UNION EUROPEENNE : Allemagne

Mardi 15 août 2006

Suite au soutien sans critique de l’Allemagne à Washington et Jérusalem

 

Comment les médias allemands rendent compte de l'agression israélienne au Liban

par Stefan Steinberg


Au cours de ces deux dernières semaines, un changement radical s’est produit dans la politique étrangère allemande et européenne. Dans une situation où les pays européens sont totalement incapables de développer une position unitaire d’opposition aux Etats-Unis, les dirigeants européens ont décidé d’abandonner leurs réserves antérieures concernant la guerre américaine illégale contre l’Irak et de soutenir à présent l’actuelle offensive sanglante par Israël sur les territoires palestiniens et le Liban, offensive préparée et conduite en très étroite consultation avec le Pentagone. Le travail de base nécessaire à un tel revirement politique s’est fait dans un débat qui s’est tenu dans la presse allemande, notamment dans les journaux allemands dits «de qualité».

Au cours de la semaine dernière, bon nombre des journaux allemands les plus lus et les plus influents ont ouvert leurs colonnes à des chroniqueurs pro israéliens et de nombreux articles et commentaires ont mis la réalité cul par-dessus tête, présentant les mouvements nationalistes Hamas et Hezbollah comme les agresseurs au Moyen-Orient, et l’armée et le gouvernement israéliens jouant le rôle de victime agressée faisant tout pour se défendre.

Comme si la catastrophe initiée par les Etats-Unis en Irak n’avait jamais eu lieu, à présent un certain nombre de chroniqueurs allemands soit concèdent qu’on ne peut rien faire pour empêcher l’implication croissante de l’armée américaine dans le conflit, soit appellent activement à l’intervention des Etats-Unis dans la région. Un certain nombre de journaux allemands non contents d’ôter toute responsabilité à Israël vont jusqu’à démontrer en long et en large que la source réelle de la violence au Liban et à Gaza se trouve à Damas et Téhéran.

C’est un fait que la présentation des événements du Moyen-Orient par la presse allemande est partiale, cependant on aurait tort de dire qu’elle est monolithique. Contemporains des nombreux articles pro israéliens dépourvus de sens critique, certains journalistes qui font des reportages sur place dans les zones assiégées du sud Liban ont fourni des détails précis de la dévastation humaine causée par le bombardement de la région, reportages qui ébranlent la présentation courante et répandue de l’Etat d’Israël comme la partie agressée.

Alors que la presse allemande retient encore un certain degré de débat démocratique qui est de plus en plus difficile à trouver dans la presse dominante de pays comme les Etats-Unis, il est remarquable de voir combien les nombreux commentaires des journaux allemands les plus influents se font l’écho malgré tout de la représentation faite par le gouvernement allemand des hostilités actuelles au Liban.

Au sommet du G8, le président américain George W. Bush a donné la ligne de l’administration de Washington, à savoir que les «terroristes» Hamas et Hezbollah opérant avec le soutien de la Syrie et de l’Iran étaient responsables de la nouvelle guerre au Moyen-Orient. Il a déclaré qu’Israël ne faisait «qu’exercer sa légitime défense». Son message est depuis répété jusqu’à la nausée par la chancelière allemande et repris et répété comme un perroquet dans la presse allemande.

Tout à fait dans cette ligne on trouve des articles du journaliste Thorsten Schmitz écrits pour le journal Süddeutsche Zeitung. Le 14 juillet dernier dans un article intitulé «La victoire ou une guerre au Moyen-Orient», Schmitz déclare d’emblée au tout début: «L’escalade sur deux fronts dans la région du Moyen-Orient n’a pas été provoquée par Israël». Dans une situation où des centaines de milliers de Libanais et de personnes d’autres nationalités ont été contraints de fuir les bombardements quotidiens de quartiers résidentiels et de l’infrastructure libanaise par les avions et bateaux de guerre israéliens, Schmitz déclare sans la moindre gêne que les mouvements du Hamas et du Hezbollah sont responsables du bain de sang de Gaza et du Liban.  

Dans le même article, il plaide pour une intervention directe des puissances occidentales dans le conflit, au motif que le plus grand danger dans cette situation vient de «la passivité dangereuse de la communauté internationale et en particulier du président américain…» Schmidt s’inquiète de ce que «les USA sont devenus un «Zaungast» [quelqu’un qui regarde innocemment par-dessus la barrière] dans le conflit du Moyen-Orient… Ce qui est nécessaire de la part du président Bush ce ne sont pas des paroles de mise en garde mais des actes.»

Ayant lancé un appel à l’intervention directe des USA dans le conflit, Schmitz va plus loin et tente d’identifier une «piste qui conduit à Téhéran». Pour Schmitz, la responsabilité pour le bain de sang au Liban ne repose pas sur les agents du pouvoir à Jérusalem et Washington, mais plutôt sur la capitale iranienne. Schmitz n’hésite pas à parsemer ses songeries entièrement spéculatives sur l’implication de l’Iran dans les combats actuels avec des citations du premier ministre adjoint, Shimon Péres, qui d’une manière typiquement militariste de voyou justifie le bombardement du principal terrain d’aviation du Liban en déclarant de façon absurde que «de toute façon l’aéroport est contrôlé par l’Iran».

Le journaliste Géro von Randow n’a qu’une envie, c’est de suivre la piste suggérée par son collègue Schmitz, et dans l’hebdomadaire Die Zeit massivement lu, et qui est publié, entre autres, par l’ancien chancelier du SPD Helmut Schmidt, von Randow cherche aussi à démontrer que les instigateurs réels de l’actuelle crise de guerre se trouvent à Téhéran.

Dans une colonne au gros titre «Appel au terrorisme», von Randow entreprend une critique de la presse iranienne pour prouver que «l’Iran est un partenaire significatif de la tragédie libanaise, voire même peut-être celui qui tire les ficelles». Bien que forcé de reconnaître que les médias iraniens ne sont pas explicites sur le rôle de l’Iran dans le conflit, il met bout à bout un large éventail de commentaires pour justifier son argument selon lequel l’Iran joue un rôle majeur.

Von Randow cite abondamment le site web de la radio iranienne et des passages d’un commentaire du ministre iranien des affaires étrangères Mottaki qui a déclaré: «La république islamique d’Iran pourrait acquérir une signification profonde non seulement du fait de ses immenses réserves de pétrole et de gaz, mais aussi de sa position stratégique au cœur du Golf persique, de l’Asie centrale et de la mer Caspienne.» Si l’on devait arriver à «des situations critiques comme l’Irak, l’Afghanistan, l’Asie centrale ou le Caucase» alors «le rôle significatif de l’Iran pour la région» deviendrait encore plus clair, avec l’Iran qui jouerait un «rôle stabilisateur».  

Pour von Randow, la déclaration de Mottaki selon laquelle la position stratégique de l’Iran lui confère plus qu’à Israël ou aux Etats-Unis le droit d’influencer les évolutions de la région alentour est complètement inacceptable.L’identification par von Randow de l’Iran comme «celui qui tire les ficelles» est ensuite reprise et développée le jour suivant par le rédacteur en chef  du Zeit Josef Joffe, qui dans l’éditorial principal place la Syrie aux côtés de l’Iran comme puissances «qui ont établi brutalement et efficacement un monopole de force» dans la région.

Par inadvertance ou non, von Randow et Joffe donnent un aperçu de la manière de penser des cercles dirigeants politiques allemands, qui ont donné leur plein soutien à l’offensive israélienne au Liban sponsorisée par les USA et qui voient le gouvernement iranien actuel comme un obstacle à leurs intérêts dans la région.

En plus des efforts concertés pour identifier l’Iran et la Syrie comme les agresseurs au Moyen-Orient, une autre campagne est en cours pour contrer ceux qui disent que la réaction de l’armée et de l’aviation israéliennes peut de toute façon être considérée comme «inappropriée» ou «excessive». Les quotidiens principaux ont ouvert leurs colonnes aux représentants proéminents des organisations et institutions juives qui ont défendu avec virulence les activités de l’Etat d’Israël.

Michel Friedman, l’ancien vice-président du Congrès central des Juifs d’Allemagne, se sert des pages d’opinion du quotidien Tagesspiegel de Berlin pour défendre ouvertement la destruction par les Israéliens des logements et de l’infrastructure au Liban. Une telle réaction est, selon Friedman, tout à fait appropriée dans une situation où «le Hezbollah cherche délibérément à tuer des civils alors qu’Israël fait tout son possible pour éviter de faire des victimes civiles». En réaction à l’écrasante évidence des atrocités israéliennes perpétrées contre la population civile, Friedman répond en affirmant que le Hezbollah se sert délibérément «pour se protéger, des femmes et des enfants comme boucliers».

Les arguments de Friedman sont franchement obscènes. C’est le régime israélien qui a fait des provocations et de la terreur la plus agressive et la plus brutale contre des civils un élément fondamental de sa stratégie de guerre. Présentement, un tiers des centaines de victimes civiles des bombardements israéliens au Liban sont des enfants mais, selon Friedman, de telles pertes de vies innocentes sont entièrement justifiées parce que l’ennemi utilise des boucliers humains.

Martin van Creveld, maître de conférences à l’Hebrew university de Jérusalem, pousse l’argumentation de Friedman un cran plus loin dans un article du quotidien Frankfurter Rundschau (19 juillet). Dans un article intitulé «Regard sur l’histoire», Creveld écrit d’une manière à vous glacer le sang: «Peut-être que nous ne savons pas où tout cela va nous mener, mais une chose est sûre. Quoique disent ces Messieurs et Dames à Bruxelles, le problème au Liban n’est pas l’usage excessif de la violence par Israël. Mais bien au contraire, le vrai problème pourrait être l’extrême résistance d’Israël à utiliser un degré de force suffisamment élevé pour régler le problème une fois pour toutes.»

Friedman et Creveld expriment les points de vue du groupe de pression pro-sioniste qui exerce une influence concertée considérable au sein des médias allemands. Quiconque ayant une connaissance de l’origine de telles forces ne sera pas particulièrement surpris de ce qu’elles ont à dire en réponse aux derniers actes d’agression israélienne. Ce qui est nouveau, c’est le fait qu’il soit accordé une telle attention à leurs points de vue dans des journaux de référence, tel le Frankfurter Rundschau qui est une publication de tradition libérale de longue date et que leurs commentaires extrémistes ne provoquent pas de réactions.

En fait, la solution brutale de «Realpolitik» (politique réaliste) avancée par Creveld pour le Proche Orient est reprise et acceptée par les principaux journaux de l’aile droite conservatrice en Allemagne. Dans son édition de vendredi, le Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) remarque, qu’après tout, refuser de voir l’agression israélienne serait la meilleure alternative. Le commentaire du journal se lit comme suit: «[L]’offensive militaire israélienne, sous laquelle souffre la population au Sud-Liban et à Beyrouth pourrait fournir l’une des conditions préalables à une solution commune… Au cas où Israël serait non seulement en mesure de chasser le Hezbollah hors de la région frontalière mais aussi de l’affaiblir considérablement sur le plan militaire, alors un objectif serait atteint que ni l’armée libanaise ni les forces des Nations unies n’auraient pu réaliser.»

Il ne fait pas de doute que le point de vue exprimé par le FAZ est partagé par de vastes couches de l’establishment politique en Allemagne. Dans des conditions où il s’est révélé être totalement futile de s’opposer d’une manière ou d’une autre aux ambitions purement impérialistes d’Israël et des Etats-Unis, la bourgeoisie allemande a conclu que ses intérêts seront le mieux servis si elle se rallie de façon inconditionnelle la clique de Washington.

Malgré le flot d’articles et de commentaires qui, sous une forme ou une autre, ressassent sans critique la propagande mise en circulation par le gouvernement allemand et ses porte-parole, il y a des journalistes consciencieux qui sont disposés à rendre compte de l’horreur véritable qui est actuellement infligée à la population par les militaires israéliens.

Dans un rapport de Spiegel-online, intitulé «Le quartier Hezbollah de Beyrouth – un quartier à l’agonie», Ulrike Putz fait mention de la dévastation occasionnée par les bombardements israéliens. Autrefois un quartier qui comptait 700.000 personnes, tout ce qui reste de Haret Hreik, rapporte Putz, c’est «un désert de ruines abandonné».

Son rapport continue: «Il y a des guerres où le même bloc der maisons détruites par les bombes est montré sous des angles si différents que le spectateur en conclut que toute une ville a été dévastée. A Beyrouth, ce n’est pas nécessaire. Tout cameraman cherchant à montrer les conséquences de la guerre n’a qu’à s’arrêter à Haret Hreik : des zones entières de cette banlieue de Beyrouth ont cessé d’exister.

«Un voyage dans les banlieues sud de Beyrouth est comme un cauchemar où tout ne fait qu’empirer. D’abord, c’est l’odeur de brûlé qui vous rappelle que les ruines le long de la route ne datent pas de la dernière guerre. Puis, viennent les cratères causés par les bombes dans l’asphalte, ensuite une station essence incendiée, puis un pont autoroute qui a tout juste été mitraillé. Mais ce n’est que lorsque l’on gare sa voiture avec le sigle ‘TV’ et que l’on continue à pied que l’on réalise l’apocalypse qui a eu lieu ces derniers jours à Haret Hreik. A chaque coin de rue c’est davantage de destruction, davantage de ruines… jusqu’à ce que la masse des blocs de béton dévastés vous empêche tout simplement d’avancer plus loin dans Haret Hreik.»

Sur plus de deux pages, Putz décrit en détail l’abominable destruction qui a eu lieu. Vers la fin de son rapport, elle écrit :

«Mais, même si les Israéliens supposaient que ce quartier était utilisé comme repaire et comme base opérationnelle (pour le Hezbollah) : tout discours sur les "frappes chirurgicales" uniquement contre des cibles militaires à Haret Hreik est absurde. Louise Arbour, la haut commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme a évoqué mercredi la possibilité que des crimes de guerre aient pu avoir été commis durant les combats de la semaine passée et qu’il faudrait enquêter là-dessus. Les ruines de la zone résidentielle pourraient au moins servir à justifier l’acte d’accusation : "meurtre prémédité et blessures de civils"».

Alors que la grande majorité de la presse allemande s’est déjà adaptée au changement des relations internationales qui cherche à justifier la nouvelle ligne de «la loi du plus fort» et qui minimise les conséquences de l’attaque israélienne, des rapports, tels celui d’Ulrike Putz montrent clairement que le gouvernement et les comités de rédaction qui s’alignent à présent derrière les Etats-Unis et Israël au Proche Orient sont eux-mêmes complices de crimes de guerre.

Sources : WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 15 août 2006

Joschka Fischer et les Verts allemands défendent

la terreur des bombardements israéliens au Liban

par Ulrich Rippert


Au début de cette semaine, Jerzy Montag, député Vert au Bundestag s’est rendu à Haïfa en Israël à la tête d’un groupe parlementaire germano-israélien. Dans une déclaration à la presse, le cabinet du parlementaire Vert à Berlin a fait savoir que la « Société germano-israélienne » elle aussi était du voyage.

Le but de ce voyage était de « faire campagne en faveur de l’action militaire et de la politique actuelle d’Israël » parce que, selon la déclaration, cette politique était « critiquée par beaucoup » en Allemagne et qu’elle se heurtait à « une large incompréhension ».

Mardi, Jerzy Montag, qui s’était jusque-là fait remarquer par son battage intensif pour une collaboration plus étroite entre les Verts et les conservateurs de la CDU/CSU, a répété mot pour mot la propagande de guerre israélienne. Il a dit au magazine Spiegel Online : « Israël n’a donné aucun motif à des combattants ennemis d’enlever des membres de l’armée à partir du territoire libanais et de les tuer. Israël n’a donné aucun motif pour que des villes israéliennes soient bombardées. Israël a le droit de protéger ses citoyens et le fait. » 

Montag a qualifié le bombardement incessant du Liban sud des jours durant, la destruction systématique des routes et des ponts, des centrales électriques, des ports, des aéroports et de quartiers entiers de Beyrouth, d’« actes de légitime défense ».

Mercredi matin, alors que le monde apprenait que les avions de chasse israéliens avaient attaqué délibérément un poste des Nations unies au Liban, tuant quatre collaborateurs de l’ONU, l’ancien ministre des Affaires étrangères de la coalition SPD-Verts, Joschka Fischer, publiait un commentaire dans le quotidien Süddeutsche Zeitung. Son article avait paru la veille dans le quotidien britannique Guardian sous le titre « A présent il est temps de voir grand ».

Dans cet article, Fischer commençait par rejeter toute responsabilité de la part d’Israël. Il écrivait : « En envoyant des missiles sur Haïfa, la troisième ville d’Israël, une limite a été dépassée. Désormais, la question n’est plus avant tout une question de territoire, de restitution ou d’occupation : la principale question est bien plutôt la menace stratégique contre l’existence d’Israël. »

Selon lui, il s’agit d’une « guerre par procuration », l’action du Hezbollah étant fomentée par ceux qui le patronnent à Damas et à Téhéran, « d’où proviennent d’ailleurs la plupart de ses armes ». Un « front radical du refus », rejetant toute réconciliation avec Israël et « constituté par le Hamas et le Jihad islamique du côté palestinien, le Hezbollah au Liban, la Syrie et l’Iran » aurait, selon lui, attaqué Israël.

Fischer ne dit là rien de nouveau. Chacune de ses déformations orwelliennes de la vérité a déjà été colportée maintes fois ces jours derniers par la propagande israélienne et américaine. Ce que propose Fischer pour résoudre le problème n’est ni nouveau ni original. Il demande que le « Quatuor du Moyen-Orient » (Etats-Unis, Russie, Nations unies et Union européenne) s’engage enfin, « sous la direction des Etats-Unis », de façon résolue et durable et offre des garanties « politiques, économiques et militaires » à Israël.

Ce qui revient en fin de compte à exiger une présence américaine accrue au Moyen-Orient. Mais la guerre actuelle, avec son bombardement systématique et massif du Liban sud et d’une partie de la capitale libanaise est précisément le résultat de la collaboration « politique, économique et militaire » entre Washington et Jérusalem.

Pour tout observateur impartial et objectif de la situation politique, il est désormais clair que l’enlèvement des soldats israéliens par le Hezbollah ou le Hamas, était le prétexte rêvé pour commencer une offensive militaire projetée et préparée depuis longtemps en collaboration avec le Pentagone.

On put voir nettement à quel degré l’armée israélienne agit en tant qu’instrument des projets guerriers de Washington lorsque le gouvernement américain s’est efforcé de bloquer toute critique du bombardement d’un poste militaire des Nations unies par Israël. Le gouvernement américain n’aurait pas pu exprimer plus nettement son rejet des Nations unies et des efforts de paix entrepris au niveau international.

Cette guerre est menée à la place des Etats-Unis. L’armée israélienne attaque les groupes armés du Hamas et du Hezbollah pour le gouvernement Bush, en discussion avec lui, équipée d’armes américaines et dans le but de préparer une offensive prochaine de troupes américaines qui sera dirigée contre la Syrie et avant tout contre l’Iran.

Un regard sur une carte de la région montre que l’Iran est bordé à l’est par l’Afghanistan et à l’ouest par l’Irak. Les stratèges du Pentagone développent des plans pour une intervention militaire en Iran indépendamment du fait que les forces américaines se heurtent dans ces deux pays à une résistance accrue.

L’importance stratégique de la région est bien connue de la caste politique aux Etats-Unis. L’ancien conseiller à la sécurité du président Carter, Zbigniew Brzezinski est bien en désaccord sur de nombreux points avec l’actuelle façon d’agir du gouvernement Bush, mais c’est lui qui, il y a quelque dix ans, dans son livre « Le grand échiquier », avait expliqué le plus clairement l’importance de cette région. Brzezinski insistait alors sur le fait qu’après la dissolution de l’Union Soviétique en 1991, le gouvernement américain devait prendre des mesures systématiques pour s’imposer comme puissance mondiale hégémonique. Dans ce contexte, il expliquait l’importance stratégique de l’Iran.

Dans les premiers chapitres de son livre il écrivait qu’une telle position hégémonique exigeait avant tout une domination du « continent eurasien » et qu’en cela l’Iran jouait un rôle clé de par ses réserves de pétrole et de gaz naturel, son réseau moderne de pipe-lines et avant tout sa position stratégique, la partie nord du pays étant situé en bordure du bassin de la mer Caspienne et sa partie sud s’ouvrant sur le golfe Persique, c’est-à-dire l’océan Indien.

Brzezinski met l’accent sur le fait que la suprématie russe en Asie centrale et dans la région de la Caspienne ne peut être éliminée que si un pipe-line allait de la mer Caspienne en Azerbaïdjan et, traversant la Turquie rejoignait la Méditerranée, et si un autre pipe-line traversait l’Iran pour mener au golfe Persique.

Depuis, Brzezinski a été forcé de reconnaître qu’une mise en oeuvre de ses plans stratégiques pouvait conduire à un désastre. Il y a quelques jours, il a rejeté l’argument de la secrétaire d’Etat américaine selon lequel on avait affaire aux « douleurs de l’enfantement » et à la naissance d’un nouveau Moyen-Orient.

S’adressant à la presse allemande, Brzezinski dit que « la formule “douleurs de l’enfantement” n’était pas très heureuse. Ces douleurs se terminent parfois aussi avec des enfants morts-nés. Il faut savoir exactement ce que ces douleurs produisent. Sinon il s’agit de pure spéculation, une sorte de roulette russe avec l’histoire. Cela pourrait amener un désastre pour l’Amérique au Moyen-Orient. »

Joschka Fischer est lui aussi conscient de l’importance stratégique de la région, bien qu’au début des années 1990 il s’était opposé, en tant que dirigeant du parti Vert, aux tentatives d’hégémonie américaine au Moyen-Orient. Lorsque les Etats-Unis avaient commencé la première guerre contre l’Irak sous Bush père, Fischer avait pris la parole à une manifestation antiguerre et déclaré : « Pas de sang pour le pétrole ! ». Mais il y a bien longtemps de cela. Les Verts ont depuis longtemps laissé tomber leurs prétentions pacifistes et sont devenus des partisans inconditionnels de l’agression américano-israélienne au Moyen-Orient. 

Les raisons qui rendent particulièrement répugnante la répétition à la façon d’un perroquet par Fischer de la propagande israélo-américaine sont multiples. Il parle au nom de toute une couche d’ancien radicaux petits-bourgeois qui, après avoir fait carrière et être monté dans la société, ont non seulement fait la paix avec une société dont les problèmes sociaux et politiques ont pris une forme bien plus exacerbée qu’au temps de leur jeunesse rebelle, mais ont encore une attitude de plus en plus hostile vis-à-vis des droits démocratiques et sont en faveur de formes de gouvernement autoritaires.

La glorification par Fischer et Montag des bombardements meurtriers contre la population libanaise et les territoires palestiniens a à voir avec le fait que leur parti se rapproche du gouvernement dirigé par Merkel et qu’il aspire à une alliance avec les conservateurs non seulement sur le plan de la politique extérieure, mais aussi sur celui de la politique intérieure.

L’ancien ministre des Affaires étrangères illustre le fait qu’aucune des puissances européennes n’ose défier l’actuelle agression américano-israélienne. Les limites et la veulerie de l’opposition du précédent gouvernement allemand à la guerre contre l’Irak, sont de plus en plus évidentes, mais Fischer était un de ceux qui avaient exprimé, il y a trois ans, des doutes vis-à-vis de la politique américaine. 

Lorsque Fischer avait rejeté les plans de guerre du secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld, à la conférence annuelle sur la sécurité à Munich, il y a trois ans et dit : « Monsieur le secrétaire, je ne suis pas convaincu ! » cela avait eu un certain effet. 

A présent, il est convaincu et pas seulement parce qu’on lui a récemment offert une chaire à la fameuse Princeton University, lui, le premier professeur qui n’a pas de baccalauréat ni n’a poursuivi ses études. La violence et la brutalité avec lesquelles le gouvernement américain passe outre au droit international, aux traités, aux accords et à la critique internationale a fait une impression profonde sur la politique européenne en général et sur les philistins allemands en particulier. 

Le soutien apporté par Fischer à la politique guerrière israélienne et son estimation selon laquelle seule une intervention accrue du gouvernement américain au Moyen-Orient pourrait apporter la « stabilité » est aussi une admission que ses propres conceptions politiques concernant un rôle accru de l’Europe en matière de maintien de la paix, ont elles aussi fait faillite.

Au mois de mai 2000, Fischer avait fait, à l’université Humboldt de Berlin, un discours de fond qui fut à l’époque qualifié d’« innovateur » sur l’avenir de l’Europe. Fischer avait intitulé son exposé « Pensées sur la finalité de l’intégration européenne ». La monnaie commune n’avait pas encore été introduite, mais elle était déjà chose décidée et les préparatifs en étaient déjà bien avancés. Fischer avait insisté encore et encore sur le fait que l’intégration européenne s’était « avérée être un succès phénoménal ». 

Mais, comme c’est souvent le cas dans l’histoire, l’euphorie européenne de Fischer reflétait des conceptions passées et une période politique qui venait de s’achever. Il en fut de même des efforts des grandes puissances européennes pour faire, à l’aide de la soi-disant « stratégie de Lisbonne », de l’unification de l’Europe et de l’élargissement du marché intérieur, un rempart contre la domination économique et politique des Etats-Unis. Celles-ci durent constater que dans la période qui venait de s’écouler la situation à l’intérieur de l’Europe s’était fortement modifiée.

Construire un marché commun en Europe en collaboration avec les Etats-Unis et avec leur soutien est une chose, mais c’en est une tout autre que de vouloir faire de l’Europe une forteresse contre les Etats-Unis. Au fur et à mesure que le gouvernement américain commençait à faire pression, politiquement et économiquement, sur l’Europe, les conflits au sein de la communauté européenne augmentaient eux aussi.

Le retour à une politique impérialiste de grande puissance, accompagnée d’oppression militaire et d’exploitation coloniale, n’est pas le seul fait des Etats-Unis. L’incapacité des gouvernements européens à s’opposer à cette politique conduira inévitablement à un accroissement des égoïsmes nationaux et des conflits entre nations au sein de l’Europe.

La capitulation sordide des puissances européennes et de leurs principaux politiciens devant l’agression militaire américaine et israélienne au Moyen-Orient montre clairement la faillite du projet d’unification de l’Europe sur une base capitaliste.

La seule réponse progressist face au danger que l’Europe se trouve entraînée dans de nouvelles guerres est l’unification du continent par la classe ouvrière, dans une lutte pour instaurer des Etats-Unis socialistes d’Europe.

Sources : WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 15 août 2006

Le gouvernement allemand décide d'élargir l'éventail de ses activités d'espionnage politique

Par Justus Leicht


A la mi-juillet, le gouvernement allemand de grande coalition unissant démocrates-chrétiens de la CDU-CSU et sociaux-démocrates du SPD a voté un projet de loi intitulé « Loi complétant la loi relative à la lutte contre le terrorisme » (TBEG) par lequel les pouvoirs des services du renseignement seront considérablement élargis, en l’occurrence ceux de l’Office fédéral pour la protection de la Constitution, c’est-à-dire le service du renseignement intérieur, ceux de l’Office fédéral du renseignement (BND) qui s’occupe du renseignement extérieur et ceux du Service de sécurité militaire (MAD).

D’ores et déjà, les services secrets allemands, sur la simple base qu’une personne est suspectée de terrorisme, sont habilités à contrôler les fichiers des compagnies aériennes, les données bancaires, de la poste, du courriel et du téléphone. Ils peuvent également placer cette personne sur écoute téléphonique, la filmer par vidéosurveillance et charger des informateurs ou des agents infiltrés de l’espionner.

A l’avenir, ces pouvoirs sont augmentés par de nouvelles lois et de nouvelles technologies. En effet, les services du renseignement accéderont automatiquement au registre central des véhicules et de nouveaux moyens pour identifier et la localiser les téléphones portables.

A ceci s’ajoute que les services du renseignement seront en mesure de lancer des avis de recherche dépassant les frontières allemandes au moyen de mandats d’arrestation paneuropéens secrets. Les services du renseignement seront alertés dès qu’une personne recherchée se présentera à un poste frontière. Une autre nouveauté pour les douanes allemandes est la possibilité, lorsqu’il y a suspicion de « financement du terrorisme », de surveiller et de vérifier les transferts d’argent.

A l’avenir, il sera également possible d’intégrer les demandes de renseignements dans le domaine « des activités anticonstitutionnelles » lorsqu’elles « sont une incitation à la violence ». Le gouvernement fédéral donne en exemple « des prêcheurs islamiques de haine » ou « l’agitation d’extrême droite ». Dans un rapport du ministère de l’Intérieur il est dit que : « La loi se concentre également sur le terrorisme du pays, y compris les " pyromanes idéologiques " et on ne négligera pas de surveiller la gauche et la droite. »

La séparation de la police et des services secrets dans l’Allemagne de l’après-guerre sera d’autant plus assouplie que la nouvelle législation permettra aux services du renseignement de transmettre à d’autres services publics toutes les informations réunies dans le cadre de leur espionnage afin de « maintenir la liberté et l’ordre démocratique et à d’autres fins de sécurité publique ».

Alors que l’Union démocrate chrétienne (CDU) et le Parti social-démocrate (SPD) accueillent les nouvelles réglementations comme étant « plus effectives pour combattre le terrorisme », le concept de « Volksverhetzung » à savoir « l’incitation des masses » ou « l’empoisonnement de l’esprit du peuple » n’est juridiquement parlant qu’un « délit » et donc pas un crime et encore moins un délit d’offense envers l’Etat. S’il s’était simplement agi de surveiller des terroristes potentiels, il aurait été superflu d’inclure des délits idéologiques dans le catalogue de compétences des services du renseignement.

Le concept de « pyromanes idéologiques » connaît une longue histoire en République fédérale d’Allemagne. Il est employé par des sections de l’élite politique, épaulées par les médias, dans le but de créer une atmosphère hostile contre les couches les plus opprimées de la société, d’entraver toute discussion, de juguler toute critique et d’ouvrir la voie à des attaques considérables contre les droits démocratiques et sociaux.

On peut citer en exemple la campagne menée récemment contre les étrangers et les musulmans dont on prétendait qu’ils souffraient d’une « absence de volonté à s’intégrer ». Le climat politique créé par certaines sections de la CDU/CSU et d’autres partis a encouragé des casseurs de l’extrême-droite à organiser des attaques xénophobes.

Dans le même temps, des politiciens conservateurs n’ont cessé de dénoncer et de criminaliser toute critique de la gauche faite à l’encontre de la politique gouvernementale comme étant introducteur de terrorisme. Moins d’une décennie après l’établissement du premier Etat allemand, le chancelier Otto von Bismark profita de deux tentatives d’assassinat de l’empereur allemand par des anarchistes pour faire passer son projet de loi par lequel il mit hors la loi la SPD marxiste d’alors et ce en dépit du fait que le parti avait clairement pris position contre le terrorisme. C’est à cette époque que remonte le concept de « Volksverhetzung » qui était alors une « incitation à la guerre sociale ».

Quarante ans plus tard, en 1918, c’était un SPD déjà totalement dégénéré qui organisa une chasse aux sorcières contre « l’agitation et la terreur bolcheviques » en l’occurrence le Parti communiste allemand (KPD) qui venait tout juste d’être créé. La terreur qui s’ensuivit n’émana pas du KPD, mais de mercenaires d’extrême droite allemands, les corps francs, dont la vague de violence culmina dans l’assassinat des dirigeants communistes, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.

Peu de temps après, des extrémistes de droite déclenchèrent une vague d’assassinats contre des politiciens de gauche et des politiciens libéraux. La victime la plus éminente fut le ministre des Affaires étrangères allemand, Walter Rathenau dont le meurtre suscita la plus forte indignation. Joseph Wirth, chancelier allemand et député du Deutsche Zentrumspartei (Parti du centre), réagissait à ce meurtre, qui fut précédé par une campagne hystérique menée par l’opposition nationale allemande contre Rathenau, en prononçant ses fameuses paroles : « Voici l’ennemi qui verse goutte à goutte son poison dans les blessures du peuple. Voici l’ennemi et il ne fait pas de doute, cet ennemi se trouve à droite. »

Suite à l’assassinat de Rathenau, le gouvernement de coalition du Parti du centre et du SPD vota une loi destinée à contrer les « pyromanes idéologiques » et le « terrorisme du pays » de droite. Mais en fait, le gouvernement appliqua cette politique quasi exclusivement contre la politique de la gauche et le mouvement ouvrier.

Se fondant sur l’expérience de la République de Weimar et en particulier de la dictature fasciste qui avait mis en place la police secrète d’Etat omniprésente, l’Allemagne d’après-guerre jugea préférable de séparer les sphères d’activités de la police de celles des services du renseignement. Cette récente législation représente un pas important vers la suppression de la séparation entre ces deux organes de l’Etat.

D’une manière identique, le ministre de l’Intérieur allemand et les services du renseignement s’arrogent aujourd’hui le droit de décider qui est un « ennemi constitutionnel », et donc tous ceux qui s’opposent à la politique de l’actuel gouvernement. En Allemagne fédérale, tout marxiste ou critique de gauche de l’Etat, peut s’attendre à ce qu’il se trouve dans la ligne de mire des autorités pour être un « ennemi constitutionnel ».

La même chose s’applique à quiconque critique les activités des troupes américaines en Irak et en Afghanistan, celles des troupes israéliennes au Liban ou en Palestine ou à l’avenir celles des troupes allemandes au Congo. L’Etat a, à présent, le pouvoir d’espionner de vastes sections de la population auxquelles il sera impossible d’ouvrir un compte bancaire, de voyager, d’utiliser un téléphone ou l’internet sans courir le risque que la moindre activité soit surveillée.

La « police de la pensée » allemande en action

Conformément à l’esprit de la nouvelle législation, le sénateur de l’Intérieur de Berlin, Erhard Körting (SPD), a déclaré que des mesures seraient prises pour vérifier si une manifestation en faveur de la paix qui a eu lieu la semaine passée à Berlin pour protester contre les crimes de guerre et l’invasion israélienne au Liban constituait une « incitation des masses ». Justification à l’appui : des photos du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, auraient été montrées lors de la manifestation ! Il est à noter que les activités de l’organisation du Hezbollah ne sont pas interdites en Allemagne. Le candidat de la CDU à l’élection au Landtag de Berlin qui aura lieu en septembre prochain, Friedberg Pflüger, préconisait des poursuites judiciaires contre les manifestants en déclarant que « des prêcheurs de haine et des partisans de la terreur » ne pouvaient être tolérés dans la capitale allemande.

Dans la logique tordue des agences de sécurité, il n’y a qu’un petit pas entre la critique de l’Etat et du gouvernement et des actes de violence. En 2003, l’Office pour la protection et le respect de la constitution (OPRC) du Land de Brandenbourg, avait indirectement rendu responsable le WSWS pour un attentat perpétré contre le Service des étrangers de la ville de Francfort (Oder) parce que le WSWS avait antérieurement critiqué la politique d’immigration du gouvernement allemand. A l’époque, l’OPRC écrivait : « Le chemin des délits est pavé de ce genre de textes. » Ce n’est qu’après une campagne politique et juridique menée à grande échelle par le WSWS qu’il fut possible d’empêcher que l’OPRC ne continue de diffuser ses diffamations. Il refusa toutefois de présenter la moindre excuse.

Il n’est pas simplement prévu d’attribuer un élargissement des pouvoirs juridiques à l’Office fédéral pour la protection de la Constitution, mais également à l’Office fédéral du renseignement (BND) et au service de sécurité militaire (MAD). Le BND est en premier lieu chargé des opérations d’espionnage à l’étranger. Il fut d’ailleurs récemment ébranlé par une série de scandales. C’est ainsi qu’il aurait fait espionner des journalistes et collaboré avec la CIA dans l’enlèvement et la torture de ressortissants allemands.

A ce sujet, le Süddeutsche Zeitung écrivait dernièrement : « Les services du renseignement effectuent de plus en plus souvent les tâches de la police et des magistrats du Parquet sans pourtant être soumis au contrôle judiciaire comme il est prévu pour les autorités réglementaires de sûreté, donc la police et les magistrats du Parquet. Les services du renseignement se transforment en police secrète (…). Cette loi [loi complétant la loi relative à la lutte contre le terrorisme] fait partie d’un développement qui tend à faire fusionner la police et les services du renseignement. Elle a débuté en 1994 : à cette époque le BND devenait les grandes oreilles de la police ; dans la lutte contre la criminalité liée à la drogue, il obtenait le droit d’enregistrer des conversations téléphoniques transfrontalières dès que des mots clés étaient prononcés. Les informations ainsi recueillies étaient alors transmises à d’autres autorités réglementaires de sûreté à l’insu des personnes concernées. »

L’auteur du commentaire, Heribert Prantl, lui-même un ancien magistrat, est en mesure de décrire de façon exacte l’évolution progressive vers un Etat autoritaire qui s’est produite sous les différents gouvernements, y compris ceux formés avec le SPD. Et pourtant, la proposition qu’il avance pour combattre les dangers qui menacent la démocratie laisse à désirer. Prantl revendique que l’espionnage soit soumis au « contrôle » des magistrats du Parquet et des tribunaux.

En fait, le gouvernement prévoit de dissoudre encore davantage les barrières existant entre la police et les services du renseignement. Selon un article du Tagesspiegel de Berlin en date du 30 juillet, le ministre de l’Intérieur, Wolfgang Schäuble (CDU), a l’intention de soumettre, après les vacances d’été, un projet de loi préparé en collaboration avec la SPD « relatif » au terrorisme international et selon lequel l’office fédéral de la police criminelle (BKA), la police criminelle des Länder (LKA), l’ensemble des autorités pour la protection et le respect de la constitution, le Service de sécurité militaire (MAD), l’Office fédéral du renseignement (BND) et l’Office criminel des douanes pourront constituer une banque de données commune où seront regroupées les informations sur des personnes et des organisations terroristes, mais aussi sur des fondations et des entreprises et qui pourront être lues en mémoire à tout moment.

Ces données comprendront également des informations ne concernant pas « d’enquête criminelle ». Sont également saisies des données personnelles, des données concernant des personnes de contacts, des informations de communication et de compte en banque, de moyens de transport, des aptitudes particulières (en relation avec des délits terroristes) et des informations sur le lieu du séjour, même dans le cas où il n’existe aucune preuve qu’un délit a été commis.

Le contexte de ce développement n’a rien à voir avec la lutte contre le « terrorisme », mais est la conséquence d’une polarisation croissante de la société et de l’aliénation grandissante des masses de la population vis-à-vis de l’establishment politique. Le gouvernement allemand sait qu’il ne peut imposer son programme social hautement impopulaire qu’au moyen de méthodes devenant de plus en plus agressives et antidémocratiques.

Sources : WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 15 août 2006

L'Allemagne rejoint l'axe de la politique d'agression des Etats-Unis d'Israël et de Grande-Bretagne

par Ulrich Rippert

 

Dimanche dernier, le porte-parole du gouvernement fédéral allemand, Ulrich Wilhelm, parlant au nom de la chancelière Angela Merkel (Union chrétienne-démocrate – CDU), a exprimé son « grand regret et sa profonde tristesse quant aux conséquences du bombardement aérien de Cana par Israël. »

Deux jours après, le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier (Parti social-démocrate – SPD) a débuté une interview dans le Süddeutsche Zeitung par ces mots : « Ce qui a eu lieu dimanche à Cana est effroyable. Le grand nombre de victimes du bombardement aérien par Israël est terrible et inacceptable. »

Toutefois, l’horreur éprouvée par la population allemande ne se limite pas seulement aux corps d’enfants carbonisés et mutilés de Cana, mais est due, avant tout, au fait que ce gouvernement de grande coalition – CDU, Union chrétienne sociale de Bavière (CSU) et SPD – a refusé de nommer ce terrible crime de guerre par son nom et de le condamner. L’avertissement adressé par Steinmeier au gouvernement israélien, à savoir que dans le contexte du « droit à l’autodéfense » toute application « de la force militaire doit être appropriée et les victimes civiles doivent être évitées » est foncièrement cynique et lâche.

A Cana, il n’était pas question de tirs imprécis ou d’éviter de provoquer des victimes civiles. Il s’agissait bien plutôt d’un massacre délibéré de femmes et d’enfants innocents dans le but d’accélérer le flot de réfugiés en provenance du Sud Liban. Ce terrible massacre n’était pas une « exception regrettable », mais révélait clairement la vraie nature de l’agression impérialiste qui, jusqu’ici, a coûté la vie à plus d’enfants que de soldats.

Un jour après l’interview accordée au Süddeutsche Zeitung, Steinmeier a non seulement bloqué toute condamnation des crimes de guerre israéliens lors de la réunion à Bruxelles des ministres européens des Affaires étrangères, mais a réussi à imposer que la demande d’un cessez-le-feu immédiat soit biffée de la déclaration commune.

Le projet initial présenté par la présidence finlandaise avait appelé à un cessez-le-feu immédiat au Liban et contenait une phrase mettant en garde qu’un « manquement à prendre les précautions nécessaires pour éviter toute perte de vie civile constituerait une violation grave du droit international humanitaire. »

Sous la pression à la fois de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne, les deux formulations avaient abandonné et une autre résolution retenue (avec le soutien de la République tchèque, de la Pologne et du Danemark) appelant toutes les parties à « faire tout leur possible pour protéger la population civile en s’abstenant de toute action qui violerait le droit international humanitaire », formulation qui concorde avec la justification hypocrite d’Israël pour ses propres crimes de guerre. La résolution était encore changée pour placer la condamnation des attaques de roquettes sur Israël par le Hezbollah avant la condamnation du massacre par Israël des civils libanais à Cana.

Indépendamment des déclarations de « grand regret et profonde tristesse » pour les victimes de Cana de la part de Merkel, ces faits montrent clairement que le gouvernement allemand porte une grande part de responsabilité pour les crimes de guerre qui sont commis au Liban. Rien n’a autant servi à renforcer et à encourager la politique de guerre israélo-américaine que le virage pro-américain qui s’est produit dans la politique étrangère allemande.

Avant d’occuper le poste de ministre des Affaires étrangères dans l’actuel gouvernement, Steinmeier avait été chef de la chancellerie dans le gouvernement précédent SPD-Verts, dirigé par Gerhard Schröder. Steinmeier est parfaitement au courant du caractère hypocrite de l’opposition de Schröder à la guerre menée par les Etats-Unis contre l’Irak. Tout en critiquant publiquement la guerre, l’Allemagne s’est efforcée en coulisse de fournir au gouvernement et aux services de renseignement américains un soutien logistique.

Néanmoins, la posture contre la guerre adoptée par l’Allemagne n’est pas demeurée sans effet. L’Allemagne tout en ne disposant pas de siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, a contribué sans aucun doute de par ses réticences à la guerre à renforcer d’autres nations siégeant au Conseil de sécurité et en empêchant ainsi l’approbation d’une résolution de guerre des Nations unies.

A son tour, ceci a représenté un élément significatif lors de la mobilisation populaire contre la guerre. Depuis le tout début, la nature de cette guerre d’agression illégale était clairement établie et des millions de personnes étaient descendues dans la rue dans le monde entier pour manifester leur rejet de la guerre.

C’est de ce point de vue que les efforts entrepris par le nouveau gouvernement pour afficher de manière sans équivoque un virage pro-américain de la politique étrangère allemande revêtent une importance manifeste pour les gouvernements américain et israélien. Merkel, Steinmeier et compagnie ont joué un rôle primordial pour faire basculer en Europe la balance du pouvoir vers le gouvernement américain et pour isoler les critiques de la guerre israélo-américaine.

Dimanche soir, suite au massacre de Cana, Merkel a décidé de téléphoner au premier ministre Tony Blair, principal allié de George Bush en Europe, plutôt qu’au président Jacques Chirac. Ce faisant, elle a manifesté clairement que la nouvelle orientation pro-américaine adoptée par l’Allemagne n’était pas seulement temporaire ou le résultat de pressions exercées par le président américain. Il s’agit, en fait de la continuation et de la confirmation de l’orientation indiquée par Merkel au sommet du G8 à Saint-Pétersbourg lorsqu’elle est apparue au côté de Bush pour se rallier à lui en justifiant les attaques menées contre le Liban comme étant un acte légitime d’« autodéfense » suite à l’attaque lancée le 12 juillet par le Hezbollah à la frontière israélo-libanaise.

Ce changement d’orientation du gouvernement allemand a contribué à changer les relations internationales et à renforcer les forces politiques les plus réactionnaires. La position de l’Allemagne a renforcé le régime israélien et son promoteur à Washington dans leur conviction que leur agression illégale, y compris le bombardement d’un poste de l’ONU, restera impunie.

En accordant aux Etats-Unis et à Israël son soutien sans réserve, le gouvernement allemand a encouragé l’administration Bush et le gouvernement israélien à intensifier le massacre au Liban. En conséquence, le gouvernement allemand porte une part de responsabilité pour les morts et la destruction causés à Cana et de par le Liban ainsi qu’à Gaza.

Il y a trois ans, des représentants du gouvernement allemand étaient prêts à réclamer l’application du droit international pour formuler leur opposition à la guerre menée par les Etats-Unis contre l’Irak. Les fauteurs de guerre à Washington pour leur part avaient fait preuve d’un mépris flagrant pour les lois et les institutions internationales. A présent, le gouvernement allemand a lui aussi clairement montré qu’il n’est plus disposé à accepter la loi internationale comme cadre de sa politique.

Ce changement de la politique étrangère allemande est particulièrement significatif en ce qui concerne la direction du SPD. Il fut un temps où le SPD, parfaitement conscient de l’opposition massive des citoyens allemands à la guerre contre l’Irak, affichait une posture anti-guerre qu’il exploitait lors des campagnes électorales. Maintenant qu’il est devenu évident que le cadre de la loi internationale mis en place après la Deuxième Guerre mondiale est ébranlé de façon irrévocable, et que le militarisme impérialiste et la force brute sont devenus la règle, plutôt que l’exception, le SPD, tout comme il l’a déjà maintes fois fait de par le passé, se rallie à la puissance impérialiste la plus forte.

Les exportations d’armes allemandes vers Israël

Il existe également un autre plan sur lequel le gouvernement allemand est responsable de crimes de guerre commis au Liban. Alors que les Etats-Unis sont avant tout responsables de l’équipement militaire d’Israël, l’Allemagne fournit aussi des armes à Israël – notamment des éléments de haute technologie.

Le 27 juillet, l’émission Monitor de la chaîne allemande ARD, rapportait que des livraisons d’armes fabriquées en Allemagne avaient été faites à destination d’Israël. Selon le compte-rendu, « Depuis plusieurs jours, les forces aériennes israéliennes continuent d’effectuer des bombardements au Liban. Une partie des moyens de détection, voire le dispositif de visée des avions de combat est basé sur le savoir-faire allemand et a été conçu et fourni par une filiale de l’entreprise allemande AEG. »

L’émission a ensuite montré le dispositif de visée installé dans le fuselage d’un avion de chasse israélien F-16.

Le compte-rendu poursuivait : « Au sol, les troupes israéliennes combattent également avec de la technologie allemande. Le char israélien Merkava compose le gros de l’offensive terrestre au Liban et le canon a été développé par l’usine allemande d’armement Rheinmetall. De plus, sans la technologie allemande, le char israélien serait incapable de tirer ou d’avancer, car le moteur a été développé par des ingénieurs allemands et la boîte de vitesse vient de la firme allemande sise à Augsburg, Renk-AG. »

Bien que le gouvernement allemand affirme ne pas autoriser de livraisons d’armes vers des « zones de tension », le prochain contrat de vente d’armement israélo-allemand est déjà sur le point d’être signé. Israël est très intéressé par le véhicule blindé pour le transport de troupes appelé « Dingo ». L’émission Monitor rapporte : « Conformément à nos recherches, le gouvernement allemand a accepté dernièrement de livrer un véhicule d’essai. » A la question de Monitor de savoir si la livraison du « Dingo » aurait lieu alors qu’Israël est en pleine guerre, les représentants du gouvernement ont refusé de répondre.

Sources : WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 19 juillet 2008

L'ancien ministre des Affaires étrangères exige plus de détermination et moins de scrupules



Par Ulrich Rippert



L’ancien ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, a sous-titré la rubrique régulière qu’il tient dans le journal Die Zeit en français : « Vive l’avant-garde ! » Ce que Fischer entend par avant-garde se traduirait en allemand par élite ou Führung. Dans le cas de l’Allemagne, ce terme est impopulaire et ce six décennies après la chute du Troisième Reich.

Ce que Fischer propose n’est rien moins que la création d’une élite européenne qui, dans l’intérêt de développer l’Europe en une grande puissance influente, est prête à passer outre le référendum populaire et la volonté des nations plus petites. C’est ce qui constitue la réponse de Fischer au récent rejet du traité de Lisbonne de l’Union européenne par les électeurs irlandais.

Il s’agit du deuxième article de Fischer à ce sujet. Immédiatement après le vote irlandais, il avait publié un commentaire sous le titre « La misère de l’Europe » en écrivant : « Suite au "non" irlandais à la réforme de l’UE et au rejet de la constitution en France et aux Pays-Bas, il n’y a plus pour longtemps aucune chance pour une Europe unie et forte. » Son analyse a culminé dans un soupir de désespoir : « Pauvre Europe ! »

A présent, deux semaines plus tard, la frustration de Fischer au sujet de l’opposition affichée par les électeurs irlandais se mêle à sa détermination que le « pouvoir et la compétence de décision » de l’Europe ne devraient pas être sacrifiés au profit de la volonté démocratique du peuple.

L’Europe a décidé d’aller à « une allure d’escargot » tandis que le monde est en train de changer à la vitesse d’une « formule 1 », écrit Fischer en mettant en garde que la conséquence pour l’Europe serait une « perte de pouvoir et de compétence de décision quant à son propre destin. » Ce processus « d’auto affaiblissement de l’Europe, » dit-il, non seulement aura des conséquences dévastatrices pour le continent, mais signifierait également « un affaiblissement crucial pour l’Occident dans un monde où le centre de gravité politico-économique se déplace de plus en plus de l’ouest vers l’Asie. »

Il y a cent ans, des sentiments similaires avaient été exprimés dans la propagande impérialiste. A cette époque, la montée de l’Asie, le « péril jaune », était aussi considéré être une menace à la suprématie économique et politique de l’Ouest. Et, comme c’est le cas de nos jours, les bruits de sabre allaient invariablement main dans la main avec la suppression des droits démocratiques dans le pays.

Fischer accuse les gouvernements européens de lâcheté parce qu’ils acquiescent les résultats du référendum. Il déclare que la principale raison du « présent rejet du projet européen » est un vaste « opportunisme », un manque de détermination, et même de la lâcheté de la part de nombreux gouvernements nationaux d’Etats membres de L’UE. »

Il critique tout particulièrement le chancelier autrichien, Alfred Gusenbauer, du Parti social-démocrate (SPÖ). Gusenbauer a annoncé dernièrement qu’il soumettrait à l’avenir toutes les décisions européennes importantes à un référendum populaire. Fischer fustige de telles positions pour être « de l’opportunisme européen aventurier » en accusant Gusenbauer « de s’être jeté aux pieds d’un journal à sensation eurosceptique » dans le seul but d’assurer la vie intérieure de son parti.

Fischer conclut en disant : « Désormais, s’il en va du SPÖ, tous les changements importants du traité de l’Union européenne seront soumis à un vote populaire en Autriche et ce qui signifierait presque à coup sûr leur rejet ! Pauvre Autriche, pauvre Europe, être dirigée par de tels opportunistes. »

Il n’est pas possible d’exprimer plus clairement le mépris qu’il éprouve pour les sentiments et les droits démocratiques de la grande masse des peuples en Europe. Fischer sait que le vote « non » émis en Irlande se répéterait dans les autres pays et en appelle à l’élite européenne d’appliquer leurs projets pan-européens en dépit de l’opposition de la population. Il appelle à « faire preuve de véritable leadership de la part des décideurs. »

Fischer est un membre influent des Verts, une organisation qui aime faire imprimer ses slogans électoraux sur leurs t-shirts. Conformément aux propositions de Fischer, ils devraient, en préparation de la campagne électorale européenne ayant lieu au Printemps 2009, faire imprimer le slogan suivant sur leurs t-shirts : « Nous rejetons catégoriquement les référendums populaires qui ne sont rien d’autre que des adaptations opportunistes à l’opinion majoritaire ! »

Il y a 25 ans, lors de leur fondation, les Verts allemands se qualifiaient de « correcteur démocratique ». Ils accédèrent au parlement sur fond de promesses de démocratie de base. En ralliant en 1998 la coalition fédérale avec le parti social-démocrate, le parti des Verts se débarrassa de ces derniers prétendus principes. Toutefois, le fait que sa figure emblématique plaide à présent aussi passionnément contre les référendums populaires sur l’UE marque une nouvelle étape dans le tournant droitier de cette organisation.

Les dictats de l’avant-garde

Fischer non seulement accuse les gouvernements européens de lâcheté à l’égard de l’électorat, il en appelle aussi aux grandes puissances européennes de dicter leurs termes aux Etats plus petits.

Il y a plus d’un an, l’ancien ministre des Affaires étrangères avait déjà appelé à « davantage de leadership et de puissance créatrice de la part de l’Europe. » Dans un discours prononcé lors d’une conférence des Verts européens à l’université Humboldt à Berlin, il avait dit qu’il était « choquant » que « la perte grandissante de l’importance de l’Europe dans le monde » passe inaperçue des capitales européennes.

Fischer poursuivit en posant la question : « Sommes-nous, nous Européens, prêts à régler les problèmes provenant de la faiblesse que les Etats-Unis se sont créés eux-mêmes de par leur politique unilatéraliste et qui a conduit au désastre de la guerre en Irak ? » Sa réponse fut un « non » catégorique.

A présent, il appelle à l’établissement d’une « avant-garde européenne » pour donner une réponse positive à sa question. « Il n’y a pas moyen d’éviter le retour d’une avant-garde européenne, » écrit-il dans Die Zeit. Le compromis entre les proeuropéens et les eurosceptiques doit être révoqué afin de permettre aux proeuropéens de recouvrer leur « force visionnaire et à la fois pragmatique ». Ceci s’applique « indépendamment du fait que le traité de Lisbonne soit ou non sauvé par un nouveau vote en Irlande. »

Fischer exige la « formation d’un groupe d’Etats au sein de l’Union européenne qui progresse et qui puisse progresser. Qui veut et peut participer devrait pouvoir le faire et qui ne le veut pas ne devrait pas pouvoir bloquer les autres. »

La remarque de Fischer montre clairement que ce groupe d’Etats d’« avant-garde » dictera la politique au sein de l’Europe en obligeant les plus rétifs à accepter ses termes. « Les proeuropéens sont appelés à se lever et à aller une fois de plus de l’avant, » écrit-il. Suite à la montée d’une résistance considérable en Europe à la politique arrogante et égoïste appliquée par les institutions bureaucratiques de Bruxelles qui ont accéléré la destruction des niveaux de vie, légitimé la main d’œuvre bon marché et intensifié les attaques contre les travailleurs immigrés, Fischer propose de les remplacer par l’arrogance et l’égoïsme des gouvernements européens les plus grands, à commencer par l’Allemagne.

Même si les récentes propositions de Fischer ont été faites suite au rejet du traité de Lisbonne par les électeurs irlandais, les raisons plus profondes qui sous-tendent sa position sont liées à une intensification de la crise économique internationale et à l’accroissement des tensions politiques mondiales. Fischer parle au nom des sections de la classe capitaliste allemande et européenne qui cherchent à surmonter le dilemme européen et à faire valoir leurs intérêts sur la scène mondiale d’une main de fer et par des structures plus autoritaires.

La crise économique américaine a renforcé la crise à Londres, à Paris et à Berlin. La force de l’euro est incapable de compenser la faiblesse du dollar. La guerre en Irak et les préparatifs pour une frappe militaire contre l’Iran sont une menace à l’approvisionnement en énergie et à la stabilité en Europe. Sur la base des prix élevés du pétrole et du gaz, la Russie poursuit ses propres intérêts en Europe de l’Est tout en établissant une coopération plus étroite avec la Chine. Alors que dans ces conditions une politique étrangère commune devient de plus en plus urgente, les conflits et les tensions ne cessent de s’accroître entre les principales puissances européennes.

Mais c’est avant tout la résistance de la population laborieuse qui s’accroît en Europe. Bien que dans le passé l’unification de l’Europe avait été de façon prédominante définie par les intérêts patronaux et économiques, elle était aussi caractérisée par une politique visant à éradiquer les conflits et à apaiser les tensions. Durant un certain temps, les fonds agricoles communautaires et les aides régionales communautaires ont pu servir à aplanir les inégalités sociales les plus prononcées.

Compte tenu des tensions transatlantiques croissantes et de la lutte mondiale pour l’approvisionnement en pétrole, en matières premières, en parts de marché et en main-d’œuvre bon marché, le rôle des institutions européennes a changé considérablement. De plus en plus, la Commission communautaire de Bruxelles est devenue synonyme de dérégulation, de libéralisation et de destruction des droits des travailleurs.

Au lieu de compenser les différences sociales et régionales, l’UE les renforce. Le mammouth bureaucratique sis à Bruxelles et qui emploie quelque 40 000 salariés tout en étant dépourvu de tout contrôle démocratique est soumis par contre à des milliers de groupes de pression qui veillent à ce que l’UE fonctionne comme un simple instrument étant à la disposition des grandes puissances européennes et des sections les plus influentes du patronat et de la finance.

C’est aussi la raison de l’hostilité de la population à l’encontre de l’UE. Fischer réagit au rejet massif de la bureaucratie de Bruxelles en réclamant une avant-garde qui puisse imposer l’unité de l’Europe de haut en bas.

Des parallèles historiques

L’assaut de Fischer contre la prise de décision démocratique rappelle des analogies. A la fin du 19e siècle, la petite bourgeoisie allemande avait acclamé l’unification de l’Allemagne imposée par le haut par un Etat fort, à l’époque sous les bottes du militarisme prussien et la politique militaire de Bismarck.

Vers le milieu de ce même siècle, les démocrates allemands de la classe moyenne s’étaient réunis en une assemblée nationale à Francfort pour former le premier parlement allemand. Leur lâcheté politique et leur incompétence furent à l’époque ridiculisées par Friedrich Engels en ces mots inoubliables : « Cette assemblée de vieilles femmes a, dès le premier jour de son existence, plus redouté le moindre mouvement populaire que tous les complots réactionnaires de tous les gouvernements allemands réunis. » La même caractérisation s’applique aujourd’hui exactement à Fischer et aux Verts.

Vingt ans après la répression sanglante de la révolution, quand Bismarck et l’empereur allemand créèrent l’empire allemand au moyen de la guerre et du pillage, les démocrates petits bourgeois allemands ne tarirent pas d’éloges. Dès son vivant, un culte de la personnalité s’était formé autour de Bismarck et qui survécut à l’ère wilhelmienne. Encore de nos jours, l’on trouve dans les villes et les cités de par l’Allemagne de nombreux monuments dédiés au « chancelier de fer ». Le seul parti à avoir véritablement lutté pour les droits démocratiques fut celui de la social-démocratie marxiste. Mais c’était bien avant la trahison historique du SPD en 1914.

L’évidence avec laquelle Fischer se prononce contre les référendums et les droits démocratiques souligne le manque de traditions démocratiques au sein de la classe moyenne allemande. C’est pourquoi il est d’autant plus nécessaire de s’opposer aujourd’hui à ce philistin Vert et à son verbiage réactionnaire.

Sources WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana Evangelizt
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Texte libre

Si vous aimez ce blog, merci de voter pour lui...

 

BlogueParade.com - Annuaire des Blogues francophones

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus