LES CONSEQUENCES DU NON

Jeudi 9 juin 2005

APRES L'ECHEC DU REFERENDUM EN FRANCE

CHIRAC CHANGE DE GOUVERNEMENT

 

par Antoine LEROUGETEL

et Peter SCHWARZ

 

Deux jours après l'échec du référendum sur la constitution européenne, le président Jacques Chirac a renvoyé son premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, et nommé un nouveau gouvernement sous la direction de l'ancien ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin.

Sérieusement affaibli dans son autorité, Chirac tente désespérément de réaffirmer son pouvoir en réorganisant le gouvernement. Contrairement à Charles de Gaulle après son référendum perdu en 1969, Chirac a catégoriquement refusé de démissionner. Cette décision se trouvait facilitée par le fait que le principal parti d'opposition, le Parti socialiste, a également été discrédité par sa campagne pour le « oui » à la constitution.

La révocation du premier ministre Jean-Pierre Raffarin qui avait dirigé le gouvernement ces trois dernières années avait été attendue de longue date. Il était très impopulaire et aurait été obligé de démissionner même si le référendum avait réussi. Restait toutefois à décider qui lui succéderait.

Le parti de Chirac, l'UMP (Union pour un mouvement populaire), est profondément divisé entre ses propres partisans et ceux qui soutiennent Nicolas Sarkozy, le président de l'UMP. Alors que la vieille garde gaulliste faiblissante autour de Chirac essaie de sauvegarder les apparences de collaboration sociale avec les syndicats, Sarkozy préconise un programme économique néo libéral extrême à la Thatcher, combinant une campagne de maintient de l'ordre à la xénophobie et à la chasse aux immigrants.

Sarkozy n'a jamais dissimulé son intention de succéder à Chirac au poste de président de la République. L'année dernière, il prenait la présidence de l'UMP contre la volonté de Chirac qui avait mis en place le parti en 2002 pour renforcer sa propre direction.

L'échec du référendum a affaibli Chirac et a profité à Sarkozy qui, tout en s'engageant loyalement en faveur du « oui », a toujours gardé ses distances avec la campagne de Chirac.

Avec Dominique de Villepin, Chirac a confié la direction du gouvernement à l'un de ses plus proches et fidèles vassaux tout en renommant Sarkozy numéro deux du gouvernement à son ancien poste de ministre de l'Intérieur où, dans le premier gouvernement Raffarin, il s'était fait un nom comme défenseur pugnace de l'ordre ainsi que d'un renforcement du contrôle de l'immigration.

De Villepin qui n'a jamais été élu, est un aristocrate, diplomate de carrière et haut fonctionnaire. Il est né au Maroc en 1953, mais a passé sa jeunesse au Venezuela et aux Etats-Unis. Sa carrière diplomatique l'emmena hors de France.

En 1984, il fut nommé premier secrétaire à l'ambassade de France à Washington et en 1989 il rejoignait l'ambassade de New Delhi. En 1993, il était directeur de cabinet d'Alain Juppé au Quai d'Orsay et en 1995 secrétaire général de l'Elysée. En 2002, dans le premier gouvernement Raffarin, il devint ministre des Affaires étrangères et plus tard ministre de l'Intérieur.

Comme nombre d'autres membres influents de l'establishment politique français, de Villepin est un énarque sorti de l'Ecole nationale d'administration. A l'âge de 24 ans, il adhère à l'ancien parti gaulliste, le Rassemblement pour la République (RPR), auquel il restera fidèle sans pour autant jamais se porter candidat à une charge élective. Il rencontre Chirac en 1980 et devint l'un de ses plus fidèles collaborateurs. Il connut son heure de gloire quand il refusa d'approuver au Conseil de sécurité des Nations unies l'invasion américaine de l'Iraq en insistant sur le fait qu'une telle action nécessiterait l'accord des Nations unies.

Le point de vue qu'il avait adopté à l'époque ainsi que sa courtoisie lui procurèrent un certain respect en France et la haine immortelle de la droite républicaine américaine. Le 14 février 2003, juste avant le début de la guerre, il remarqua très correctement au Conseil de sécurité : « L'option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n'oublions pas qu'après avoir gagné la guerre, il faut construire la paix. »

Par la nomination de de Villepin au poste de premier ministre, Chirac essaie de gagner du temps, de maintenir la paix sociale et de garder Sarkozy à distance.

Sarkozy avait tenté d'écarter son principal rival en soulignant que quelqu'un qui n'a jamais été élu n'était pas qualifié pour le poste. Lorsque les rumeurs s'amplifièrent sur le choix de Chirac quant au poste de premier ministre, Sarkozy déclara en visant de Villepin que : « que «ceux qui ont le droit de parler au nom de la France, ce sont ceux qui ont affronté une fois dans leur vie le suffrage universel».

Le choix de Chirac avait quelque peu été facilité par le fait que le vote contre la constitution européenne avait clairement été dirigé contre la politique économique libérale représentée par Sarkozy. Selon Le Figaro qui citait une source proche de Chirac, « «Dimanche, les électeurs ont dit non à l'Europe libérale. Sarkozy incarne le libéralisme. Il n'aurait pas été la réponse appropriée au message des électeurs. »

En demandant à Sarkozy de rejoindre le gouvernement, Chirac essaie de faire respecter à son rival à une certaine discipline et un contrôle. Le même journal faisait le commentaire suivant : « Le chef de l'Etat a nommé le président de l'UMP ministre d'Etat, de l'Intérieur et numéro deux du gouvernement 'parce qu'il vaut mieux avoir ses ennemis à l'intérieur qu'à l'extérieur'», comme le disait François Mitterrand.»

Pourtant Sarkozy ne laisse aucunement percevoir qu'il renoncera à ces projets ambitieux. Il négocia son retour au gouvernement en posant des conditions humiliantes pour Chirac, lui demandant de pouvoir conserver son poste de président de l'UMP et annulant de ce fait la décision prise par Chirac l'année dernière en le sommant de quitter son poste de ministre de l'Economie et des Finances pour pouvoir prendre la tête de l'UMP. Sarkozy peut également rester à la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine.

Le 31 mai, il déclara devant le groupe de l'UMP de l'Assemblée qu'il acceptait d'occuper le poste de ministre de l'Intérieur sous de Villepin car il était convaincu qu'«il n'y a pas d'avenir si les vingt-deux mois [fin du mandat présidentiel] qui viennent sont des mois d'affrontement entre l'UMP et le gouvernement».

Dans un article de mercredi dernier, Le Figaro donnait une idée de l'ampleur du conflit existant au sein de l'UMP : « C'est à 9 heures, hier matin, et par téléphone, que Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy se sont dit «oui». Pas pour le meilleur, mais pour éviter le pire: l'implosion de la droite».

Lors d'une réunion des députés UMP, Sarkozy fit la mise au point suivante : « «Ou je suis à l'extérieur du gouvernement et la bagarre commence dès cet après-midi, ou j'y suis, et dans ce cas-là, j'y vois une garantie d'unité.» Il conclut en lançant un avertissement à l'adresse de Chirac et de de Villepin : «Attention, un changement d'hommes ne suffit pas. On ne peut pas faire confiance à un gouvernement s'il n'y a pas un changement radical de politique. Quoi qu'il arrive, je resterai président de l'UMP. J'ai été élu par les militants pour trois ans, et j'exercerai cette mission jusqu'au bout.»

Un journaliste de Libération a fait la remarque suivante : « Si la mayonnaise ne prend pas, il trouvera toujours un prétexte pour claquer avec fracas la porte du gouvernement dans quelques mois. Et aura tout le loisir de se jeter dans la campagne présidentielle. »

Voilà le style d'un combattant de rue. C'est une indication du genre de parti qu'il souhaite faire de l'UMP et du genre de personnes qu'il souhaite attirer.

Le journal Libération cite un jeune député UMP qui donne une idée de l'ambiance radicale qui se fait jour au sein du parti : « Vu l'ambiance au groupe, il est clair que la pilule Villepin ne serait pas passée sans Sarkozy. L'autre problème de ce duo, c'est que le choix de la remise en question du modèle social français n'est pas fait. Chirac n'a pas voulu trancher entre le modèle social et sa remise en cause libérale, et ça nous laisse assez dubitatifs pour la suite.»

Ces paroles laissent difficilement présager que les objectifs que Chirac s'est fixé en annonçant la formation de son nouveau gouvernement pourront être facilement réalisés. «Dans un esprit de rassemblement, j'ai demandé à Nicolas Sarkozy de rejoindre le gouvernement comme ministre d'Etat, ce qu'il a accepté.»

Le président poursuivit en disant que la priorité du nouveau gouvernement serait l'emploi qui « exige une mobilisation nationale » qu'il avait décidé « d'inscrire résolument dans le respect de notre modèle français. »

« Ce modèle n'est pas un modèle de type anglo-saxon, mais ce n'est pas non plus un modèle synonyme d'immobilisme.» continua-t-il. « C'est un modèle fondé sur le dynamisme et l'initiative individuelle, sur la solidarité et sur le dialogue social. » Il appela «au même engagement les entreprises et les syndicats de gagner la bataille de l'emploi tout en restant nous-mêmes. »

Ce faible tir en direction de Sarkozy ne fera certainement pas grande impression. L'un des principaux cris de bataille de Sarkozy est précisément que « le modèle français » soit abandonné dans le but de combattre le chômage.

L'échec du référendum français a été qualifié d'« insurrection des urnes ». Tout le monde est conscient qu'il s'agit là d'une nouvelle expression de la résistance massive de la classe ouvrière contre l'élite politique et qui s'est déjà manifestée tout au long du gouvernement Raffarin dans des grèves de masse et des manifestations de rue pour la défense de l'emploi, des conditions de travail, des salaires et des droits démocratiques. Le rassemblement de la bourgeoisie derrière Sarkozy prouve que la période de collaboration avec les syndicats, qui avait assuré une certaine paix sociale, arrive à sa fin.

Voir aussi :

Sources : WSWS

Par EVANGELIZT
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Jeudi 9 juin 2005

La France rejette la constitution européenne

Les conséquences politiques du « non » français

 

par Peter SCHWARZ

 

Le rejet de la constitution européenne par l'électorat français a plongé les milieux dirigeants en France comme dans le reste de l'Europe dans une crise majeure. Les conséquences définitives du choc ne deviendront visibles que dans les semaines et les mois à venir.

Bien que le président Jacques Chirac, les partis au pouvoir, les principaux partis d'opposition et les médias utilisèrent tous les moyens mis à leur disposition pour garantir la victoire du « oui », une majorité claire de 55 pour cent de l'électorat a rejeté la constitution. Ce vote représente une opposition sans équivoque à l'ensemble de l'évolution sociale et politique en Europe. Même Chirac fut forcé d'admettre dans son premier discours après l'annonce des résultats que la France s'est «démocratiquement exprimée » et qu'elle a pris une «décision souveraine».

Dominique Strauss-Kahn, figure-clé du Parti socialiste et l'un des porte-parole du camp du « oui », attribua le rejet de la constitution à un « sentiment de peur » et à la « démagogie ». Mais si peur il y avait, c'est dans le camp des partisans du « oui » qu'elle se manifesta. Ces derniers, face à une pression populaire considérable, eurent recours aux menaces et à l'intimidation.

C'est ainsi que le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, avertit qu'en cas de vote négatif, la France serait mise « hors jeu » et reléguée « en 2ème division », alors que le ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin, brossait un tableau cauchemardesque dans lequel le pays serait envahi par des immigrants si la constitution et les dispositions de renforcement des frontières extérieures de l'Union européenne qu'elle prévoit, venaient à échouer.

Le « non » retentissant fut le résultat d'une vaste mobilisation politique qui avait pris une ampleur étonnante au cours des quatre dernières semaines. Des centaines de milliers de personnes participèrent à de multiples réunions organisées pour ou contre la constitution. Des débats télévisés attirèrent des millions de spectateurs. L'ambiance dans le pays finit par ressembler à celle que l'on connaît lors des campagnes électorales ou présidentielles. Les électeurs eurent la conviction de pouvoir bloquer une évolution sociale et politique à laquelle ils étaient opposés.

Plus la mobilisation politique s'amplifia, plus les thèmes de campagne de l'extrême droite destinés à manipuler les peurs, tels l'immigration et la xénophobie, passèrent à l'arrière-plan et plus les sujets sociaux et politiques devinrent prédominants. Le caractère néolibéral et antidémocratique de la constitution se trouvait au coeur de la campagne pour le « non ». Celle-ci n'était pas orientée contre « l'Europe » mais contre une constitution antisociale et réactionnaire. Alors que le camp du « oui » mena une campagne « Pour une France forte », le slogan le plus populaire dans le camp du « non » fut « Pour une autre Europe ».

La division entre les deux camps correspondait à la fracture sociale. Trois quarts des ouvriers et deux tiers des employés ainsi qu'une majorité de petits agriculteurs et ouvriers agricoles votèrent « non ».

Crise politique

L'élite dirigeante française se trouve après l'échec du référendum devant les ruines de sa politique intérieure et extérieure.

Pour Chirac, le président, le rejet de la constitution signifie une défaite personnelle et politique décisive, la plus grande depuis son arrivée au pouvoir il y a dix ans. Le remplacement du premier ministre ne résoudra pas la crise. Chirac a bien accepté la démission du premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, nommé à sa place son allié Dominique de Villepin et écarté son principal rival, le leader de l'UMP, Nicolas Sarkozy, qui est partisan d'un « Thatchérisme à la française ». Mais la « guerre de tranchée » qui affecte le camp gouvernemental s'intensifiera sûrement et son impopularité auprès des électeurs ne fera que s'accroître.

Le plus grand perdant du référendum toutefois n'est ni Chirac ni l'UMP, mais le Parti socialiste que la question de la constitution a profondément déchiré. Le parti s'était prononcé officiellement en faveur du « oui », mais certaines figures influentes étaient de fervents défenseurs du « non ». Parmi les adhérents, la rupture était même plus prononcée, avec une forte majorité opposée à la constitution ( 60 pour cent votèrent « non » au référendum). Une scission du parti est tout à fait possible.

Les membres de la direction actuelle, menée par François Hollande qui doit son essor politique à Lionel Jospin, se sont sérieusement discrédités pour avoir soutenu avec véhémence cette constitution impopulaire. Jospin qui, après trois ans de silence, s'est lui-même investi dans la campagne pour le « oui » a définitivement perdu sa réputation de socialiste de « gauche ».

Toutefois, les adversaires de la constitution au sein du Parti socialiste sont trop fortement liés à la politique droitière des gouvernements socialistes précédents pour constituer une alternative crédible. Il en va de même pour la secrétaire générale du Parti communiste, Marie-George Buffet qui avait été ministre de la Jeunesse et des Sports du gouvernement Jospin. Qui plus est, les socialistes de « gauche » sont profondément divisés entre eux.

Le caractère international du déclin de la social-démocratie fut accentué par la participation à la campagne référendaire en France de nombreux sociaux-démocrates allemands et espagnols, y compris les chefs de gouvernement allemand et espagnol, Gerhard Schröder et Jose Luis Zapatero.

En Allemagne, le SPD (Parti social-démocrate allemand) a décidé d'organiser des élections législatives anticipées suite à sa onzième déroute électorale consécutive.

La crise du gouvernement français se développe dans des circonstances inhabituelles. Normalement les crises politiques des démocraties parlementaires se désamorcent en remplaçant le gouvernement par l'opposition. Dans ce cas précis, le parti gouvernemental tout comme l'opposition officielle de gauche ont été répudiés par la défaite que leur a infligée l'électorat. De ce fait l'on peut prédire que la crise politique s'aggravera inévitablement en prenant des formes de plus en plus malignes.

Paralysie de l'Union europeenne

L'échec de la constitution a détruit une des pierres d'angle de la stratégie suivie par la France au cours des cinquante dernières années.

 
Depuis que Jean Monnet et Maurice Schuman prirent l'initiative de la construction de la Communauté européenne du charbon et de l'acier en 1950, la France a, en commun avec l'Allemagne, joué le rôle principal dans l'intégration économique de l'Europe. Le traité constitutionnel fut élaboré par l'ancien président français Valery Giscard d'Estaing qui dirigea la Convention européenne. Cela était censé constituer l'apogée du processus d'unification européenne et compléter l'intégration économique du continent par une intégration politique. L'Europe et par conséquent la France devaient, grâce à la constitution, pouvoir prendre toute leur place sur la scène internationale, y jouer un rôle de premier plan et traiter sur un pied d'égalité avec les Etats-Unis.

Ces plans sont à présent mis au placard et peut-être même fera-t-on marche arrière. A la veille du référendum, l'actuel président du Conseil européen, Jean Claude Juncker décrivit le "non" comme "une catastrophe pour la France, pour Chirac et pour le monde entier"

Il essaya ensuite de dédramatiser. « L'Europe continue et les institutions fonctionnent pleinement. Nous sommes conscients des difficultés mais nous avons confiance que de nouveau nous trouverons les moyens de faire progresser l'Union Européenne » dit la déclaration commune de Juncker, du président de la Commission européenne José Manuel Barroso et du président du parlement européen, Josep Borell à la suite du référendum français. Il est cependant difficile d'imaginer par quel moyen l'Europe pourrait aller de l'avant. Un rejet de la constitution au cours du référendum hollandais est une quasi certitude et Tony Blair, le premier ministre britannique ne tiendra selon toute probabilité pas le référendum prévu en Grande-Bretagne. Un changement de pouvoir en Allemagne, où des élections nationales anticipées auront lieu en septembre, risque de jeter un froid dans les rapports entre Berlin et Paris, les deux « moteurs » de l'Union européenne jusqu'à présent. La candidate de la CDU (Union chrétienne-démocrate) à la chancellerie, Angela Merkel, a critiqué Schröder à plusieurs reprises pour son cours conflictuel avec Washington en association avec Chirac.

Une crise économique et politique se développe également aux Etats-Unis. L'occupation de l'Irak va inexorablement vers un désastre alors qu'on n'arrive plus à contrôler la dette intérieure et le déficit commercial. Le gouvernement américain cherchera immanquablement à résoudre ses problèmes par l'adoption d'une politique de plus en plus unilatérale et de nouvelles interventions militaires aux dépens de leurs rivaux européens.

La paralysie de l'Union europénne d'une part et la pression grandissante de l'Amérique d'autre part renforceront parmi les Etats européens la tendance aux initiatives solitaires en politique étrangère et aux aventures militaires. Une option déjà largement débattue est la formation d'une Europe restreinte menée par l'Allemagne et la France et débarrassée de l'influence paralysante de l'Angleterre et des Etats pro-américains d'Europe de l'Est.

C'est là où disparaît la ligne de démarcation entre les partisans et les adversaires de la constitution. Un de ceux qui appelèrent de la manière la plus agressive à agir dans ce sens, fut un adversaire de la constitution, Jacques Nikonoff, le président de la section francaise d'Attac. Dans un article écrit pour Le Monde et qui aurait obtenu l'approbation sans réserve du Général De Gaulle, Nikonoff critiqua le fait que « la construction institutionnelle monstrueuse que nous promet la constitution vise à étouffer la dynamique Franco-allemande ».

Sans ménagement aucun, le chef de file du mouvement antimondialiste en France lança une attaque frontale contre l'Angleterre qui « est assise sur un strapontin dans l'UE », bloquant toute initiative et qui « est, avant tout, atlantiste ». Il critiqua sévèrement « les trois anciennes dictatures fascistes (Espagne, Portugal et Grèce) » qui « doivent énormément à l'Union » et qui sont « sous perfusion permanente de fonds européens » mais qui « conçoivent l'UE comme un guichet utile à leurs propres besoins de développement et non comme une communauté de destin ». Finalement il s'en prit aux nouveaux membres issus de l'ancien Pacte de Varsovie : « Avec la guerre contre l'Irak [ceux-ci] disposaient d'une opportunité pour affirmer leur attachement à l'Europe : ils ont choisi le mauvais camp ».

L'article de Nikonoff alla crescendo jusqu'à un éloge fervent du « couple franco-allemand » et du Benelux : « Là se trouve le moteur de l'Union, désormais noyé dans ce magma [de la constitution]. Un dessein politique ambitionnant la puissance nécessite d'en avoir les attributs. Ceux de l'Union sont inexistants. »

Dans son opposition à la constitution, Laurent Fabius, de la droite du Parti socialiste, argumenta de façon similaire. Une telle approche politique aurait sans aucun doute l'approbation du Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement et du Parti communiste français qui s'est toujours voulu plus gaulliste que les gaullistes lorsque qu'il s'agit de la défense des intérêts français.

Les tâches politiques

Le rejet de la constitution a soulevé d'importantes questions politiques mais elle ne les a pas résolues. Les cercles dirigeants n'accepteront pas sans lutte une telle défaite. La pression de l'économie mondiale et la confrontation croissante avec les Etats-Unis les poussent à lancer de nouvelles attaques contre la classe ouvrière.

Alors que Chirac déclarait hypocritement qu'il comprenait la décision des électeurs, d'autres représentants des partis au gouvernerment continuaient avec obstination de défendre la constitution. Francois Bayrou, le leader de l'UDF, délara qu'il était fier de l'avoir défendue. Il exigea un changement immédiat et fondamental de politique.

Le président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, interpréta le résultat du référendum comme un mandat pour réaliser une « réforme » fondamentale du pays. Sa première déclaration après l'annonce des résultats ressemblait à une candidature au poste de chef du gouvernement. Si la crise continue de s'intensifier, même une démission du président, dont Sarkozy aimerait bien hériter la charge, ne peut être exclue.

Le principal atout dont disposent les partis politiques au pouvoir est l'absence d'orientation politique ou de parti politique indépendants de la classe ouvrière. Le rôle de la soi-disante « gauche » qui va de l'aile gauche du parti socialiste à la Ligue communiste révolutionnaire en passant par le Parti communiste, est d'empêcher un développement dans ce sens. Ils répandent l'illusion que les cercles dirigeants pourraient, sous la pression venue d'en bas, être forcés d'exécuter une politique foncièrement différente et se suspendent à leur « aile gauche ».

La LCR s'efforce de constituer une alliance avec le Parti communiste qui pour sa part cherche une association avec l'aile gauche du Parti socialiste, qui elle lorgne du côte de l'aile droite et de Laurent Fabius. La voie que prendraient des personnages comme Fabius, Henri Emmanuelli (PS) ou Marie-George Buffet (PCF) s'ils gagnaient de l'influence ne fait aucun doute. Ce sont tous des politiciens bourgeois qui défendent l'Etat francais et l'ordre social capitaliste.

Que l'on se rappelle Francois Mitterrand qui fit de façon toute similaire des discours de gauche jusqu'au moment où en 1982, un an seulement après son élection à la présidence de la république, il vira brusquement à droite. Laurent Fabius qui fut à l'époque un de ses premier ministres, tend lui à présent, la main aux adversaires de gauche de la constitution. Lionel Jospin cultiva une image de gauche jusqu'au moment où, devenu chef du gouvernment, il montra qu'il était un politicien bourgeois tout à fait ordinaire.

Les droits démocratiques et les acquis sociaux de la classe ouvrière ne peuvent être défendus que sur la base d'un programme socialiste qui remette en question les rapports de propriété capitalistes. Seule une lutte pour des Etats-Unis socialistes d'Europe peut vaincre la division du continent en Etats nations rivaux et permettre l'utilisation et le développement de ses richesses et de ses forces productives immenses dans l'intéret de la société tout entière.

Sources : WSWS

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Par EVANGELIZT
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Dimanche 12 juin 2005

Affaiblis, le président français et le chancelier allemand sont confrontés à un Tony Blair intraitable qui s'apprête, le 1er juillet, à prendre la présidence semestrielle de l'Union

 

Le ton monte entre Blair et le couple Chirac-Schröder

 

L'heure est grave. Hier, à l'Elysée, Jacques Chirac et Gerhard Schröder avaient visiblement leur tête des mauvais jours. Et pas de solution miracle pour sortir l'Europe de l'impasse dans laquelle elle est engagée après le non de la France et des Pays-Bas à la Constitution européenne. Le président français et le chancelier allemand ont une nouvelle fois affirmé leur volonté commune de ne pas abdiquer leur rôle moteur au sein de l'Union et ont accru leur pression sur Tony Blair, pour qu'il consente un geste dans les négociations sur le budget européen.


Porteur d'une vision de l'Europe très éloignée de celle de Chirac et Schröder, le premier ministre britannique s'apprête, au 1er juillet, à prendre la présidence semestrielle de l'UE. Face à un Tony Blair conforté par sa victoire électorale, c'est un couple franco-allemand fragilisé qui se présentera, la semaine prochaine à Bruxelles, à un sommet européen dont les enjeux sont particulièrement lourds. Au plus bas dans les sondages, Jacques Chirac a été personnellement désavoué par le non français à ce référendum qu'il avait voulu. Et en Allemagne, tous les pronostics prédisent la défaite de Gerhard Schröder aux législatives, à l'automne, au profit de la conservatrice Angela Merkel.


Au cours d'un point de presse commun, Chirac a donc fait front commun avec son «partenaire et ami», presque aussi affaibli que lui-même : le chancelier est un «homme de caractère et de vision sur lequel la France a pu s'appuyer pour renforcer, au service de l'Europe, la relation, l'amitié entre l'Allemagne et la France», a-t-il dit.


Jacques Chirac et Gerhard Schröder se retrouvaient à Paris, avec le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, habitué de ces entretiens informels dits de «Blaesheim», et un nouveau venu, son homologue Philippe Douste-Blazy. Le chancelier s'est déclaré prêt à «un compromis constructif» sur le budget de l'UE, à condition que ce ne soit pas «un effort unilatéral» demandé à la France et à l'Allemagne. Chacun doit «faire un geste», a dit Schröder, «chacun doit apporter son écot» au rassemblement de l'UE, a renchéri Chirac. «Je suis prêt, naturellement, à ce que la France apporte son écot, comme les autres, à une solution au problème auquel nous sommes confrontés», a-t-il dit. «Mais je revendique le droit de choisir l'écot en question. Je ne suis pas disposé à transiger sur l'accord unanime qui a été passé en 2002 sur la politique agricole commune», a-t-il prévenu. Dans la ligne de mire de Paris et Berlin, le fameux «chèque» britannique, cette ristourne sur la contribution de la Grande-Bretagne au budget communautaire que Margaret Thatcher avait obtenue de haute lutte en 1984, méritant plus que jamais son surnom de «Dame de fer». Depuis, Tony Blair s'est toujours battu pour conserver cet avantage, régulièrement remis en cause par ses partenaires européens, au premier rang desquels la France et l'Allemagne, qui y voient un moyen de dégager de substantielles marges de manoeuvre.


Mais hier, à nouveau, Londres a menacé d'opposer son veto à toute révision de cette ristourne, sauf si elle s'accompagnait d'une refonte d'ensemble du budget européen. Les négociations s'annoncent donc particulièrement âpres avec un Tony Blair en majesté.


Autre sujet sensible qui l'oppose à Chirac et Schröder, l'avenir de la Constitution européenne. Blair a mis à profit le non français et néerlandais pour annoncer un très opportun report aux calendes grecques du référendum dans son propre pays. La France et l'Allemagne veulent «sortir de la crise», a dit Chirac, pour qui «le respect des autres et la démocratie impliquent que le processus de ratification se poursuive». Il est «encore trop tôt pour dresser un bilan intérimaire», a ajouté Schröder. Mais comment désensabler l'Europe ? Ni Chirac ni Schröder n'ont avancé de piste hier. «Il y a un problème de réconciliation des Européens avec l'Europe», a dit le président français. «Ces difficultés, il faudra bien que l'Europe les surmonte. Elle les surmontera d'autant mieux qu'il y aura une forte volonté entre l'Allemagne et la France pour les surmonter», a-t-il ajouté. «Il est plus important que jamais de maintenir le cap de l'unification et de l'élargissement», a affirmé le chancelier.


Invoquant lui aussi la force de l'amitié franco-allemande, il a souligné que ces entretiens se déroulaient le jour du 61e anniversaire du massacre d'Oradour-sur-Glane...

Sources : http://www.lefigaro.fr/international/20050611.FIG0011.html?134447

Posté par Adriana EVANGELIZT

Par EVANGELIZT
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