les assurances maladie et vieillesse doivent être restructurées l'an prochain. Les partis de la grande coalition entendent réexaminer les divers modèles « sans parti pris ». Ils se sont toutefois déjà mis d'accord sur le fait qu'à l'avenir le privé jouerait un rôle de plus en plus important dans le système d'assurance sociale allemand.

Le marché du travail

C'est dans la politique concernant le marché du travail que l'orientation antiouvrière du contrat de coalition est la plus nette. La période d'essai pour un nouvel emploi est étendue à deux ans. Comme l'employeur a, pendant ces deux ans, la possibilité de licencier un salarié en ne respectant qu'un préavis de deux semaines et sans avoir à fournir de justification, c'est ériger les licenciements abusifs en système. Comme le dit le contrat de coalition tous les règlements relatifs au marché du travail qui seront estimés « inneficaces et inefficientes » seront éliminés.

On maintient la décision prise par le précédent gouvernement de réduire à partir du 1er février 2006 la période d'obtention de l'allocation chômage pour les plus de 55 ans. Ceux-ci n'auront plus le droit de toucher l'allocation chômage que pendant 18 mois au lieu de 32 jusqu'à présent. Les chômeurs âgés ayant travaillé et cotisé pendant 30 ans ou plus se retrouvent ainsi vite relegués aux mesures Harz IV (l'équivalent de l'aide sociale).

Le SPD et les chrétiens-démocrates veulent économiser en tout 4 milliards d'euros sur les allocations destinées aux chômeurs que selon eux « on ne maîtrise plus ». On veut aussi rendre plus difficile l'obtention d'allocations de chômage pour les personnes vivant en couples. Ce sont les moins de 25 ans qui sont les plus touchés. A l'avenir les majeurs de moins de 25 ans non mariés seront « inclus dans le revenu de leurs parents » et n'auront donc plus droit qu'à 276 euros mensuels.

Les coupures massives dans l'allocation chômage sont soutenues par une campagne, menée parallèlement, de lutte contre les « abus ». La brochure publiée sous l'égide de l'ancien ministre de l'Economie et du Travail, Wolfgang Clement (SPD,) «contre les abus et les fraudes » à l'égard de l'Etat social et dans laquelle ceux qui reçoivent les allocations sont traités de « parasites » dans un jargon semblable à celui utilisé dans les années trente par les nazis, a posé la base idéologique d'une campagne contre les plus pauvres parmis les pauvres. Les enquêtes tous azimuts grâce auxquelles on compare déjà les informations sur les chômeurs avec celles des caisses de retraites, des caisses d'assurance maladie et des banques, dans le but de découvir des « abus », doivent dorénavant avoir lieu quatre fois par an.

Selon les plans de la grande coalition, les chômeurs doivent tous être transformés en une immense armée de travailleurs à bon marché et de sans-droits. De nouvelles mesures doivent développer le secteur des bas salaires. Les chômeurs allemands devront remplacer les travailleurs à bas salaire d'Europe de l'Est qui travaillaient jusqu'à présent comme saisonniers dans les récoltes d'asperges et de fruits.

L'Agence pour l'emploi allemande tient déjà compte de ces considerations dans son budget pour l'année qui vient. La Bundesagentur für Arbeit (BA) part du fait que le nombre de chômeurs qui trouveront un emploi à bas salaire augmentera de 100 000 et que le nombre total des salariés bénéficiant des assurances sociales diminuera d'un demi-million. C'est-à-dire que l'augmentation du nombre total d'emplois salariés sera du à l'augmentation du nombre des « mini-emplois » et des « emplois à un euro ».

Des palliatifs

Afin de minimiser l'opposition aux coupes budgétaires on a décidé d'ajouter au contrat de coalition quelques palliatifs à caractère symbolique. On veut donner l'impression que « les choses inévitables et prévisibles » comme les appelle le Frankfurter Rundschau, ne frapperont pas essentiellement les revenus faibles et moyens mais aussi les plus riches. « On prendra à presque tout le monde » titre la Süddeutsche Zeitung ; « la vague d'austérité frappe tout le monde », écrit la Westdeutsche Allgemeine Zeitung

Parmi ces « symboles » on a mis en évidence le soi-disant « impôt sur la richesse ». A partir de 2007, les riches célibataires gagnant plus de 250 000 euros par an et les riches mariés au revenu supérieur à 500.000 euros annuels verront leur taux d'imposition augmenter de 3 % (45 % au lieu de 42 %). Ce nouveau taux d'imposition est bien en-dessous du taux encore en vigeur en 1998 (53 %) et ne touche que le revenu qui dépasse les sommes mentionnées. Il n'y a que peu de riches dont le revenu total soit imposé. Ils ont maintes possibilités de réduire leurs impôts.

L' « impôt sur la richesse » n'est rien d'autre qu'une tentative de jeter de la poudre aux yeux de la population. S'il sert vraiment à quelqu'un, c'est à la categorie professionnelle des experts comptables.

L'intention colportée, dans les jours précédant les négociations pour une grande coalition, d'imposer les possesseurs d'actions et de valeurs immobilières à partir du 1er janvier 2007 avec un impôt global de 20 % sur les gains issus de leur vente est partie en fumée et les promesses d'amélioration de la situation des jeunes familles ne se sont pas matérialisées.

Les associations de bienfaisance ont déjà vivement protesté contre les mesures du nouveau gouvernement l'association Caritas y voyant « une redistribution du bas vers le haut ». D'autres responsables d'association déclarèrent que les plans de la coalition en ce qui concernait les prestations aux familles avec des enfants seraient fortement en faveur des universitaires et des riches et aux dépends des chômeurs et des bas salaires.

Outre les hauts salaires ce sont les entreprises qui profiteront des changements prévus. Les entreprises profiteront d'abord de la baisse de 2 % du taux de cotisation de l'assurance chômage. A partir de 2008, elles seront exonérées plus amplement par une réforme fiscale. De généreuses possibilités de dégrèvement sont également prévues pour les investissements tout comme pour l'impôt sur les héritages, qui vont jusqu'à sa complète disparition dans le cas où une affaire est reprise pour plus de dix ans. Ces « mesures de relance de l'économie » représentent selon le contrat un volume total de 6,5 milliards d'euros.

L'Agenda 2010 aggravé

La politique de la grande coalition s'avère ainsi être une version aggravée de l'Agenda 2010 du gouvernement précédent qui représentait déjà une énorme redistribution de richesse du bas vers le haut.

Et on fait porter aux dépenses accrues en faveur des chômeurs et des pauvres la responsabilité du trou budgétaire et non pas aux pertes de recettes résultant des cadeaux fiscaux faits aux riches et aux entreprises par la gouvernement de coalition SPD et Verts.

« La situation est grave et la pression qui s'exerce pour consolider le budget est grande, si nous voulons transmettre à la prochaine génération des finances publiques viables » écrivent sociaux-démocrates et chrétiens-démocrates dans leur document de coalition. « Depuis des décennies on répand systématiquement l'illusion que l'Etat peut satisfaire à des désirs de prestations toujours nouveaux et toujours plus importants. La dynamique des charges et des dépenses a déclenché une spirale de l'endettement qu'il convient de casser ».

Une représentation tout à fait fallacieuse de la réalité.

Le contrat de coalition prend officiellement congé d'une conception selon laquelle la politique peut régler les questions fondamentales de la société et pourvoir aux besoins élémentaires de la société. On ne prends même pas la peine de prétendre que la grande coalition peut resoudre le problème le plus urgent, celui du chômage de masse. Il s'agit seulement d'assainir les finances publiques dans l'intérêt du patronat.

On n'y trouve aucune trace de la doctrine de l'après-guerre selon laquelle le capitalisme ou l'économie de marché sont capables de réaliser un équilibre social. Les mots « économie sociale de marché » n'apparaissent qu'une seule fois dans un document long de 191 pages et cela en tête du chapitre intitulé « Politique du droit pour une économie sociale de marché ».

Le journal Süddeutsche Zeitung remarqua à ce propos dans un long commentaire : « Le pragmatisme politique que l'on dénote ici et qui caractérisera probablement le prochain gouvernement, suit une logique tant paradoxale que conséquente. Toute politique qui se consacre à la crise écnomique et sociale ne peut être, dans un avenir prévisible, que la gestion d'assymétries. Aucun complexe de recettes politiques n'est plus capable d'empêcher l'écart de plus en plus dramatique qui s'ouvre dans les revenus et les fortunes, aucun n'est plus capable de retenir la fragmentation de plus en plus grande de la société, sans même parler des assymétries entre les pays pauvres et les pays riches et qui sont à l'origine de l'énorme pression pour une redistribution à l'échelle mondiale. »

C'est aussi un rejet de toute forme de démocratie. Si on ne peut pas empêcher « l'écart de plus en plus dramatique dans les revenus et les fortunes » alors on ne peut pas non plus maintenir la démocratie. Une telle politique n'est imposable que par des méthodes autoritaires de gouvernement.

Ce n'est pas un hasard si l'élection législative anticipée fut, sous la pression des associations patronales et en trichant avec la constitution, mise en scène comme une sorte de coup d'Etat. La déclaration de guerre à la population laborieuse que représente le contrat de coalition est le résultat de ces élections illégitimes.

Armement de l'Etat et abolition de droits démocratiques

La grande coalition est très consciente des répercussions que ne manqueront pas d'avoir ces mesures et elle se prépare en conséquence aux conflits futurs avec la population. Des droits démocratiques sont restreints, on procède à l'armement de l'appareil d'Etat. La police et les services secrets obtiennent des pouvoirs accrus. Le nouveau gouvernement peut s'appuyer ici sur le travail réalisé par le gouvernement précendent, en particulier sur celui de son ministre de l'Interieur, Otto Schilly (SPD).

Les lois anti-terreur qui furent votées à la suite des attentats du 11 septembre 2001 seront révisées et comme on l'indique, étendues. « Nous regarderons dans quelle mesure les réglementations juridiques concernant par exemple la protection des données, s'opposent à une lutte efficace contre le terrorisme et la criminalité » dit le contrat de coalition. On prévoit de développer l'usage de la biométrique pour les passeports et les cartes d'indentité. En 2007, on doit vérifier « s'il faut développer les analyses ADN à des fins de politique visant la criminalité ».

L'intervention de la Bundeswehr, l'armée allemande à l'intérieur des frontières de la RFA fait fermement partie des plans gouvernementaux. Les membres de la coalition attendent ici encore le jugement du Tribunal constitutionnel fédéral concernant la loi relative à la sécurité aérienne. On s'est déjà mis d'accord pour modifier la constitution dans le cas ou celui-ci se déclarait, dans ce cas, opposé à une utilisation de l'armée allemande à l'intérieur.

Le Bundeskriminalamt, la plus haute administration policière, doit être habilité à mettre en uvre des soi-disantes « mesures anti-terroristes préventives » ce qui était jusqu'à présent la prérogative de la police des Lands. On s'est aussi entendu sur des mesures de types juridique. Il s'agit ici par exemple de la réintroduction d'une mesure permettant à la Justice d'accorder des remises de peines aux auteurs de crimes qui en dénonceraient d'autres. L'Etat avait déjà tenté d'introduire ce genre de mesure dans les années 1970 lors de sa campagne contre les anarchistes de la Fraction Armée Rouge. Une mesure dans ce sens fut introduite en 1989 pour dix ans qui ne fut pas reconduite par la coalition SPD-Verts en 1999.

A l'époque, le gouvernement Schröder avair encore argué que l'offre d'une remise de peine constituait un « attrait pour les fausses suspiscions et la délation ». Les membres sociaux-démocrates de la coalition ont à présent abandonné leurs réticences d'ordre légal et constitutionnel.

Au vu de la rebellion des jeunes qui a lieu en ce moment en France un des accords de cette coalition est particulièrement remarquable. Ce ne seront plus seulement les gens psychiquement malades et les condamnés pour délits sexuels qui devront faire l'objet d'une « détention préventive » c'est-à-dire une détention sans limite dans le temps. On décida d'étendre aussi cette mesure barbare aux jeunes. « Une condition de l'imposition [de la détention illimitée] sera en outre le fait que le caractère particulièrement dangereux du coupable se sera avéré durant la détention ». Cet accord a d'énormes implications : on peut trouver durant la détention des raisons pour enfermer des jeunes pendant des années et même des décennies.

Voir aussi:

Sources : WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

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