UNION EUROPEENNE USA

Mercredi 25 mai 2005

Votez "non" au référendum sur la Constitution européenne

pour les Etats-Unis socialistes d'Europe !

 

Le 29 mai, les électeurs décideront en France de l'adoption ou du rejet de la Constitution européenne. Le comité de rédaction du World Socialist Web Site prend résolument fait et cause pour un rejet de cette Constitution et nous appelons à voter 'non' lors du référendum.

 Le « Traité établissant une Constitution pour l'Europe », qui comporte cinq cent pages, quatre cents quarante-huit articles et trente-six clauses complémentaires, fut solennellement signé par les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de l'Union européenne à Rome le 29 octobre 2004 et doit à présent être ratifié par l'ensemble des vingt-cinq Etats-membres. Cela se fait au moyen d'un référendum dans dix de ces Etats; dans les quinze autres, la décision est prise par les parlements. Jusqu'à présent cette Constitution n'a été adoptée par un vote populaire qu'en Espagne et ce, à une nette majorité mais avec une faible participation. Si elle est rejetée en France, membre-clé de l'Union européenne, à terme cela porterait un coup fatal au projet de constitution. L'Union européenne fonctionnerait dans ce cas sur la base du traité de Nice qui, du fait des droits de veto étendus dont dispose chaque Etat-membre, rend pratiquement impossible une action unitaire de l'UE en matière de politique étrangère, de politique de défense et de politique économique.

 Le comité de rédaction du World Socialist Web Site s'oppose à la Constitution pour des raisons de principe et non pas pour des raisons tactiques. Ceux qui votent "oui", ne voteront pas « pour l'Europe », comme le prétendent les partisans de la Constitution. Ils légitimeront l'Etat bourgeois, la propriété privée capitaliste, le militarisme et la politique étrangère impérialiste. Ils légitimeront une Europe dans laquelle les intérêts vitaux de la population seront subordonnés aux profits des grands trusts et des grandes banques.

Un des principes de base de cette Constitution est la reconnaissance d'« un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée » et d'une « une économie sociale de marché hautement compétitive ». On inscrit par là dans une constitution la prédominance des intérêts du capital sur tous les domaines de la vie sociale.

On ne trouve nulle part ailleurs dans l'histoire une telle constitution. Les grandes constitutions bourgeoises de l'époque moderne, la Constitution américaine de 1787, la Déclaration française des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, ne défendent pas le capitalisme, mais « les droits naturels inaliénables et sacrés de l'Homme ». Elles protègent les droits démocratiques et sociaux des citoyens et non pas le pouvoir et la liberté de circulation du capital. Le texte de cette constitution fait plutôt penser aux statuts d'une « Europe S.A. » qu'à la constitution d'une société démocratique. En élevant le marché et la concurrence au rang de principes constitutionnels, on déclare en fait que toute lutte sociale est anticonstitutionnelle.

De surcroît, la Constitution tourne en dérision les principes élémentaires de la démocratie bourgeoise. On ne fait aucun cas des principes de l'Etat de droit, comme la séparation des pouvoirs, la responsabilité du gouvernement et la souveraineté populaire. Le Conseil européen, qui se compose des gouvernements des Etats-membres, est pouvoir législatif et pouvoir exécutif à la fois. Parallèlement, il existe un second organe de l'exécutif, la Commission européenne qui, jouit d'une existence indépendante et pour une grande part incontrôlée, tout en disposant de pouvoirs et de droits d'ingérence étendus dans les affaires des citoyens européens. Le Parlement européen, seule institution européenne élue, n'a ni le droit d'élire l'exécutif ni celui de voter des lois. Il ne dispose que de pouvoirs de contrôle et de veto limités et fait songer aux parlements complaisants que se donnaient les cours princières européennes au 19ème siècle. Comparée à la Constitution américaine vieille de deux cents ans, la Constitution européenne de 2004 semble être un document sorti d'une époque sombre et révolue. La Constitution comporte bien une liste (fort modeste) de droits fondamentaux, mais ce sont des droits qu'on ne peut pas faire valoir devant la Cour européenne de justice et qui n'existent par conséquent que sur le papier.

Qu'on soumette au vote du peuple français un tel document et qu'on lui en recommande l'adoption donne la mesure de la corruption de l'élite politique de ce pays. La France a produit quelques-uns des plus grands penseurs en matière de démocratie et de socialisme tels Condorcet, Danton, Robespierre, Proudhon, Louis Blanc, Jaurès. Que diraient-ils d'une constitution qui place l'égoïsme commercial au-dessus de la dignité humaine? La France a eu dans son passé plus de grandes révolutions que tout autre pays : 1789, 1848, 1871. Elle a introduit dans le vocabulaire international le terme « socialisme ». Et voilà à présent qu'au nom de ce même socialisme un François Hollande et un Lionel Jospin font l'article de ce texte lamentable. Quelle déchéance dans la perspective et les idées! Ils tombent à genoux devant le pouvoir du capital et disent adieu à la démocratie, au socialisme et au progrès.

On a soumis ces dernières semaines la population française à une campagne incessante dans le but de lui faire accepter la constitution. On se sert à cette fin des médias, publics et privés, ainsi que de l'argent des contribuables. Le gouvernement a fait distribuer à tous les ménages des brochures coûteuses et des exemplaires de la Constitution, afin de faire de la publicité pour le "oui". Les présentateurs des journaux d'informations ont renoncé à tout semblant d'objectivité et avertissent qu'un non à la constitution serait une erreur terrible. L'esprit partisan était tellement flagrant que l'autorité de surveillance reprocha aux responsables des radios et des télévisions, de n'avoir pas donné aux partisans du "non" et du "oui" le même temps d'antenne, comme le prescrit la loi.

Ce n'est pas seulement en France que l'on s'efforce de pousser les électeurs à voter en faveur de la Constitution. En Allemagne, la Constitution sera ratifiée par un vote au parlement fédéral deux jours seulement avant le référendum en France. La date fut choisie délibérément afin de donner à la campagne du "oui" en France un dernier soutien. A plusieurs reprises, le chancelier Schröder et le chef du gouvernement espagnol Zapatero prirent publiquement la parole en France pour donner une dynamique finale à la Constitution. De même des sociaux-démocrates et des Verts allemands parcoururent le pays, faisant campagne pour le "oui". Des écrivains et des intellectuels de renom comme Günter Grass et le philosophe Jürgen Habermas appelèrent aussi à soutenir la Constitution.

Malgré cette propagande intense, la population sent bien que la Constitution va à l'encontre de ses intérêts. Depuis que le président Chirac a annoncé le référendum, à l'occasion de la fête nationale l'an dernier, le taux d'approbation qui était alors de deux tiers, est tombé à moins de quarante pour cent. Les principales raisons en sont une peur justifiée des implications économiques libérales de la Constitution et une vaste opposition à la politique sociale du gouvernement Chirac-Raffarin. Le résultat du scrutin de dimanche est encore tout à fait incertain.

Les arguments du camp du "oui"
 

Les partisans de la Constitution, le président Jacques Chirac, l'UMP, la majorité du Parti socialiste, l'UDF et les Verts, prennent ouvertement fait et cause pour un impérialisme européen. Ils soutiennent la Constitution selon l'argument qu'elle permettra à la France et à l'Europe de s'opposer à l'impérialisme américain sur le plan économique, politique et militaire.

Le chancelier Schröder et le président Chirac qualifient la Constitution d'étape importante vers une Europe qui fait sentir « [son poids] sur la scène internationale ». Le socialiste Pierre Moscovici met en garde contre le fait qu'un échec de la Constitution aurait pour conséquence une division de l'Europe et serait un cadeau bienvenu pour le gouvernement américain. Et le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, explique qu'avec le référendum les Français décideront s'ils veulent « une Europe européenne » ou une « Europe sous influence américaine ». 

Cette orientation antiaméricaine s'accompagne de l'affirmation que par la construction d'une « Europe forte » on pourrait défendre l' « économie sociale de marché » et le « modèle social européen et français » contre le « libéralisme anglo-américain ». Le chef de l'UDF, François Bayrou explique ainsi que l'adoption de la Constitution offrirait une protection contre « le libéralisme individualiste américain et l'ultralibéralisme totalitaire de la Chine». Et le dirigeant socialiste belge, Elio Di Rupo avertit qu'un rejet de la Constitution laisserait « un modèle de prospérité économique, de protection sociale et de diversité culturelle, que nous voulons nous aussi préserver, aux mains de la Grande-Bretagne, qui pourra imposer ses vues ultralibérales ».

Les intérêts sociaux de la classe ouvrière sont, de cette manière, subordonnés et dépendants des besoins de l'impérialisme européen et français, « afin de maintenir le poids de l'Europe sur la scène internationale ». Suivant cette même logique, selon laquelle la défense de la patrie constituerait une condition préalable à la lutte pour le socialisme, les sociaux-démocrates avaient envoyé des millions de travailleurs à une mort aussi certaine qu'insensée sur les champs de bataille de la Première guerre mondiale.

Un autre argument des partisans du "oui" est que la Constitution protégerait d'un retour à la guerre et au fascisme. Le chancelier allemand Schröder dit lors d'un discours au parlement qu'il s'agissait d'une question véritablement historique, de l'idée qu'une Europe unie était une réponse à l'horreur du fascisme.

C'est tout le contraire. Le projet de Constitution est la réponse des puissances européennes aux tensions grandissantes entre l'Europe et les Etats-Unis et aussi entre l'Europe et d'autres puissances comme la Russie et la Chine, tensions qui sont apparues au grand jour depuis la guerre en Irak. On veut faire de l'Europe une grande puissance et s'opposer à l'action unilatérale des Etats-Unis à l'aide d'une politique étrangère européenne commune et des forces armées indépendantes et prêtes à riposter, capables de leur tenir tête. Il en résulte des différends et des conflits militaires croissants au Moyen-Orient, en Asie centrale, en Afrique et dans d'autres régions qui ont une importance stratégique ou qui disposent de matières premières importantes. C'est la classe ouvrière qui paie le prix de ce militarisme grandissant.

En même temps, le capitalisme européen ne peut pas concurrencer son rival américain sans introduire elle aussi des « conditions américaines » en Europe. C'est en cela que consiste la tâche essentielle de la Constitution qui vise à éliminer tous les obstacles sur la voie d'une libre circulation du capital et de l'exploitation sans entrave de la classe ouvrière. Si elle est adoptée, la démolition sociale, opérée tant par les gouvernements sociaux-démocrates que conservateurs, et qui dure depuis vingt ans s'accélérera encore davantage. Du point de vue du capital international, les salaires européens, les prestations sociales et les impôts sont encore bien trop élevés.

Là-dessus, on trouve au moins un partisan du "oui" qui dit la vérité ; il s'agit de Nicolas Sarkozy, président du parti au gouvernement, l'UMP. Il ridiculise la campagne contre l'ultralibéralisme et justifie sa défense de la Constitution en disant qu'elle servirait à réformer la France dans le sens néolibéral. « Je suis européen parce que l'Europe est un formidable levier pour faire des réformes en France», dit-il au Monde.

Les arguments du camp du "non"

Un certains nombres de tendances politiques qui s'opposent à la Constitution partagent ouvertement les mêmes objectifs impérialistes que ceux qui la soutiennent. Eux aussi préconisent une France forte dans une Europe forte. Ils sont pourtant d'avis que la Constitution représente un obstacle à cet objectif.

L'extrême droite voit dans l'Europe une menace envers la nation française. Elle a recours à un chauvinisme débridé. Une campagne teintée de racisme contre l'entrée de la Turquie en Europe forme le nerf de sa propagande.

Par contre, les adversaires de gauche de la Constitution ­ une vaste alliance allant de l'aile minoritaire du Parti socialiste au souverainiste Jean-Pierre Chevènement, en passant par les alter mondialistes d'Attac, le Parti communiste et la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) ­ placent le centre de gravité de leur campagne sur le caractère néolibéral de la nouvelle Constitution. Mais, eux aussi, fondent leur refus sur l'argument selon lequel la Constitution confère trop d'influence aux USA en Europe.

C'est ainsi que Laurent Fabius, porte-parole des tenants du "non" à la Constitution au sein du Parti socialiste, met en garde contre « une Europe impuissante » et « une France affaiblie » au cas où la Constitution serait acceptée. Il justifie son point de vue, en arguant que l'Europe serait contrainte par la politique militaire de l'OTAN sous domination américaine, et par le fait que tous les pays membres de l'UE auraient le droit de veto sur les décisions de politique étrangère. Le traité de Constitution accorderait aussi un manque de parité de voix entre la France et l'Allemagne. L'organe de presse du Parti communiste, l'Humanité, avertit même que les Etats-Unis pourraient torpiller l'armement européen en cas de ratification de la constitution.

L'idée que « le modèle social français » puisse être défendu contre le « néolibéralisme » dans le cadre de l'Etat nation français, est tout aussi illusoire que l'affirmation absurde de Chirac qu'il le serait dans le cadre de la Constitution européenne. La mondialisation de la production et des marchés financiers a coupé l'herbe sous les pieds pour toute forme de politique social-démocrate, aussi bien dans le cadre français qu'européen. Face à la pression exercée par les marchés mondiaux, l'Etat nation s'avère impuissant.

Preuve à l'appui en est le virage vers la droite pris par les partis sociaux-démocrates et les syndicats, y compris ceux qui prêchent encore la justice sociale. Partout où ils sont au gouvernement ­ tel le Parti social-démocrate (SPD) en Allemagne ou le PS en France sous Jospin ­ ils sont responsables des attaques contre les droits démocratique et les acquis sociaux au même titre que des gouvernements conservateurs et libéraux.

Les syndicats ont depuis longtemps cessé de défendre les acquis de leurs adhérents et torpillent systématiquement les luttes contre les licenciements, les baisses de salaire et la destruction sociale. En règle générale, les seules manifestations qu'ils organisent ne servent que de soupape de sécurité afin de ne par perdre le contrôle du mouvement de résistance des travailleurs. En France, la CFDT, en collaboration avec le syndicat européen, mène une campagne pour le "oui" à la constitution. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, a refusé de donner le "non" comme consigne de vote malgré l'opinion de la majorité de sa propre organisation.

Une perspective indépendante

La classe ouvrière ne peut soutenir aucun de ces camps opposés sans encourir le danger de se voir manipulé par l'une ou de l'autre des fractions bourgeoises. Elle requiert sa propre perspective indépendante. Elle se doit de rejeter de façon décisive cette Constitution réactionnaire.

Ceci ne signifie toutefois pas qu'elle soutient le camp bourgeois du "non" dont les objectifs ne sont pas moins réactionnaires : à savoir, maintien de l'Union européenne sur la base du traité de Nice, formation d'un noyau franco-allemand ou désintégration de l'UE en Etats nations rivaux, qui cachent des dangers tout aussi grands que l'acceptation de la Constitution : nationalisme croissant, fermeture des frontières, déclin économique et risque d'une nouvelle guerre européenne.

Les droits élémentaires et les acquis de la classe ouvrière ne peuvent être défendus de nos jours que dans le cadre d'un programme socialiste qui mette en cause les relations de propriété capitalistes. Un programme socialiste par contre ne peut être réalisé qu'à une échelle internationale. Il nécessite l'unité de la classe ouvrière par-dessus les frontières nationales, ethniques et culturelles. La seule alternative à l'Union européenne et à sa Constitution permettant à la classe ouvrière de faire valoir ses intérêts sont les Etats-Unis socialistes d'Europe.

Ce n'est que sur cette base que la division du continent en Etats nations rivaux pourra être surmontée et que ses vastes richesses et forces productives pourront être mises à la disposition et développées par la société dans son ensemble. Une Europe socialiste unifiée permettrait à la classe ouvrière de s'opposer à l'impérialisme américain. Elle encouragerait la classe ouvrière américaine à défier les fauteurs de guerre de la Maison Blanche. Elle deviendrait une inspiration considérable pour tous les peuples opprimés du monde entier à combattre l'impérialisme et à en finir avec les oppresseurs de leur propre pays.

La concrétisation de cette perspective exige que la classe ouvrière se dissocie de tous les partis qui l'enchaînent à l'ordre bourgeois pour s'organiser en un parti socialiste mondial indépendant. Et c'est précisément cela que les organisations de la soi-disant « extrême gauche » essaient d'empêcher.

La Ligue communiste révolutionnaire constitue un élément intégral du camp du "non" bourgeois. Elle lui donne une caution de gauche. Lors de réunions communes contre la Constitution, ses porte-parole apparaissent régulièrement en compagnie de représentants des Partis socialiste et communiste, d'Attac et de souverainistes. Le fait qu'ils se mêlent dans la campagne pour le "non" à des nationalistes invétérés montre indubitablement leur hostilité à une politique indépendante de la classe ouvrière. Ils n'ont certes pas recours à la rhétorique nationaliste des staliniens et des sociaux-démocrates mais prônent une « Europe des travailleurs ». Ceci n'a cependant pas pour but de démasquer les chauvinistes socialistes, mais plutôt d'enjoliver leurs points de vue. La LCR renonce à toute polémique à leur encontre et s'efforce d'estomper la contradiction irréconciliable entre la politique bourgeoise des opposants à la Constitution et un programme socialiste dans l'intérêt de la classe ouvrière.

En dépit de son nom, la politique de la LCR n'est ni communiste ni révolutionnaire. Elle prend fait et cause pour une « Europe sociale et démocratique » et non pour des Etats-Unis socialistes d'Europe. Elle lutte contre le « néolibéralisme » et non contre le capitalisme. Il ne s'agit pas là d'une simple question de terminologie, mais d'une question de perspective. La LCR dénonce les pires excès du système de profit capitaliste mais pas le système de profit en tant que tel. Elle génère l'illusion qu'il est possible de réformer le capitalisme dans l'intérêt de la classe ouvrière et tente de redorer le blason des socialistes et des staliniens dont la crédibilité a été anéantie par des années de politique gouvernementale. La LCR ne répugnerait pas à prendre un poste ministériel dans un gouvernement bourgeois. Son organisation sur l'a déjà fait au Brésil.

Alors que la LCR s'efforce activement de canaliser dans le giron des partis bourgeois la vaste opposition au gouvernement et à l'Union européenne, Lutte Ouvrière en fait de même mais passivement. Elle conseille aux travailleurs de ne pas s'immiscer dans la politique, de se concentrer sur des manifestations et des grèves et de laisser l'initiative politique à d'autres. « Pendant et après les manifestations du 10 mars, on a entendu dire qu'il fallait transformer leur succès en un succès du vote "non" au référendum.» écrivait Arlette Laguiller dans l'éditorial du 18 mars. « Tous ceux qui disent cela trahissent les intérêts des travailleurs. Il ne faut pas que le mécontentement qui monte soit détourné vers les urnes. (....) C'est dans les entreprises, dans la rue, que nous sommes forts.»

Le Comité International (CI) de la Quatrième Internationale fut fondé en 1953 dans le but défendre les perspectives de la Quatrième Internationale, le parti socialiste mondial créé par Léon Trotsky, des révisions politiques introduites par Michel Pablo et Ernest Mandel et sur lesquelles la LCR s'appuie aujourd'hui. L'organe international du CI, le World Socialist Web Site, a pour objectif de préparer théoriquement et politiquement le développement d'un parti de masse socialiste international. Il livre quotidiennement une analyse des principaux événements internationaux en fournissant une orientation politique et une perspective.

Nous invitons tous ceux qui en France veulent lutter sérieusement pour une perspective socialiste internationale à suivre et à soutenir régulièrement le World Socialist Web Site et à contribuer à la construction du Comité International.

Voir aussi :

Sources : WSWS http://www.wsws.org/francais/News/2005/mai05/240505_DeclaWSWS_refere.shtml

Posté par Adriana EVANGELIZT

Par EVANGELIZT
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Samedi 18 juin 2005

Jacques Chirac se rend compte tout à coup que le problème vient du Royaume-Uni. Il serait temps qu'il se réveille enfin et qu'il comprenne que Blair est inféodé à Bush... alors que peut-on attendre de lui concrètement ? De Gaulle déjà en son temps possédait ses à-priori avec l'Angleterre...  "le Général maintint en 1963 puis en 1966-1967 son opposition à l'entrée du Royaume-Uni dans le Marché Commun, expliquant que ce pays n'en acceptait pas les disciplines. En outre, il soupçonnait Londres de maintenir une trop stricte allégeance envers les Etats-Unis et considérait aussi que ses relations privilégiées avec le Commonwealth déstabiliseraient la CEE en la noyant dans une vaste zone de libre-échange dépourvue de virtualité politique. Il savait, au demeurant, que Churchill, qui avait naguère lancé un appel à l'Union de l'Europe, n'avait jamais envisagé que le Royaume-Uni en fît partie intrinsèquement."

Quarante ans plus tard, on peut s'apercevoir sans peine que rien n'a changé... nos gouvernants sont-ils aveugles ou piètres stratèges ? Ne voient-ils pas que l'ingérence du Royaume-Uni en Europe ne peut que nous apporter des ennuis directement téléguidés par les USA ? Ces derniers ne voulant certainement pas voir se développer ce bloc qui pourrait leur nuire économiquement...

Il est à noter aussi que de Gaulle, dont Chirac se pense le digne continuateur, était absolument contre l'Otan comme armée de défense à l'Europe : "Son hostilité fut en revanche totale à la CED (Communauté européenne de défense) finalement rejetée en 1954 à l'Assemblée par une majorité communiste et RPF à laquelle s'étaient joints quelques radicaux-socialistes. Ce projet supranational visant à créer une armée européenne avec des contingents allemands, sous commandement de l'OTAN, c'est-à-dire américain, était pour lui inacceptable dans son principe."

Il nous faut aussi remarquer que De Gaulle s'était lui aussi heurté au financement agricole : "Fondée sur trois principes (solidarité financière, préférence communautaire, prix unique à la production), la Politique agricole commune (PAC) , mentionnée dans le traité de Rome mais non détaillée, fournit à de Gaulle l'occasion d'afficher sa détermination, même si elle devait provoquer une crise. Faute d'accord sur son financement - question vitale pour la France, principal pays agricole de l'époque -, il décida, le 30 juin 1965, de pratiquer la politique dite de "la chaise vide", en refusant le principe des décisions prises à la majorité qualifiée. Au bout de six mois de blocage, le compromis de Luxembourg (janvier 1966) sur le fonctionnement des institutions, fit obligation aux Six de rechercher un accord unanime sur les "questions importantes". De Gaulle obtenait gain de cause et préservait la spécificité et les intérêts de notre agriculture tout en ne cessant d'approuver les principes mêmes de la PAC. Il réussit à influer sur le mécanisme des prises de décision inscrit dans le traité de Rome en misant sur une solidarité fondée sur la compréhension mutuelle."

Nous ne manquerons pas de rappeler aussi que tous les derniers pays rajoutés à la liste des pays membres sont devenus "démocratiques" grâce à  l'ingérence des USA et qu'ils ne seront rien d'autre que des "chevaux de troie" satellisés par les USA pour nous porter tort d'une façon ou d'une autre. Que la Lettonie, par exemple, en fasse partie avec son gouvernement d'Extrême droite prouve bien la tendance étatsunienne à nous imposer ses goûts et ses vues à la démocratie extrêmiste.

Jacques Chirac est en train de trahir non seulement les stratégies éclairées de son mentor mais il se rend ridicule aux yeux de ceux qui veulent sa perte et qui doivent bien rire sous cape. Il serait grand temps qu'il ait un sursaut de lucidité. Le fait qu'il accuse directement Blair est un grand pas mais il lui faut continuer dans ce sens et cesser de se faire manipuler par les décideurs de tous poils qui pensent bien davantage à leurs ambitions personnelles qu'au bien être de l'Europe ou de la France.

Adriana Evangelizt

 

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Jacques Chirac constate une "crise grave" de l'UE et s'en prend aux Britanniques

 

"L'Europe connaît une crise grave", a lâché samedi le président français Jacques Chirac lors de la conférence de presse de clôture du Conseil européen de Bruxelles, en s'en prenant à l'attitude de la Grande-Bretagne.

Jacques Chirac a "déploré que le Royaume-Uni se soit refusé à apporter (sa) part raisonnable et équitable aux dépenses de l'élargissement". "Il a voulu garder l'intégralité de son chèque, et cela a conduit d'autres pays à privilégier les attitudes de surenchères, d'intérêt strictement national, au détriment de l'intérêt européen", a-t-il accusé. "C'est un mauvais résultat pour l'Europe".

"Ce n'est pas parti de façon brillante", a-t-il lâché au sujet de la présidence britannique de l'UE.

"Nous étions en réalité très près d'un accord" et "la très grande majorité des pays étaient favorables à la dernière proposition de la présidence" luxembourgeoise, jugée "raisonnable". Mais "quelques pays, peu nombreux, ont refusé d'accepter le compromis, marquant ainsi une différence profonde par rapport aux comportements passés en ce qui concerne l'esprit européen".

"C'est peut-être plus encore cette situation nouvelle en Europe qui me préoccupe, plus encore que le problème stricto sensu de l'absence d'un accord" sur les perspectives financières. "C'est une vision affaiblie de l'Europe qui a émergé" dans ce sommet.

En revanche, Jacques Chirac a salué l'attitude des nouveaux Etats-membres de l'UE, qu'il a opposée à "l'égoïsme affiché par deux ou trois pays riches".

"Il y a eu un moment pathétique, le mot n'est pas excessif lorsque, l'un après l'autre, ces pays qui sont les moins riches" et "qui étaient consternés de l'attitude de deux ou trois pays les plus riches refusant toute remise en cause de leurs avantages acquis" se sont dits "prêts à renoncer à certains des avantages qui (leur) ont été concédés", a-t-il raconté. "Ils sont six ou sept à avoir dit ça successivement". "C'était très impressionnant" et "émouvant également". C'est "une belle leçon pour l'Europe de demain, malheureusement cette leçon n'a pas été entendue".

La France quant à elle "a abordé ce Conseil dans un esprit constructif", a-t-il affirmé. "L'Europe avait besoin de cet accord. La France a fait tout ce qu'elle pouvait pour le faciliter. Elle "a fait un pas considérable en acceptant notamment une augmentation du budget" dans ces discussions.

Désormais, "nous devons nous remettre au travail".

La Politique agricole commune "est une politique moderne et d'avenir", s'est défendu Jacques Chirac au sujet des attaques du Premier ministre britannique Tony Blair sur ce sujet. "Elle peut être aménagée, on verra ça en 2013". Mais "dire aujourd'hui que la Politique agricole commune n'est pas une politique moderne, c'est simplement faire preuve d'une étrange ignorance des choses ou simplement d'un laisser-aller dans les lieux communs qu'on a l'habitude de répéter sans réfléchir".

"Il n'y avait pas de lien entre le chèque britannique et l'agriculture et personne ne le demandait en dehors des Britanniques", a-t-il assuré.

Interrogé sur les conséquences de cette crise sur l'élargissement, Jacques Chirac a estimé que cela n'en aurait pas sur "le processus de négociations" car "ce sont deux choses totalement différentes". Mais "il est certain que les exigences de l'Europe auront normalement tendance à s'accroître".

Concernant la Constitution européenne, il s'est félicité de "l'engagement d'une réflexion (...) pour analyser, comprendre et tirer les conséquences du message transmis" par les référendums français et néerlandais.

"J'ai proposé que nous nous réunissions selon des modalités qu'il faut mettre au point" et les 25 ont décidé d'une "clause de rendez-vous, qui aura lieu au premier semestre" 2006. Car "il y a comme un hiatus entre l'Europe telle qu'elle est conduite et la perception que se font un nombre croissant d'Européens sur la réalité de cette Europe", a-t-il souligné. "Nous avons l'obligation d'entendre ce qui a été dit". AP

co/cov/ege

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Sources : http://fr.news.yahoo.com/050617/5/4gu9s.html

Par EVANGELIZT
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Lundi 10 octobre 2005

Déclaration du comité de rédaction du WSWS - la journée d'action du 4 octobre 2005

 

A l'offensive mondiale libérale et impérialiste il faut opposer l'internationalisme socialiste

 

Les travailleurs qui, dans tous les domaines, essaient de lutter contre des attaques néolibérales se voient confrontés à un gouvernement qui ne reculera devant rien pour détruire leurs droits. C'est pourquoi les travailleurs ont besoin d'une nouvelle perspective politique qui leur permette de gagner sur ce gouvernement et ses alliés dans le monde politique.

Cet état de fait fut souligné par le spectacle choquant qui se déroula le matin du 28 septembre quand des hélicoptères militaires transportant un commando de forces spéciales GIGN sont intervenus pour prendre d'assaut le ferry « Pascal Paoli » que des marins et du personnel en grève avaient occupé.

L'arraisonnement militaire du ferry qui appartient à la compagnie publique SNCM (Société nationale Corse-Méditerranée) a, à juste titre, été comparé à la célèbre scène du massacre d'un village vietnamien par l'intervention d'hélicoptères de l'armée américaine dans le film sur la guerre du Vietnam de Francis Ford Coppola « Apocalypse Now ».

Le recours à l'armée pour intervenir dans une action tout à fait légitime de salariés du ferry, non armés et protestant contre une privatisation imminente de leur entreprise et se trouvant devant la perspective de perdre leur emploi, leurs droits et conditions de travail, représente une nouvelle étape dans l'imposition de mesures néolibérales. Ordonnée par de Villepin, avec l'approbation du président Chirac et du ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, cette intervention laisse entrevoir jusqu'où la classe capitaliste et l'Etat iront afin d'être compétitifs sur le marché mondial et de briser la résistance des travailleurs contre la destruction de leurs droits.

Le syndicat CGT (Confédération générale du Travail), entretenant des liens étroits avec le Parti communiste, ainsi que les nationalistes corses du syndicat STC (Syndicat des Travailleurs corses), représentant les employés du ferry sont déjà en train de négocier une solution de compromis qui accepte la privatisation ainsi qu'une réduction de l'effectif malgré le soutien considérable apporté par les travailleurs portuaires et malgré la fermeture du port de Marseille.

Les salariés ne devraient pas oublier le rôle joué en 2003 par le dirigeant de la CGT, Bernard Thibault, et Gérard Aschiéri de la FSU (Fédération syndicale unitaire), et que le président Chirac et l'ancien Ministre des Affaires Sociales, du Travail et de la Solidarité, François Fillon, avaient félicités pour avoir contenu et étouffé le mouvement de grève pour la défense du système de retraite, étouffement auquel avaient aussi participé les autres confédérations syndicales.

Le traitement infligé par l'armée à la population civile de son propre pays et comparable à celui infligé aux ennemis étrangers est en passe de devenir une caractéristique généralisée du capitalisme mondialisé où toute entrave au profit, à savoir des salaires et des conditions de travail convenables et des services sociaux, doit être supprimée.

C'est ce qui a été particulièrement bien illustré par l'incapacité du pays le plus riche du monde, le modèle pour tous ceux qui veulent jouer le jeu de la concurrence selon les règles du capitalisme mondialisé, à faire face aux dégâts causés par le cyclone Katrina.

La Nouvelle Orléans

La catastrophe sociale de la Nouvelle Orléans a été cruellement révélée par Katrina. Elle était le résultat de décennies durant lesquelles l'infrastructure civile et sociale connut une dégénérescence dangereuse dans l'ensemble des Etats-Unis à la fois par les gouvernements des Partis républicain et démocrate. Devant la détresse de la population, en particulier les handicapés, les pauvres et les noirs, on déploya des troupes armées jusqu'aux dents ayant la même mission et attitude que celles des troupes d'occupation d'Irak.

« L'ouragan a mis en lumière certains éléments essentiels de la crise profonde de ce système: la privation sociale vécue par des dizaines de millions de personnes aux États-Unis et le vaste gouffre séparant l'énorme majorité des gens (ceux travaillant pour un salaire) d'une oligarchie fabuleusement riche qui contrôle les deux principaux partis politiques

« La négligence et l'indifférence criminelles affichées par l'administration Bush envers la population de la Nouvelle-Orléans sont liées à la criminalité et au sadisme de la guerre américaine en Irak, qui a maintenant coûté la vie à plus d'une centaine de milliers d'Irakiens et à plus de 1.900 soldats américains.

« Tout comme la dévastation sur la côte du Golfe du Mexique n'était pas simplement le produit d'une catastrophe naturelle, la guerre elle-même n'est pas qu'une aberration, une conspiration fomentée par une poignée d'idéologues de droite. Il s'agit plutôt du produit inévitable d'une société capitaliste américaine en profonde crise

« L'usage de la force pour s'emparer de ressources et de marchés vitaux va main dans la main avec la destruction des programmes sociaux et avec les attaques sur les salaires en termes réels pour financer les immenses diminutions d'impôts pour les riches aux États-Unis mêmes. C'est la même politique de pillage à l'intérieur comme à l'étranger. » (WSWS, 23 septembre 2005, « Katrina, la guerre en Irak et la lutte pour le socialisme »)

L'impérialisme européen et américain

Les efforts des puissances européennes, organisées au sein de l'Union européenne, pour concurrencer les Etats-Unis sur le plan commercial, économique et géostratégique, ainsi que la Chine et l'Inde expliquent l'énergie implacable de tous les états ainsi que de leurs organisations nationales à faire baisser le coût du travail à travers la destruction du niveau de vie de la classe ouvrière au-delà des barrières et idéologies nationales.

La France, l'Allemagne et le Royaume ­Uni sont à présent engagés dans une offensive géostratégique commune, aux côtés des Etats-Unis, contre l'Iran sur la question du droit de développer l'énergie nucléaire, offensive qui porte la marque d'une préparation à une intervention militaire similaire à l'intervention en Irak. Le but en est le contrôle impérialiste de cette région stratégique riche en pétrole et gaz.

Que les autorités essaient d'accuser les grévistes du Pascal Paoli d'être des pirates, autrement dit des terroristes, est tout à fait en phase avec les intentions du gouvernement français de criminaliser la résistance au libéralisme et de s'engager dans la voie d'un état policier.

Dans le prolongement du gouvernement de coalition de Gauche de Lionel Jospin, comprenant le Parti socialiste, le Parti communiste et les Verts, le gouvernement de Villepin poursuit les attaques contre les droits sociaux et les services publics. Les malades, les chômeurs et les personnes âgées devront mettre la main au porte-monnaie pour financer le déficit de la Sécurité sociale ; le budget ne prévoit pas de ressources adéquates pour résoudre la crise du logement ; les salariés du secteur privé, de l'éducation, des services sociaux sont forcés de travailler plus pour des salaires dont le pouvoir d'achat diminue.

Sarkozy fit une déclaration des réelles intentions de la bourgeoisie française dans son discours de clôture de l'université d'été de l'UMP, le 3 septembre. Il rejeta catégoriquement l'égalité comme étant un principe de la vie politique et sociale française en proposant «Un modèle où le nivellement, l'égalitarisme, le saupoudrage n'auront plus leur place, un modèle où le travail sera la base de tout La république ce n'est pas donner à chacun la même chose. C'est pour l'Etat de donner à chacun selon ses handicaps et selon ses mérites. C'est par l'équité que l'on arrive à l'égalité...».

Voilà un appel aux forces les plus réactionnaires et arriérées de la société française. Non seulement c'était un encouragement pour des attaques encore plus massives contre les droits des travailleurs et un renforcement supplémentaire des pouvoirs des employeurs et de l'Etat, mais correspondait à une attaque ouverte contre l'idéologie de l'Etat français en répudiant la devise centrale de la République française, le lien symbolique avec le siècle des Lumières et la confiance dans le progrès remontant à la Révolution française : « Liberté, Egalité, Fraternité ».

Les politiciens français rompent ouvertement avec ces aspirations, plutôt ignorées par les gouvernements bourgeois successifs, dans les cas où ils espèrent rallier les forces contre-révolutionnaires, renonçant au consensus politique et à la démocratie bourgeoise pour les remplacer par la coercition et la dictature. Le défi lancé par Sarkozy au consensus social va de pair avec l'affirmation de Margaret Thatcher : « Et bien, savez-vous, la société, ça n'existe pas. Il y a des individus, hommes ou femmes et puis il y a des familles ». Le dernier régime en date à avoir pratiqué ceci était celui du maréchal Philippe Pétain, chef du régime de Vichy qui avait collaboré avec les nazis entre 1940 et 1944.

Les pouvoirs arbitraires de l'état

Sarkozy et le ministre de la justice, Clément, encouragent l'hystérie sur la question des menaces terroristes d'Al Qaida et certains cas de récidive par des violeurs récemment libérés de prison, afin d'accroître considérablement les pouvoirs arbitraires de l'état et d'empiéter sérieusement sur les libertés civiles. Ils sont en train de mettre sur pied des lois rétroactives violant les principes de la Déclaration des droits de l'homme selon laquelle « Nul ne peut être punie qu'en vertu d'une loi établie et publiée avant le délit, et légalement appliquée ». Les pouvoirs de surveillance de la police seront aussi grandement accrus, imitant les Lois patriotes réactionnaires imposées par l'administration Bush.

L'éviction brutale et sans relogement, sur ordre de Sarkozy, de familles de mal-logés à Paris, condamnés à vivre, faute de logements sociaux adéquats, dans des immeubles dangereux et insalubres indique une dérive vers la situation de la Nouvelle-Orléans. Les incendies tragiques et la mort de 48 Africains, que Sarkozy a mis sur le dos d'une immigration excessive et qui lui a servi d'excuse pour accroître les mesures de répression contre l'immigration, furent la conséquence d'années de négligence de la part des administrations gouvernementales nationales et locales, de Gauche comme de Droite. La démission de la responsabilité de l'état envers les sans domiciles, et la politique de s'en remettre aux associations caritatives trouvent un écho dans la réaction initiale de George Bush devant la catastrophe de la Nouvelle-Orléans : Il lança un appel à faire des dons aux associations caritatives pour venir en aide aux citoyens de la ville.

Une stratégie internationale

La riposte aux licenciements massifs et au chantage à la délocalisation n'est pas le nationalisme économique que l'élite politique toute entière, ainsi que les syndicats, soutiennent. On voit clairement ce que ce concept signifie dans les négociations entreprises par les syndicats français avec la multinationale américaine Hewlett-Packard qui a annoncé le licenciement de 6 000 salariés en Europe, dont 1 240 en France, et bien d'autres encore dans le monde entier. Au lieu d'organiser une lutte contre les licenciements dans toute la compagnie multinationale, les syndicats font pression pour que la compagnie limite à 15 pour cent la réduction planifiée de ses salariés en France, moyenne dans les autres pays européens, au lieu des 25 pour cent proposés.

Aucun syndicat n'a cherché à mobiliser à l'échelle mondiale les salariés de HP qui sont licenciés dans tous les pays où la compagnie est implantée afin de résister à cette vague de licenciements.

Le dernier quart de siècle a connu une intégration mondiale sans précédent de la production des entreprises et le développement massif de nouvelles capacités de production dans des régions telle la Chine et l'Inde de la part de groupes vraiment transnationaux. La mobilité mondiale du capital à laquelle s'ajoute la mise en place d'un nivellement international de plus en plus bas des salaires a mortellement touché les syndicats qui ont comme point de départ l'existence du système de profit basé sur la propriété privée des moyens de production et qui, du point de vue de l'organisation et du programme, sont ancrés dans l'Etat-nation. Les syndicats ne sont plus à même de concilier la défense du capitalisme, dont dépendent les privilèges de la bureaucratie ou leur engagement dans le succès de « l'économie nationale », avec une lutte pour assurer de meilleures conditions de travail et des réformes sociales. Au lieu de cela, ils ne sont devenus rien de plus que la police du patronat chargée d'imposer baisses de salaire et cadences accélérées afin de rester compétitifs sur le marché international.

Pour ne pas être mis en compétition avec des salariés moins payés en d'autres coins du monde et pour lutter contre la menace de délocalisation et autres formes d'approvisionnement à l'extérieur, il faut que les salariés adoptent une perspective politique entièrement nouvelle, l'internationalisme socialiste. Le seul moyen pour les salariés européens de défendre leurs emplois c'est l'alliance avec les salariés de Chine et d'Inde, non pas la concurrence avec eux car cela ne sert que les intérêts des employeurs.

La mondialisation de la vie économique apparaît pour le moment aux yeux des travailleurs n'être qu'un développement menaçant. Mais la mondialisation pose les fondations les plus puissantes pour unir la classe ouvrière internationale dans une lutte commune pour un nouveau système économique basé sur une production pouvant satisfaire les besoins sociaux les plus essentiels de la population : emploi, logement, éducation, soins de santé et une retraite convenables.

Le "non" français au référendum du 29 mai sur la Constitution européenne et le rejet, par la masse des salariés et des chômeurs, de l'offensive libérale des principaux partis politiques lors des élections allemandes d'il y a deux semaines expriment la résistance de la classe ouvrière européenne face à la destruction de l'état providence.

Les partis et les politiciens de Gauche qui firent campagne pour le "non" au référendum ne le firent que pour contenir la résistance croissante de la classe ouvrière devant le néolibéralisme. Le gouvernement et le Parti socialiste n'ont aucune intention d'affaiblir la compétitivité du capitalisme européen.

Les dissidents du Parti socialiste (Fabius, Emmanuelli, Montebourg, Mélanchon) soutenus par leurs anciens partenaires de la Coalition de Gauche plurielle, le Parti communiste, travaillent à se remettre avec l'aile majoritaire du « oui » à la Constitution européenne du Parti socialiste pour former une Gauche plurielle bis au cas où la Droite viendrait à perdre le contrôle de la situation et afin d'empêcher que la classe ouvrière ne se libère de 14 années de Mitterrand et 5 de Jospin.

La LCR pseudo-trotskiste tente de bricoler une coalition de gauche avec ses collaborateurs récents dans la campagne du non de gauche pour ériger une autre barrière contre un mouvement indépendant de la classe ouvrière. La dernière chose que la LCR et les radicaux petits bourgeois de LO et du PT veulent c'est de rompre, sur la base de principes vraiment socialistes avec ces forces discréditées.

Une telle rupture, sur les bases de perspective internationalistes socialistes, est essentielle si les salariés veulent vaincre l'offensive néo-libérale coordonnée par l'ensemble de l'establishment politique et syndical. Telle est la tâche du WSWS et des partis du Comité International de la Quatrième Internationale.

Nous invitons les travailleurs et les jeunes à lire quotidiennement notre site et à contribuer à son développement en faisant connaître nos articles à leurs amis et collègues, en nous envoyant des articles et des compte-rendu et en apportant leur concours à notre service de traduction.

Voir aussi :

Sources : WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

Par EVANGELIZT
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Jeudi 18 mai 2006

La Constitution contribue-t-elle à faire de l'Union européenne une "contre-puissance" face aux Etats-Unis ?

par Diana Johnstone

A la question: « Quel est le plus puissant des arguments en faveur du "oui" ? », François Bayrou répond : « Le monde est dominé par la puissance américaine, concurrencée par la puissance chinoise. Voulons-nous accepter la domination de ces empires, et leur modèle de société ? Ou voulons-nous compter, nous aussi, pour défendre nos valeurs ? (...) Tous les adversaires de l'idée européenne rêvent de nous voir voter non, les milieux néoconservateurs américains, les conservateurs britanniques antieuropéens, l'extrême droite européenne et l'extrême gauche, Le Pen et Besancenot ».

Dominique Strauss-Kahn est encore plus clair : « On a besoin du traité constitutionnel européen pour contrer l'hégémonisme américain ».

Sous une forme ou sous une autre, cet argument revient constamment dans les défenses et illustrations du "oui". L'idée sous-jacente est que cette constitution est la condition nécessaire (et peut-être même suffisante) pour que l'Union Européenne s'affirme comme une "contre-puissance" face aux Etats-Unis.

Je voudrais montrer que cet argument est faux dans ses présupposés et a fortiori dans ses conclusions. En même temps, je voudrais souligner ce qui me semble sincère dans cet argument, c'est-à-dire sa signification profonde dans l'esprit de presque toute la classe politique française. Car il ne s'agit pas ici d'un vulgaire mensonge mais plutôt de l'expression d'une grande confusion en ce qui concerne "l'idée européenne".

Tout d'abord, on peut identifier deux présupposés erronés : a) cette Constitution renforce l'UE en tant que contre-puissance, et par conséquent : b) les hégémonistes américains espèrent voir les Français voter "non". Ainsi le "oui" serait, en quelque sorte, une subtile déclaration d'indépendance de l'Europe par rapport à l'hégémonie d'outre-Atlantique.

Le premier présupposé est contredit par le texte même de cette Constitution. Car les "valeurs" exprimées font écho aux "valeurs" néolibérales qui sont actuellement celles de la superpuissance américaine. Pire encore, cette Constitution va beaucoup plus loin que celle des Etats-Unis dans cette direction. La Partie III reprend la politique néolibérale déjà présente dans les Traités depuis Maastricht, tout en la figeant dans une "Constitution" dont l'amendement exige l'unanimité. Contrairement aux Etats-Unis, qui gardent la possibilité de changer de politique économique de façon pragmatique, par exemple en stimulant la croissance par les déficits budgétaires, l'Union Européenne veut s'enfermer dans un carcan néolibéral dont le but principal déclaré - attirer les investissements productifs pour créer des emplois - ne cesse de s'éloigner.

La Constitution proposée lie l'Union Européenne à l'Otan - instrument de la domination états-unienne de l'Europe - et même à sa croisade du moment : la "lutte contre le terrorisme". Que pourrait donc espérer de plus Washington ? Que l'Europe et ses Etats membres soient totalement privés de toute possibilité de définir et de poursuivre une politique étrangère indépendante claire et efficace ! Et bien, cette constitution répond aussi à ce souhait, en obligeant tous les Etats à s'accorder sur une politique étrangère décidée à l'unanimité. La recette parfaite de l'impuissance. Sauf pour ceux qui, comme le Royaume-Uni, choisiraient de suivre les Etats-Unis coûte que coûte.

La leçon de la guerre

Certains prétendent que les Etats-Unis sont hostiles à la construction européenne. En réalité, depuis la deuxième guerre mondiale, les Etats-Unis ont constamment soutenu l'unification européenne telle qu'elle s'est développée, c'est à dire comme un grand marché économiquement ouvert et politiquement inoffensif. Economie forte et politique faible vont de pair (on pourrait établir un parallèle intéressant avec le bloc soviétique de l'après-guerre, où l'économie socialiste devait effacer les différences politiques, mais c'est un autre sujet). C'est l'idée selon laquelle, pour éviter de recommencer les guerres de 1914-18 et de 1939-45 qui avaient ruiné les grandes puissances capitalistes du continent, il fallait tout d'abord lier ensemble l'essentiel des industries allemandes et française pour qu'elles soient trop intimement imbriquées pour s'opposer l'une à l'autre. Cette unification économique entraînerait alors inévitablement l'unification politique allant dans le même sens d'une pacification. Pour garantir le tout, l'ange gardien d'outre-Atlantique lierait les forces militaires des anciens belligérants dans une seule alliance sous sa propre direction. Tout cela allait dans le même sens : celui d'un désamorçage de l'antagonisme du "couple" franco-allemand, supposé incapable de gérer ses propres contentieux sans finir dans la guerre et le génocide.

S'agit-il d'une exagération ? Pas vraiment. Cette vision d'une Europe dont l'irresponsabilité belliqueuse chronique exigerait un frein et une tutelle américaine est celle qui prévaut dans la représentation du continent par les médias et dans l'esprit d'un très grand nombre de dirigeants politiques aux Etats-Unis. S'ils ne le disent pas tout haut, ils le pensent tout bas. Par ailleurs, il est évident que la même pensée est loin d'être absente dans les médias et la classe politique du vieux continent.

Cette interprétation de l'incapacité des Européens de se comporter décemment sans encadrement américain se résume en un mot : "Auschwitz". C'est le mot-clé de l'hégémonie idéologique américaine en Europe, basée sur une mythologisation de la deuxième guerre mondiale réduite à la seule libération des Juifs de leurs bourreaux par les Anglo-Américains. Car, face à l'Europe génocidaire, les Etats-Unis apparaissent comme innocents, donc dignes d'assumer le leadership moral d'une Europe entachée à jamais d'un péché impardonnable. Comme d'ailleurs celui du monde entier. Les Atlantistes européens libéraux les plus sincères croient que ce double carcan - union européenne économique et politique, tutelle états-unienne pour ce qui concerne la sécurité - est le seul moyen de garantir la paix et la prospérité de leurs pays.

En ce qui concerne la paix, cela serait plus vraisemblable si les Etats-Unis avaient tiré la même leçon des deux guerres mondiales que la plupart des Allemands, des Français et des Italiens, qui, ayant souffert des destructions, des occupations étrangères et des défaites, ont voulu enfin renoncer à la guerre. Ceci vaut aussi pour les Russes qui, quoique vainqueurs, ont subi les plus grandes pertes matérielles et humaines.

Le problème est que, pour les Etats-Unis, la leçon n'est pas du tout la même. Dans la mythologie américaine (et même britannique) la deuxième guerre mondiale était la "bonne guerre" par laquelle le Bien a écrasé le Mal, au moyen de la puissance militaire des Etats-Unis, avec la bénédiction d'un Dieu interconfessionnel. Et ils sont prêts à recommencer.

Une dangereuse contradiction réside dans le fait que cette Europe pacifiée par ses propres excès guerriers se croit en sécurité en confiant la direction de ses affaires militaires, par le biais de l'Otan, à cette grande puissance d'origine européenne qui, elle, n'a pas du tout renoncé à la guerre. Ainsi, paradoxalement, cette Europe qui ne veut plus se faire la guerre à elle-même s'apprète, sans en avoir bien conscience, à être entraînée dans des guerres sans fin contre le reste du monde.

Ce n'est pas le seul résultat malheureux de la fixation sur les Etats-Unis de l'Europe occidentale de l'après 1945. Une vision idéalisée des Etats-Unis a dominé l'imaginaire européen depuis soixante ans. L'anti-américanisme minoritaire et occasionnel n'y change rien; l'influence du cinéma, de la musique, du mode de vie américains est plus forte dans chaque pays européen que celle de ses propres voisins du continent. Les médias de chaque pays de l'UE donnent plus de place aux actualités des Etats-Unis qu'à celles des autres pays membres, tandis que l'anglais gagne du terrain pendant que l'étude des autres langues européennes périclite. Ainsi ce qui unit les Européens est moins une "culture européenne" (à construire) que les reflets de la culture américaine vue de loin.

Un mimétisme analogue affecte la construction européenne. Les Etats-Unis sont le modèle d'une fédération (ou confédération, selon les convictions) assez unie et prospère pour "peser dans le monde". C'est à ce point qu'émerge la principale ambiguïté de l'ambition déclarée des Atlantistes qui veulent renforcer l'Europe pour qu'elle soit, disent-ils, capable de faire face aux autres grandes puissances, et notamment aux Etats-Unis.

Le Condominium Impérial

Que veulent exprimer ceux qui déclarent que le principal argument en faveur du "oui" serait de permettre à l'Europe de tenir tête à la superpuissance américaine ? Si l'on se rapporte aux textes - notamment l'Article I-41 qui lie la politique de défense à l'Otan - cette déclaration pourrait être évacuée comme une simple contre-vérité. Pourtant, il est peut-être plus utile d'accepter que la plupart de ceux qui le disent ne mentent pas mais ont une idée particulière en tête, et de tenter de comprendre le fondement de cette idée.

En effet, il me semble que les Atlantistes qui défendent la Constitution pour renforcer l'UE face aux USA imaginent une vraie rivalité entre les deux, mais une rivalité à l'intérieur d'un même système socio-économique et géostratégique : un système que j'appelle le Condominium Impérial (CI, également connu sous le nom de "Communauté Internationale"). Ce CI représenterait une solution au problème posé par les guerres entre puissances impérialistes qui ont mené au désastre de 1914-18. Il s'agit d'unir ces puissances impérialistes sous l'hégémonie des Etats-Unis pour promouvoir les mêmes "valeurs et intérêts" partout dans le monde.

Ces "valeurs" sont les "droits de l'homme" qui se sont développés relativement récemment dans les pays riches. Il s'agit en général davantage de libertés de comportement que de droits aux nécessités de la vie (nourriture, logement, santé, travail, éducation). Ces droits essentiellement individuels sont compatibles avec les sociétés libérales avancées où le niveau de vie élevé permet de dépasser la "guerre de tous contre tous" pour la survie. En soi, ils sont indiscutablement désirables pour le bonheur humain. Le problème survient quand la référence à ces droits sert à renforcer la bonne conscience des riches lorsqu'ils veulent s'ingérer dans les affaires des moins fortunés.

Dans le système capitaliste avancé, les intérêts sont semblables dans le sens où "la liberté" y est centrale, mais précisément, il s'agit avant tout de la liberté du capital financier d'investir partout, et ainsi de déterminer la forme matérielle et sociale des sociétés. Ce système étant, par nature, compétitif, il est inévitable que la compétition existe à l'intérieur, entre les unités qui le composent. L'"indépendance" que prônent les Atlantistes n'est rien d'autre au fond que le niveau d'efficacité compétitive que doit posséder l'Europe pour poursuivre cette concurrence avec les Etats-Unis tout en y restant intimement liée. Il ne s'agit en aucun cas de poursuivre une politique - qu'elle soit économique ou géopolitique -- fondamentalement différente de celle des USA.

Cette rivalité à l'intérieur existe déjà, mais nos dirigeants en parlent très peu ou de façon presque codée devant leur public. Ainsi on poursuit des politiques dont le vrai motif, le bien fondé et les résultats ne sont pas publiquement évalués et débattus.

Prenons un exemple : les élargissements hâtifs de l'UE vers les pays de l'Est appartiennent à cette politique de rivalité avec les Etats-Unis qui ne dit pas son nom. Les pro-européens n'ont cessé d'observer qu'il aurait fallu d'abord "approfondir" l'UE avant de l'élargir. Cela relève du bon sens: on peut tout gâcher en allant trop vite. On a déjà vu les dégâts causés à l'Allemagne par sa réunification hâtive, mais on peut la considérer comme un cas à part. Pour les Pays baltes, et maintenant pour la Roumanie et la Bulgarie (et peut-être demain pour l'Ukraine et la Georgie), cette fuite en avant suit une logique différente. On pourrait imaginer qu'il s'agit de rivalité avec la Russie. Certains de ces pays (notamment les Pays baltes) semblent se croire en permanence menacés par la Russie, malgré son retrait volontaire et paisible. Mais les dirigeants occidentaux savent bien que la Russie n'est pas une menace. En réalité, l'élargissement de l'UE vers l'Est répond beaucoup plus aux besoins de la rivalité avec les Etats-Unis, dont l'influence dans ces pays est déjà prédominante et qui se renforce avec l'extention de l'Otan. L'élargissement vers la Turquie suivrait une logique similaire.

L'ironie de l'histoire est que l'UE se trouve ainsi entraînée dans une course à l'influence avec les Etats-Unis alors même qu'elle (à travers la Constitution) entend réaffirmer son attachement à une alliance atlantique totalement dominée par Washington. L'élargissement vers les pays de l'Est peut, certes, contribuer à y renforcer l'influence des pays de l'Europe occidentale, mais au prix d'un affaiblissement de l'indépendance de l'Europe par rapport aux Etats-Unis.

On observe un phénomène semblable avec le rôle actif (bien que secondaire) joué par l'UE dans les "révolutions" orange et autres, totalement téléguidées et généreusement financées depuis Washington.

Ces "révolutions" visent clairement à soumettre les économies de ces pays au capital étranger par l'intermédiaire de dirigeants plus fidèles aux Etats-Unis (où la plupart d'entre-eux ont reçu leur formation) qu'à leur propre peuple. Tout cela - avec la provocation constante de la Russie que cela implique - est-il véritablement dans l'intérêt de l'UE et de ses peuples ? On pourrait au moins se poser la question. Mais, sur ces questions, le débat public n'existe pas.

La "leçon des Balkans"

La confusion qui règne dans la définition d'une politique européenne "d'indépendance" atteint son apogée avec la supposée "leçon des Balkans". Le cliché dominant est bien exprimé par Henri de Bresson dans Le Monde, lorsqu'il écrit à propos de la politique étrangère et de sécurité contenue dans la Constitution : « Tirant la leçon des guerres des Balkans, qu'ils n'ont pu empêcher et auxquelles ils n'ont pu mettre fin qu'avec l'intervention des Etats-Unis, les Européens se dotent d'un instrument qui donne une crédibilité nouvelle à leur action extérieure. C'est un grand pas ».

Absolument tout, dans cette analyse, est erroné. Je n'insiste plus sur le fait que l'attachement à l'Otan vicie dès le départ cet "instrument qui donne une crédibilité nouvelle à leur action extérieure". L'erreur est à la fois plus profonde et très révélatrice.

Tout d'abord, ce n'est pas, comme on se plaît à répéter, la faiblesse militaire de l'Europe qui est responsable de son échec dans les Balkans. C'est sa faiblesse politique. L'UE n'a jamais bien analysé ni bien compris les causes du drame yougoslave. Elle n'a jamais développé - comme elle aurait pu et dû le faire - un programme clair envers toute la Yougoslavie pour éviter les guerres de sécession. Et une fois le pire advenu, elle a été incapable d'élaborer une politique susceptible d'apporter la paix - qui aurait contrecarré les efforts sournois de Washington pour éviter toute paix autre qu'américaine (voir à ce sujet les mémoires de David Owen).

Cette faiblesse était liée au manque d'unité entre les Etats membres de l'UE - mais plus encore à la volonté de cacher cette absence d'unité en donnant l'apparence d'une unité qui n'existait pas ! Ainsi la position de l'Allemagne en faveur des sécessions non négociées - une position qui rendait la guerre civile inévitable - était rejetée au début, et à juste titre, par tous les autres Etats membres de l'UE, surtout par la France, le Royaume-Uni, et même par des diplomates allemands en place à Belgrade. Mais précisément en raison de la proximité de la signature du traité de Maastricht, et parce qu'il n'était pas opportun de révéler au monde ses divisions, le bon sens de cette majorité a capitulé devant l'acharnement du gouvernement allemand à casser son vieil ennemi, la Yougoslavie, au profit de l'indépendance de ses vieux clients, la Croatie et la Slovénie. Et par la suite, tous les dirigeants - notamment français - qui avaient eu raison, se sont efforcés de justifier une décision tragiquement erronée.

Et ce n'est pas tout. On s'est aussi efforcé de cacher au public les rivalités sourdes entre puissances - surtout entre les Etats-Unis et l'Allemagne - pour attirer les divers sécessionnistes dans leur sphère d'influence. Dans une grande manifestation d'unité occidentale largement fictive, l'Otan a dévasté en 1999 ce qui restait de la Yougoslavie. A ce jour, rien n'est vraiment réglé, mais on n'en parle plus. C'est une situation classique : les Puissants règlent leurs rivalités en faisant payer la note aux faibles.

Cet exemple devrait faire réfléchir. Au lieu de cela, il est mythifié et travesti pour justifier une politique militaire qui permettra sans doute "d'agir", mais avec aussi peu de principes, de sérieux intellectuel et de vision de l'avenir que l'Europe au moment de la crise yougoslave. Une force militaire sans cerveau, n'est-ce pas justement ce qu'on reproche à l'administration Bush ? Une puissance militaire, donc, mais pour quoi faire ? Pour suivre qui ?

A ces questions cruciales, la Constitution et ses partisans n'offrent aucune réponse claire. Si ce n'est, comme disait ce très grand humoriste qu'était le Général de Gaulle, de crier « l'Europe ! L'Europe !».

Du même auteur

Milosevic à La Haye : plus c'est intéressant, moins on en parle
La Constitution et la Guerre
Guerres sans fin
La prise des mines de Trepca: plans et propagande
Les Euro-humanitaires accentuent les sanctions
Choses racontées, et choses vues

Sources : STOP USA

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt
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Jeudi 18 mai 2006

Belgrade appelle à la libération de l'Europe !

par Stefano Vernole

Samedi 25 mars 2006, septième anniversaire des terribles bombardements terroristes par lesquels, durant 78 jours, l'Alliance Atlantique mit à feu et à sang l'ex-République Fédérale Yougoslave, sans épargner aucune structure civile (écoles, hôpitaux, ponts, moyens de transport), s'est déroulé à Belgrade le premier Congrès du SEDEP, le « Mouvement Néo-Gaulliste Serbe pour l'Europe ».

Durant plus de dix heures, la rencontre a abordé deux thèmes fondamentaux : les conditions de la diaspora serbe en Eurasie – en prêtant une attention particulière aux problèmes des réfugiés chassés du Kosovo et de Metohija, suite à l'entrée des troupes internationales en 1999 – et le renforcement de l’axe géopolitique Paris-Berlin-Moscou, grâce à la naissance d'un mouvement international contre l'OTAN qui a pris naissance à Belgrade.

 

Après des chants populaires interprétés par des musiciens en costume traditionnel serbe et la présentation du Dr. Dragan Petrovic, c’est tout naturellement que la première intervention fut celle de Mila Aleckovic Nikolic, fondatrice du SEDEP, laquelle a exposé ses motivations et la finalité de son initiative.

Près de quarante intervenants serbes se sont succédés à la tribune pour aborder sous des angles divers les problèmes économiques, financiers et militaires qui se posent dans le cadre des rapports entre la Serbie et l'Europe. Ils ont insisté sur la nécessité d'une stratégie géopolitique commune qui permettra au Vieux Continent de se libérer de l’étau que constitue la mondialisation capitaliste et l'Alliance Atlantique, son instrument, dont la première intervention remonte à 1950 et qui a trouvé aujourd'hui son véritable « terrain d'expérimentation » dans les Balkans, d'abord en Bosnie et ensuite au Kosovo et à Metohija.

 

Les interventions concernant la difficile situation de ce qui est considéré comme le « berceau » de la nation serbe ont présenté deux nouveaux moyens d’information : un DVD concernant les destructions des monastères orthodoxes du Kosmet et les violences subies par les communautés non-albanaises de la région (mais aussi par des Albanais ne collaborant pas avec l’UCK), de même qu’un nouveau livre illustré consacré aux enfants victimes de ces persécutions.

 

Parmi les intervenants, il faut signaler en particulier la présence du Dr. Branko Dragas, du général Bozidar Delic (qui commandait la Brigade mécanisée 549 du Corps de Prizren en 1999), du Pr. Vojislav Devic, celle de la spécialiste de géopolitique serbe de Macédoine, experte pour les questions russes, Sasha Papovic, et celle de nombreux autres intervenants issus du monde intellectuel, économique, académique et politique. En qualité d'observateurs étaient également présents des délégués du Parti Radical serbe SRS et du Parti Socialiste SPS, ainsi que l’attaché culturel de l'ambassade du Belarus, lequel a reçu les félicitations de l’ensemble des participants pour la réélection triomphale du Président Aleksandr Lukashenko, unique chef d'État à se rendre dans la capitale serbe durant les bombardements de 1999.

 

Sont intervenus également les Drs. Filippo Pederzini et Stefano Vernole, tous deux italiens et représentants de la « Coordination pour le projet eurasien », lesquels ont exprimé leur totale adhésion au mouvement international contre l'OTAN et souligné, lors de leurs interventions, la perspective d'un monde multipolaire, contrepoids à l'arrogance impérialiste de Washington, dont la résistance serbe à l’agression atlantiste a fourni un exemple aux autres mouvements de résistance, notamment en Afghanistan, en Irak et en Palestine. Ils ont affirmé leur soutien total à l'actuelle opposition patriotique contre le gouvernement pro-occidental en place aujourd’hui à Belgrade.

Fut également très remarquée la communication de Luc Michel, fondateur et président du Parti Communautaire National-Européen, qui a souligné l'impératif de soutenir non seulement l’axe Paris-Berlin-Moscou, mais aussi l’autre axe, Belgrade-Minsk-Moscou, de même que celle de Yves Bataille, conseiller du SEDEP et défenseur historique du peuple serbe lors des actions terroristes perpétrées par les Etats-Unis et leurs alliés.

 

Ce Congrès constitue un événement d’une portée considérable, qui a marqué de manière irréversible la ligne de partage entre les partisans d’une Europe aspirant à se libérer de l'occupation atlantique et les Kollabos de la thalassocratie à la bannière étoilée, c'est-à-dire entre les défenseurs de l'Europe authentique et ceux de l'Europe « légale ».

Stefano VERNOLE

Sources :  PCN - NCP

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt
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